Bruxelles, 18/01/2011 (Agence Europe) - Les dix-sept ministres des Finances de la zone euro ont décidé d'accélérer les travaux visant à élaborer une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine, comme le leur a demandé le Conseil européen de décembre. « Nous allons accélérer nos travaux », a déclaré le président de l'Eurogroupe, lundi 17 janvier à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe. D'après Jean-Claude Juncker, qui refuse d'avancer une date précise, il y a « une certaine urgence » à le faire même si la situation économique s'améliore et les pays de la zone euro les plus exposés à la pression des marchés financiers ont réussi leur émission de dette souveraine. « Nous sommes d'accord sur la mise au point d'une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine. Nous finaliserons cette réponse rapidement », a confirmé le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn. La convocation d'une réunion extraordinaire n'est pas à exclure si l'objectif est de faire des propositions pour le Conseil européen de février, comme le réclame la Commission européenne (EUROPE n° 10292).
EFSF. La préparation d'une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine dans la zone euro inclut des discussions sur l'augmentation de la capacité d'emprunt de la Facilité EFSF créée en mai 2010 pour venir en aide aux pays de la zone euro. Doté de garanties nationales à hauteur de 440 milliards d'euros, cet instrument intergouvernemental ne serait en mesure de fournir des prêts qu'à hauteur de 250 milliards d'euros, la différence devant être conservée pour sécuriser des emprunts à bon marché grâce à la notation maximale AAA. « La décision prise en mai disait que la Facilité rendrait 440 milliards d'euros disponibles. Nous étudions les différents moyens pour y parvenir effectivement », a noté M. Juncker. M. Rehn s'est dit « confiant » que la capacité d'emprunt de l'EFSF soit étendue. « Je n'ai pas l'intention d'augmenter le plafond pour l'instant », a dit José Manuel Barroso, mardi 18 janvier au Parlement européen. Il a précisé qu'il faudra le faire « tôt ou tard ».
Pour augmenter cette capacité d'emprunt, plusieurs options sont disponibles. Les pays de la zone euro pourraient décider d'augmenter leurs garanties publiques, sachant que chaque levée de fonds par l'EFSF doit être garantie à hauteur de 120%. Une autre piste mènerait à la façon d'optimiser la capacité d'emprunt de la Facilité à l'intérieur de son périmètre actuel. Un effort spécifique sera-t-il demandé aux six pays de la zone euro notés AAA (Allemagne, Autriche, Finlande, France, Luxembourg, Pays-Bas) ? Ces pays qui pèsent 61% des garanties attribuées à l'EFSF se sont d'ailleurs vus en marge de l'Eurogroupe. « Je n'avais pas très envie de constater une dissension entre les pays AAA », a indiqué le Premier ministre luxembourgeois, pour qui ces pays ont « une responsabilité particulière ». Le ministre italien Giulio Tremonti, qui n'était pas de la réunion, a parlé d' « une rencontre technique ». D'après le ministre néerlandais des Finances Jan Kees, une contribution accrue des pays AAA serait envisageable à la condition que les pays bénéficiant d'une aide financière produisent des résultats en termes de réformes économiques, de consolidation fiscale et de restructuration du secteur bancaire.
L'EFSF pourrait également être habilitée à racheter des titres de dette souveraine de pays de la zone euro. Une idée prônée par la France et de nature à satisfaire la BCE. Pour la deuxième fois, celle-ci a acquis en une semaine plus de deux milliards d'euros de titres souverains.
Taux d'intérêt. Fait également partie des discussions la question du taux d'intérêt des prêts qu'octroie l'EFSF pour l'instant uniquement à l'Irlande. Le taux pratiqué par le marché (2,5%) est majoré d'une marge (environ 3%) destinée à couvrir le risque de défaut. « Nous avons discuté de façon générale de la question d'un abaissement du taux d'intérêt pour les pays concernés », a simplement reconnu M. Juncker.
La présidente de la commission parlementaire des affaires économiques et monétaires, Sharon Bowles (ADLE, britannique), a lancé l'idée d'un retour aux pays soutenus financièrement de la somme correspondant à la marge de couverture, une fois que l'ensemble du prêt a été remboursé. Le pays en question aurait ainsi une incitation à respecter ses obligations.
ESM. Outre les discussions portant sur l'EFSF, la préparation d'une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine des pays de l'Eurozone englobe les travaux préparatoires à la création du Mécanisme de stabilité européenne (ESM), destiné à remplacer mi-2013 les instruments provisoirement en place tels que l'EFSF. M. Jean-Claude Juncker a évoqué deux types de réunions qu'il présidera, l'une avec les pays de la zone euro et l'autre avec les pays n'ayant pas adopté la monnaie unique mais désireux de participer aux travaux (pour l'instant Danemark, Hongrie, République tchèque, Pologne, Royaume-Uni, Suède). L'ESM décidera, au cas par cas, la participation éventuelle des créanciers privés aux pertes générées par la restructuration de la dette d'un pays de la zone euro. M. Juncker fera des propositions au Conseil européen de mars.
Mardi, le ministre hongrois des Finances György Matolcsy a espéré l'adoption « en juin » du paquet législatif sur la réforme de la gouvernance économique, ce qui suppose un accord au Conseil en mars. (M.B.)