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Bulletin Quotidien Europe N° 10290
Sommaire Publication complète Par article 33 / 34
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 897

*** PHILIPPE HERZOG: Une tâche infinie. Fragments d'un projet politique européen. Éditions du Rocher / Desclée de Brouwer (28 rue du Comte-Félix-Gastaldi, 98000 Monaco. Tél.: (33-1) 40465407 - Internet: http://www.editionsdurocher.fr ). 2010, 350 p., 20 €. ISBN 978-2-268-07006-3.

Ce pourrait être un livre-testament politico-philosophique, « testament » parce que, comme l'a écrit ailleurs André Chouraqui, « il me permet de transmettre tout ce qu'aujourd'hui je désire léguer à l'humanité ». Pourtant, ce très beau livre, fruit d'une réflexion au long cours qui ne s'est jamais épargné les remises en cause, devrait plutôt être reçu comme une invitation à la rébellion raisonnée et à l'action raisonnable, pour bâtir un monde meilleur à partir du tremplin qu'est l'Union européenne. Que Philippe Herzog veuille bâtir un monde meilleur sera une évidence pour ceux qui connaissent son parcours. Jeune économiste, lorsqu'il adhère au parti communiste, « il se jette à l'eau sans savoir nager », ce qui lui vaudra de nager souvent à contre-courant, au point d'amener le journaliste Jean Boissonnat à se demander s'il ne serait pas « le Berlinguer français ». Rétif à tout dogmatisme, il se rapproche dès lors tout naturellement « d'amis de la deuxième gauche, comme Michel Rocard et Jacques Delors, soucieux de rigueur intellectuelle et de mobilisation sociale », mouvance qui a, regrette celui qui a déconseillé à Martine Aubry de passer aux 35 heures, « perdu pied au parti socialiste ». Son action, il la mènera par conséquent en « électron libre »: comme député européen étiqueté communiste de 1989 à 2004 ; comme président-fondateur de l'association Confrontations Europe, laquelle lui a permis de « s'extraire de l'autarcie communiste » en lui offrant « une nouvelle et plus large communauté de dialogue » ; et lorsque le « gaulliste » Michel Barnier, commissaire européen en charge des services et du marché intérieur, lui demande de devenir son conseiller spécial, cet homme décidé à ne travailler que pour ce qu'il « croit être l'intérêt public » hésite d'autant moins que, devenu « un saint-simonien, un socialiste libéral », il considère que « l'avenir de l'Europe » est dans la réconciliation entre libéralisme et socialisme.

Sans doute a-t-il fallu que Michel Barnier soit (hormis sur le plan européen, fort heureusement…) un héritier fidèle du gaullisme véritable pour qu'il n'avale pas de travers à la lecture de certaines idées politiques et économiques défendues par Philippe Herzog au fil de ces pages. Ainsi, l'auteur est-il, à sa manière, beaucoup plus dans l'esprit du fondateur de la Vème République que certains qui en revendiquent l'héritage lorsqu'il assène qu'il faudra « faire sauter le monopole des partis politiques », coupable d'avoir « produit une oligarchie de professionnels à vie, de segmentations et de batailles de clochers incessantes », ce microcosme n'étant plus, selon lui, « capable de produire un projet et une stratégie nationale et a fortiori européenne ». Le commissaire le suit-il, par contre, lorsqu'il propose de dépasser la « sclérose » dont souffre la démocratie de type occidental en la remplaçant par « une démocratie de participation », à savoir un système démocratique où le citoyen « participe à la délibération des choix et à l'exercice de gestion » ? Le suit-il surtout lorsqu'il conteste « le monopole du gouvernement représentatif » à l'échelon européen, lui qui lance notamment: « Il ne faut pas déléguer toute la responsabilité aux professionnels de la politique, ils sont enclavés dans les institutions nationales ; il faut tenter de former une société politique européenne active, confiante en ses desseins » ? Pas sûr, même si Philippe Herzog le rassure sans doute en ajoutant qu'il s'agira de « la tâche politique et culturelle d'une ou plusieurs générations ».

Sans surprise, les diagnostics et ordonnances délivrés par Philippe Herzog sur le plan économique ne sont pas moins décapants. Sans surprise, il appelle au dépassement du modèle initial sur lequel a été bâti le grand marché, tant il est vrai qu'il a seulement « visé l'intérêt des consommateurs, mais les travailleurs ne s'y retrouvent pas ». Sans surprise, il appelle à « privilégier la réhabilitation des biens publics plutôt que la consommation » et prône aussi « un grand marché européen qui favoriserait » le développement des services d'intérêt économique général « au lieu de simplement les tolérer », ce qui lui permettrait de devenir « par là même un véritable espace de vie commune ». Sans surprise, ce libre-penseur refuse de s'attaquer à la politique de concurrence en ce qu'elle ne pouvait « pallier le manque de politiques industrielles », mais juge que, dès lors que celles-ci reviennent à l'agenda, « sa doctrine doit changer pour se mettre à leur service » et contribuer ainsi à la transformation du « grand marché intérieur en camp de base pour les entreprises européennes dans la mondialisation ». Sans surprise encore, l'auteur plaide de manière éloquente pour que soit lancé sans délai « un New Deal européen pour sortir de la crise », un « nouveau compromis historique » entre « réformateurs de tous bords, qu'ils soient démocrates de gauche ou de droite non souverainistes », donc aussi entre États membres qui doivent comprendre « que sans solidarités européennes, tous les pays européens chuteront ensemble ». Pour l'auteur, voilà qui appelle, d'urgence, « des solidarités sans précédent » au sein de l'Union, avec tout ce que cela peut impliquer sous l'angle du budget communautaire et des moyens à se donner pour défendre victorieusement la monnaie unique. Sans surprise, ce sont autant de passages forts que goûtera fort peu un David Cameron, voire des Merkel et autres Sarkozy. Mais voilà, ne sont-ils pas les premiers à rester enclavés dans les institutions nationales ? Michel Theys

*** GRAHAM WATSON: Building a Liberal Europe: the ALDE Project. John Harper Publishing (27 Palace Gates Road, London N22 7BW, UK. Tél.: (44-20) 88814774 - Courriel: jhpublish@aol.com - Internet: http://www.johnharperpublishing.co.uk ). 2010, 260 p., 25 €. ISBN 978-0-9564508-1-4.

Petit à petit, Graham Watson devient l'un des vétérans du Parlement européen où il s'est fait élire pour la première fois en 1994. Dans cet ouvrage, il raconte les péripéties qui ont émaillé les différentes étapes de son parcours qui a coïncidé, jusqu'à présent, avec trois législatures (il vient d'entamer sa quatrième, dont il n'est pas question dans ces pages) et cinq révisions majeures des traités. Très naturellement, l'auteur structure son propos autour de ces législatures, mais pas seulement: après avoir brièvement rappelé d'où vient le Parlement européen élu pour la première fois au suffrage universel direct en 1979, il rend compte de la législature allant de 1994 à 1999, avec la mise en œuvre du Traité de Maastricht et la négociation de celui d'Amsterdam, puis de celle qui débute en 1999. Il l'interrompt toutefois au 15 janvier 2002, moment où Pat Cox devient président du Parlement et lui-même président du Groupe libéral de l'époque. Ce sont les années où il a pu imprimer sa marque en qualité de chef de Groupe qu'il met particulièrement en exergue, non sans raison puisque c'est sous sa houlette que l'Alliance des libéraux et démocrates pour l'Europe a vu le jour, ce qui a permis à cette famille politique de s'enrichir en élus comme en sensibilités. Fort légitimement, Graham Watson aurait aimé poser sa candidature à la présidence du Parlement lors de la législature qui s'est ouverte en 2009 ; le rapport des forces politiques issues du scrutin lui a fait renoncer à cette ambition, plutôt que d'avoir à quémander le soutien des forces extrémistes et/ou eurosceptiques. Toute l'élégance d'un homme de conviction réside dans ce refus. (MT)

*** YVES DENÉCHÈRE, MARIE-BÉNÉDICTE VINCENT (sous la dir. de): Vivre et construire l'Europe à l'échelle territoriale de 1945 à nos jours. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio », n° 53. 2010, 308 p., 36,50 €. ISBN 978-90-5201-595-8.

Dans quelle mesure les relations européennes initiées « sur le terrain » ont-elles joué un rôle dans l'appropriation par les Européens d'une conscience européenne ? Telle a été la thématique générale d'un colloque qui a été organisé en mars 2009 à la Maison des sciences humaines de l'Université d'Angers et dont cet ouvrage rend compte fidèlement. En clair, l'histoire de la construction européenne est abordée, dans ces pages, dans sa dimension socioculturelle, économique et pratique en la croisant avec l'histoire locale et régionale, l'objectif des auteurs étant de se rapprocher des acteurs de terrain pour interroger le sens concret qu'ils donnent à l'idée d'Europe. La première partie du livre est consacrée aux jumelages de communes européennes, lesquels constituent incontestablement la forme emblématique des initiatives de terrain ayant visé à un rapprochement européen entre les collectivités territoriales. Un deuxième ensemble de contributions s'intéresse plus spécifiquement à des acteurs locaux qui ont été à l'origine d'échanges européens entre les collectivités territoriales et les sociétés civiles, à l'instar des protagonistes de l'Opération Villages Roumains autour de 1989. Un troisième axe interroge, lui, le croisement des identités régionales et de l'identité européenne, à travers les cas de l'Alsace face à l'Allemagne, des Communautés autonomes espagnoles et des Eurorégions et autres coopérations transfrontalière. Enfin, la quatrième partie explore d'autres coopérations nouées entre les collectivités territoriales au niveau européen, de la première Rencontre des capitales européennes aux Projets Intégrés Territoriaux à la lumière du cas de la Campanie en passant, entre autres, par la Conférence des régions périphériques maritimes d'Europe. Dans ses conclusions, le Pr. Bossuat (Université de Cergy-Pontoise) observe notamment que les régions ont favorisé des formes de représentation de l'unité européenne et que la Commission a cédé à la tentation d'instrumentaliser le fait régional à des fins politiques. Pour cet historien, elle n'y est toutefois pas parvenue pleinement: « L'histoire montre que les territoires sont, autant que les cercles du pouvoir national ou européen, les lieux de développement d'un espace public européen, d'une perception européenne des enjeux de notre temps sans toujours se référer aux directives de Bruxelles. Les territoires sont pleinement acteurs des enjeux de la modernité sans être pourtant une territorialisation de l'utopie communautaire ». (MT)

*** PHILIP CASSIER: Der andere Weg. Deutschland und der Westen in den Westdeutschen Debatten 1945-1960. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2010, 373 p., 55,90 €. ISBN 978-3-631-59476-6.

L'histoire de l'Europe au XXème siècle se confond, pour l'essentiel, avec celle de l'Allemagne qui, par deux fois, a bouleversé le cours de ce siècle: les deux Guerres mondiales ont valu au continent ses deux plus grandes tragédies, ainsi que sa forme actuelle. Consciente du rôle qui avait été le sien et de l'atrocité de ses actions, l'Allemagne, en particulier l'Allemagne de l'ouest, a procédé, après la Seconde Guerre mondiale, à une profonde introspection à l'échelle de sa société. Celle-ci a été forcée, en effet, de remettre en question toutes ses « valeurs » afin de pouvoir adhérer au monde occidental qui l'a inclus, non sans réticence, dans les années qui ont suivi le conflit. Cette introspection a largement impliqué les cercles intellectuels allemands, avec entre autres la participation initiatrice de Thomas Mann ou de Ernst Troeltsch.

Cet ouvrage présente une analyse assez complète de la pensée allemande dans les années 40 et 50 sur l'histoire du pays et sur son retour dans le monde occidental. Si le livre est organisé chronologiquement, l'auteur commence par situer la théorie et la méthode sur laquelle est fondée son analyse. Il s'intéresse ensuite aux problèmes de la perception de l'Europe occidentale dans l'histoire allemande, mais également à travers les autres sciences sociales, ainsi que dans le chef des intellectuels libres au cours des années ayant précédé 1945. La troisième partie est consacrée aux années 1945-1949, période au cours de laquelle beaucoup d'intellectuels se sont penchés sur le thème de la « catastrophe allemande ». Si ce thème est bien entendu abordé, le sujet principal de cette partie est toutefois celui de la culpabilité et de la « Révision ». La question essentielle de la chute collective de la société allemande est abordée à travers le regard de personnalités expertes de disciplines différentes: le psychiatre Karl Jaspers, l'économiste Wilhelm Röpke et le juriste Hans Peters. Dans ce chapitre, le rôle de la religion - catholique - est aussi analysé, ainsi que celui de l'histoire comme élément de pouvoir. Enfin, le sujet de l'Occident dans la pensée philosophique et historique d'après 1945 y est aussi abordé, entre autres pour ce qui est de son rôle d'exemple civilisationnel pour les intellectuels allemands d'après guerre. Le dernier chapitre se penche sur la pensée allemande dans les années 50. Dans cette partie, l'auteur passe en revue les critiques sur la civilisation, mais il cerne surtout une réflexion allemande sur son histoire future vis-à-vis du communisme et de l'Occident. Les conceptions du modernisme et de celle du passage vers un nouveau futur - « Übergangs zur Neuzeit » - sont aussi abordées.

(JD)

*** GERHARD GÖHLER, CORNELIA SCHMALZ-JACOBSEN, CHRISTIAN WALTHER (sous la dir. de): Apropos Wahlkampf. Politik und Medien im Superwahljahr 2009. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 146 p., 15,70 €. ISBN 978-3-631-58807-9.

L'année 2009 a été, pour l'Allemagne, une année d'élections à quatre niveaux de pouvoirs différents: fédéral, régional, local et européen. Cette année fut donc l'occasion idéale, pour les journalistes et politologues, d'observer les acteurs politiques en cours de campagne électorale et particulièrement leur communication avec le public allemand. En Allemagne comme ailleurs, la communication politique a, en effet, énormément changé ces dernières années, suite notamment à l'avènement des médias sociaux sur Internet ou Twitter. Du coup, la communication se fait plus diffuse et s'est retrouvée fortement accélérée, s'imposant comme un instrument indispensable à toute campagne électorale - ce qui a été bien montré par Obama, premier Président américain à avoir été élu après un usage intensif d'Internet, certains allant même jusqu'à affirmer qu'il a remporté le scrutin sur la Toile. Cependant, même si l'usage d'Internet est désormais indispensable, les médias traditionnels, la télévision en tête, restent néanmoins des instruments de communication à ne pas négliger, ce dont atteste cet ouvrage au contenu riche et couvrant un spectre académique relativement large puisqu'il couvre, outre les aspects purement politiques, aussi bien la communication que, par exemple, la linguistique. Douze auteurs ont participé à l'ouvrage. Certaines contributions consistent en des analyses traditionnelles (analyses historique ou comparative entre campagnes américaine et allemande, analyse politique des élections et de la démocratie), mais d'autres innovent davantage en se concentrant sur la révolution Internet, les médias sociaux ou encore la dimension européenne.(JD)

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