Budapest, 06/01/2011 (Agence Europe) - La présidence hongroise de l'UE a pris un « mauvais départ » à cause des polémiques « exagérées » autour des deux nouvelles législations adoptées en Hongrie - sur les médias et la fiscalité - mais cette situation « regrettable » n'enlève rien au fait que ces deux réformes sont nécessaires et justes, a affirmé jeudi 6 janvier le premier ministre hongrois Viktor Orban. « Oui, c'est un mauvais départ (…) Personne ne souhaite débuter une présidence de l'UE de cette manière mais ce n'est pas moi qui ai rédigé le script. Nous avons adopté des lois (sur les médias et la fiscalité, Ndlr) dont nous pensions qu'elles étaient parfaitement en ordre mais maintenant nous sommes critiqués. C'est la démocratie. Je ne peux rien y faire mais je défendrai nos lois parce que nous avons des raisons très claires de dire qu'elles sont bonnes et justes », a dit M. Orban devant un groupe de journalistes européens à Budapest. S'il défend bec et ongle le contenu des nouvelles lois, il reconnaît cependant avoir commis une « erreur tactique » en introduisant ces mesures juste à la veille de la présidence européenne.
Ce vendredi 7 janvier, M. Orban et son gouvernement recevront José Manuel Barroso et le collège des commissaires européens à Budapest pour marquer le départ opérationnel de la présidence hongroise.
Loi sur les médias. M. Orban a fortement relativisé les propos tenus le 5 janvier par le ministre hongrois des Affaires étrangères, Janos Martonyi, qui avait laissé entendre que la Hongrie pourrait éventuellement accepter d'amender sa loi sur les médias si les experts juridiques de la Commission devaient parvenir à la conclusion que certaines dispositions sont contraires au droit communautaire ou à la Charte des droits fondamentaux (EUROPE n° 10287). Oui, des modifications à la loi seront possibles, « mais seulement si les autres pays membres dans lesquels existent les mêmes dispositions amendent eux aussi leurs lois respectives », a expliqué M. Orban. Car, a expliqué le premier ministre, la loi hongroise contestée est en fait un « assemblage » de dispositions qui existent déjà dans d'autres pays membres tels que le Danemark, la France ou l'Allemagne. « Dans notre loi sur les médias, il n'y a pas une seule disposition juridique qui ne peut pas aussi être trouvée dans la législation d'au moins un autre État membre », a-t-il dit. Si la Hongrie sera obligée d'y apporter des modifications, les autres pays devront aussi faire les mêmes changements « car la Hongrie n'acceptera jamais d'être discriminée », a insisté M. Orban.
Paris et Berlin ouvertement critiqués. M. Orban a aussi ouvertement critiqué les gouvernements français et allemand qui ont très rapidement critiqué la loi hongroise sur les médias « sans l'avoir lue ». Ces prises de position ont été « superflues et hâtives ». « Je suis très content que les Allemands sont revenus sur terre en retirant leurs déclarations précoces. J'attends que les Français fassent de même », a déclaré M. Orban. Sans connaître les détails de la loi, « aucun pays n'a le droit de critiquer la Hongrie et de lui dire ce qu'elle doit faire ».
Nationalisme économique ? Les multiples commentaires dans la presse internationale sur le style « autoritaire » et « nationaliste » du gouvernement Orban (qui dispose d'une majorité des deux tiers au parlement) « ne me blessent pas beaucoup mais ils blessent et insultent la Hongrie qui est un pays démocratique », s'est défendu le premier ministre. M. Orban a réfuté aussi catégoriquement le label de « nationalisme économique » que lui ont collé certains observateurs après la récente introduction de nouvelles 'taxes de crise' qui semblent prioritairement cibler des banques et sociétés étrangères établies en Hongrie. Le fameux 'impôt de crise' frappe uniquement les grands opérateurs actifs dans certains secteurs économiques spécifiques (banques, télécommunications, énergie), mais il n'est en rien discriminatoire car il touche aussi les sociétés hongroises « qui sont même les plus grands payeurs » de cette taxe, affirme M. Orban. Des mesures similaires sont d'ailleurs prises dans d'autres pays membres sans que cela suscite des critiques, a-t-il encore relevé. L'industrie manufacturière hongroise est exemptée afin de préserver sa compétitivité « même vis-à-vis de la Chine ou du Brésil ».
Schengen. À propos de l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'espace Schengen, M. Orban a ouvertement contredit la France et l'Allemagne qui veulent retarder la décision. « Contrairement à certains pays membres, la présidence hongroise est fermement engagée en faveur de l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à la zone Schengen », a-t-il dit.
Déficit budgétaire, dette publique. M. Orban s'est vanté d'avoir réduit en six mois (depuis que son gouvernement est entré en fonction) le déficit budgétaire de son pays de 7,5% à 3,8% du PIB (fin décembre 2010). L'objectif pour 2011 est de le ramener à 3%. La dette publique (actuellement de 80% du PIB) sera réduite à un niveau entre « 70 et 73% » d'ici la fin du mandat de ce gouvernement en 2014. Le gouvernement envisage aussi de modifier la constitution hongroise (qui date de 1949) dans les prochains mois en y incluant des dispositions pour plafonner le déficit budgétaire (3% du PIB) et la dette publique (50% du PIB). (H.B.)