Bruxelles, 22/12/2010 (Agence Europe) - La Commission européenne n'a pas voulu faire de commentaires sur la situation préoccupante pour la presse hongroise, alors que le parlement national de cet État membre a définitivement adopté mardi 21 décembre une nouvelle loi qui met visiblement en danger la liberté de la presse nationale. Un acte d'autant plus interpellant que la Hongrie doit assurer dès le 1er janvier 2011 la présidence du Conseil européen. « En tant que gardienne des traités, la Commission va évaluer la situation de près en matière de respect des principes et des lois européennes. Elle verra ensuite s'il convient d'agir mais pour l'instant nous n'avons pas de commentaires », a répété à l'envi un porte-parole de la Commission en réponse au feu de questions des journalistes lors du point de presse mercredi midi.
La loi hongroise a été définitivement adoptée par 256 voix pour et 87 contre, malgré les protestations de la presse nationale. Certains quotidiens ont publié des « Unes » vides en guise de protestation. Le parti conservateur du Premier ministre Viktor Orban, qui dispose d'une large majorité des deux tiers au parlement, aurait fait passer la loi sans grande difficulté. Celle-ci entrera en vigueur dès le 1er janvier et doit organiser le fonctionnement des chaînes de radio et de télévision, ainsi que la presse écrite et les sites Internet d'information. En pratique, il n'y aura plus qu'un seul journal de nouvelles produit par l'Agence de presse nationale hongroise. Ce journal sera diffusé sur les trois chaînes de télévision et la radio publiques. De plus, les nouvelles ne pourront pas contenir plus de 20% d'affaires criminelles. Les médias privés seront aussi contrôlés. Le nouveau Conseil des médias, dont les cinq membres appartiennent au parti Fidesz, sera habilité à sanctionner par des amendes sévères les productions qui « ne sont pas équilibrées politiquement » ou qui « entravent la dignité humaine ». Les amendes pourront atteindre 200 millions de forints (700 000 euros) pour les télévisions et 25 millions (89 000 euros) dans le cas des journaux ou des publications en ligne. La nouvelle autorité sera autorisée à inspecter tous les documents d'un organe médiatique sans même qu'il y ait un délit identifié. De même, les journalistes seront obligés de divulguer leurs sources s'il en va de la « sécurité nationale ».
Pour la Freedom House, l'Institut international de la presse, la Fédération européenne des journalistes (EFJ), Reporters sans frontières, l'Association européenne des éditeurs de journaux ENPA, l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et bien d'autres, cette décision est inadmissible. « Cette loi met les médias sous le contrôle d'une entité dont l'autorité et la légitimité posent question », a commenté le secrétaire général de l'EFJ Aidan White. « Réguler la presse écrite peut diminuer la liberté des médias et des débats publics, qui sont des éléments indispensables des démocraties », a pour sa part déclaré Dunja Mijatovic de l'OSCE. Dans un communiqué commun adressé au premier ministre hongrois, l'ENPA et la WAN-IFRA (World Association of Newspapers and News Publishers) soulignent: « Le fait qu'un organe contrôlé par l'État supervisera ce qui est autorisé et pas autorisé dans la presse est un fameux pas en arrière et est contraire aux principes tels que la liberté de la presse ou encore les droits de l'homme universels ».
Le groupe des Verts/ALE réagit
Dans un communiqué, Daniel Cohn-Bendit et Rebecca Harms, coprésidents du Groupe des Verts/ALE au Parlement européen, se sont émus de la situation. M. Cohn-Bendit appelle le président de la Commission José Manuel Barroso à « prendre les mesures nécessaires » afin d'obtenir le retrait de cette loi. Pour lui, il s'agit d'une « mise sous tutelle intolérable pour un pays membre de l'UE (…), en contradiction totale avec le Traité européen, la Charte des droits fondamentaux et la Convention européenne des droits de l'homme ». Rebecca Harms a affirmé pour sa part que le Parlement interviendrait en session plénière, dès le mois de janvier, en cas d'inertie de la part de la Commission et du Conseil de l'UE, pour faire pression sur ces deux organes, contre « ce qu'il faut bien interpréter comme une violation des valeurs de l'UE ». (I.L.)