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Bulletin Quotidien Europe N° 10295
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Pour une réflexion sur de nouvelles relations entre l'UE et l'Afrique

La politique qui a échoué. À quel moment l'UE estimera-t-elle opportun de préparer une révision de ses relations avec l'Afrique ? Cette rubrique a déjà exprimé l'opinion que c'est une évolution incontournable ; mais il n'est pas facile de la concrétiser car les opinions des États membres diffèrent et ni la Commission européenne ni le Parlement européen ne se sont clairement exprimés. Il est pourtant évident que: a) la stratégie consistant à remplacer les relations commerciales préférentielles, telles qu'elles existent depuis le commencement, par des relations fondées sur les règles générales de l'OMC, a largement échoué ; b) la plupart des pays africains ont noué des liens économiques étroits avec des pays non-européens (Chine, États-Unis, pays du Golfe, etc.) dont l'UE reste en marge. La Commission européenne continue à expliquer et justifier la politique que la plupart des pays africains rejettent, fondée sur des accords régionaux de partenariat économique (APE) ; on se demande jusqu'à quel point elle-même y croit encore.

Résultats presque nuls. Faut-il rappeler une fois de plus l'évolution progressive intervenue ? La nouvelle stratégie, soutenue par des organismes tels qu'Oxfam et d'autres groupes de pression, a provoqué des désastres: l'ouverture pure et simple des frontières européennes aux produits agricoles africains a provoqué dans une partie du continent les ruineuses monocultures pour l'exportation, au bénéfice des grandes entreprises et d'autres monopoles, en détruisant l'agriculture vivrière locale, en supprimant la capacité pour les paysans africains de nourrir en partie les populations locales, en supprimant des traditions alimentaires parfois très anciennes et en créant leur dépendance alimentaire. S'y ajoutait le fait que l'UE subventionnait en partie ses exportations, et le résultat tient en deux mots: chômage et dépendance. Un certain nombre de pays africains ont en plus souscrit des engagements notamment avec la Chine et les pays arabes du Golfe portant non seulement sur l'exploitation de mines et sur des projets industriels, mais aliénant aussi leurs terres agricoles. Ces contrats n'impliquent pas seulement la cession de denrées alimentaires, mais parfois la propriété même des terres, vendues aux pays qui disposent de réserves monétaires presque illimitées. Chaque pays africain est évidemment maître de ses décisions, et certains font valoir les avantages qui résultent de l'exploitation de terres auparavant négligées ; mais des experts s'interrogent sur le point de savoir si certains accords de ce type sont vraiment efficaces pour développer l'activité agricole ou s'ils profitent essentiellement aux autorités et à l'administration publique. Il est vraisemblable que les deux cas se présentent: certaines opérations sont avantageuses pour les populations locales, d'autres ne profitent qu'aux autorités. D'après les informations disponibles, Mozambique, Tanzanie et Cameroun ont « loué à long terme » à la Chine une partie de leur production de riz ; Ouganda et Zimbabwe idem pour des céréales ; Éthiopie et Soudan auraient perdu le contrôle d'autres denrées nationales.

C'est vrai qu'il ne faut pas généraliser: quelques pays africains développent positivement leurs capacités de production alimentaire ; mais d'autres investissent davantage dans l'achat d'armes sophistiquées que dans le développement agricole.

Le rejet. Le Sommet UE/Afrique de la fin novembre en Libye, dernière cérémonie solennelle euro-africaine, s'était conclu par l'adoption d'une « déclaration de Tripoli » remplie de belles phrases et de bonnes intentions. Mais deux orateurs au moins avaient dépassé la rhétorique traditionnelle (voir notre bulletin n° 10266). Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, avait notamment déclaré: « Les conflits armés continuent à menacer, voire à détruire les progrès dans plusieurs pays. L'insécurité, le terrorisme et les menaces internationales ne se limitent pas à quelques régions mais sont alimentés par des réseaux. La pauvreté prive des millions d'hommes et de femmes d'une vie digne, malgré les progrès des dernières années. » De son côté, le président de la réunion du côté africain, M. Kadhafi, avait violemment attaqué l'OMC, la Banque mondiale et le FMI, en les qualifiant d'«organisations terroristes qui ont détruit l'Afrique ». Il a demandé la suppression de l'OMC dont le seul souci est, à son avis, «d'ouvrir nos frontières aux marchandises extérieures pour détruire toutes nos industries.» Il a invité l'UE à renoncer à morceler l'Afrique avec sa théorie des groupements régionaux » et d'abandonner les APE (Accords de partenariat économique) dont l'effet est d'entraver les exportations africaines vers l'Europe en soulignant que l'Afrique dispose d'alternatives: Amérique latine, Chine, Inde « qui respectent nos régimes et n'interviennent pas dans nos affaires intérieures. »

N'est-ce pas suffisant pour considérer qu'une réflexion sur l'avenir est opportune ? (F.R.)

 

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