Raisons d'un bilan très positif. Je crois ne pas exagérer en considérant que la présidence belge du Conseil de l'UE, qui a en pratique expiré cette semaine, a été l'une des meilleures de ces derniers temps. Plusieurs éléments ont contribué à cette évaluation positive, y compris peut-être l'absence d'un gouvernement national en pleine possession de ses pouvoirs. Cette anomalie a en effet permis aux ministres belges de se consacrer presque entièrement à la tâche européenne, élaborer des compromis, négocier en permanence avec un Parlement européen très attentif à faire valoir ses pouvoirs accrus. Les présidents des différentes branches du Conseil ont pu se concentrer largement sur les dossiers européens et le secrétaire d'État chargé de la coordination a pu se consacrer full time à cette tâche. S'y ajoute évidemment l'avantage géographique de résider à Bruxelles: chaque ministre n'avait qu'une ou deux rues à traverser pour atteindre le siège du Conseil communautaire ou le siège bruxellois du Parlement européen. Mais ces facilités n'auraient pas été efficaces si elles n'avaient pas été accompagnées par la connaissance des dossiers et par l'habitude traditionnelle de la classe politique belge à jouer en Europe un rôle d'intermédiaire entre les positions nationales et sa capacité de définir des compromis.
C'est ainsi que, en coopération avec la Commission européenne et face à l'engagement combatif et pointu du Parlement, il a été possible à la présidence belge de faire progresser des dossiers essentiels tels que: la supervision financière (dans différents aspects), le principe de la gouvernance économique, l'adoption du budget 2011 (malaisé à réaliser, celui-ci), le brevet européen (mais deux États membres ne sont pas d'accord…), l'initiative citoyenne. Et aussi de faire avancer autant que possible les candidatures à l'adhésion, même si des blocages subsistent, par exemple dans les négociations avec la Turquie. Je renvoie à notre bulletin d'hier pour le bilan dressé par le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere.
Une réalité plus complexe. Ainsi présenté, ce bilan est toutefois trop idyllique et donc quelque peu superficiel. En fait, la présidence belge a fait la première expérience totale de l'évolution institutionnelle de l'UE, caractérisée en particulier par le rythme presque mensuel des réunions du Conseil européen qui, on le sait, a une présidence stable et dont les travaux échappent à la présidence tournante. Un certain nombre des résultats cités par M. Vanackere dérivent en fait des orientations définies par le Sommet, des compromis intervenus au niveau des chefs d'État et de gouvernement. Il est vrai que les différentes formations du Conseil ont la tâche, souvent complexe, de mettre ensuite au point les textes d'application et de les négocier avec le Parlement ; mais les orientations et les compromis viennent d'en haut. Sans oublier en outre que les délibérations concernant de façon spécifique la zone euro résultent de l'Eurogroupe, qui a lui aussi un président stable (Jean-Claude Juncker), et que la gestion quotidienne de la politique étrangère de l'UE dépend et dépendra de plus en plus du service diplomatique européen, dirigé de façon autonome par un Haut représentant qui est en même temps…vice-président de Commission européenne. Et il ne faut pas oublier que la présidence belge a rencontré des difficultés dans certains cas où l'unanimité est requise et un seul État membre peut donc bloquer la recherche de certains compromis avec le Parlement européen.
L'obstacle de l'unanimité. Ce n'est pas Steven Vanackere qui a parlé de ce dernier aspect dans son bilan officiel. C'est le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Olivier Chastel, qui a préparé et suivi en permanence les différents dossiers et n'avait pas mâché ses mots quelques jours auparavant. Je cite son interview à Maroun Labaki (Le Soir): « De grandes décisions restent gênées, contrecarrés, par quelques États. Il existe encore un certain nombre de pays membres, et pas des moindres, qui veulent garder toutes leurs prérogatives. C'est très pénalisant quand on est en face des États-Unis, de la Chine, de l'Inde ou du Brésil. C'est ce qui donne parfois l'impression que le moteur européen n'est pas performant. Je suis attristé de ce constat. Mais ces pays qui se considèrent encore comme grands, ne sont rien à côté des blocs en face. » Certes, M. Chastel avait ainsi parlé dans un moment de dépit, lorsqu'il devait présenter au Parlement européen une position spécifique du Conseil résultant de la volonté d'un seul État membre. Mais la question de l'unanimité, prescrite parfois par le Traité de Lisbonne persiste, et elle peut bloquer une présidence. Ce qui n'a pas empêché M. Chastel d'être enthousiasmé par son expérience européenne (« ma plus belle expérience depuis que je suis en politique ») et de considérer, en accord avec l'ensemble de son gouvernement, que le semestre belge a été très positif et que les prémisses pour d'autres évolutions favorables sont bien présentes.
La parole passe maintenant à la présidence hongroise. Bien entendu, cette rubrique y reviendra.
(F.R.)