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Bulletin Quotidien Europe N° 10279
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/afghanistan

Pour une nouvelle stratégie européenne

Bruxelles, 16/12/2010 (Agence Europe) - Les députés européens ont adopté à une large majorité (507 pour, 77 contre, 4 abstentions) le rapport de Pino Arlacchi (S&D, italien) sur une nouvelle stratégie de l'UE pour l'Afghanistan où ils demandent une réforme de l'aide internationale, l'élimination de la culture du pavot, une meilleure coordination de la formation des policiers afghans et le soutien au processus de paix. Le vote en commission des Affaires étrangères du PE, début novembre, avait éliminé du rapport les propositions les plus controversées, comme celle qualifiant les forces occidentales déployées dans le pays de forces d'occupation. Toujours est-il que le rapport du député socialiste a suscité un vif débat avant le vote, mercredi 15 décembre. L'interdiction de l'usage des drones, que M. Arlacchi considérait comme « contraire aux processus de paix » et servant à « décapiter » l'insurrection afghane étaient parmi les propositions les plus contestées.

« Pourquoi, malgré neuf années d'intervention internationale, depuis 2001, les opérations militaires ont-elles coûté plus de 300 milliards d'euros et de nombreuses vies humaines, et au moins 40 milliards d'euros ont-ils été dépensés » pour l'aide humanitaire, alors que « malgré tous ces efforts l'Afghanistan reste le principal producteur de drogues » dans le monde et « l'un des pays plus pauvres», s'est interrogé M. Arlacchi en présentant son rapport. Sans apporter de réponse, il a insisté une nouvelle fois sur le fait que le rapport cherchait à apporter « une réponse civile » à la crise afghane, sans reproduire « la perspective américaine ». « Les interventions pour la paix, la diplomatie multilatérale, les mesures pour lutter contre la pauvreté, la création des institutions démocratiques et la protection des droits de l'homme » doivent être les piliers de l'action européenne, a-t-il estimé. Rendant hommage à Richard Holbrooke décédé lundi dernier, Catherine Ashton n'a pas été aussi pessimiste. « Notre engagement en Afghanistan » est un engagement de long terme et vient du fait qu'il faut empêcher que ce pays ne devienne « un havre pour le terrorisme ». Depuis 2001, il y a eu des progrès, a insisté le Haut représentant de l'Union européenne. « 8% de la population ont accès aux soins (médicaux) de base comparé à moins de 2% en 2001 » et « 40 000 bébés en moins meurent en Afghanistan » grâce à l'amélioration des soins prénataux, a-t-elle précisé. Oui, l'Union européenne doit rester un acteur en Afghanistan ; pour la baronne Ashton, elle doit continuer à lutter contre la corruption et pour le respect de l'État de droit. L'implication des femmes à tous les niveaux de la vie civile est aussi un élément important de l'action de l'Union, a-t-elle insisté. « Je trouve que ce texte a d'abord le grand défaut de vouloir absolument faire de nous, les Occidentaux, les responsables des maux que connaît l'Afghanistan », a pour sa part fait remarquer Philippe Juvin (PPE, français), qui a servi dans ce pays comme médecin militaire. « Je ne méconnais pas la complexité de la situation ; je sais que la guerre est cruelle », mais « il faut arrêter, je crois, cet antimilitarisme, cet anti-américanisme primaire, cette auto-flagellation des forces occidentales », a-t-il enchaîné. « L'ennemi, ce sont les talibans, ce ne sont pas les Américains et ce ne sont pas les forces occidentales », a-t-il fait valoir. Et d'ajouter qu'interdire les drones reviendrait à faire prendre plus de risques aux forces déployées. « Les contingents européens ont une action dont nous pouvons être fiers: ce n'est pas seulement l'action militaire mais aussi de reconstruction », a constaté l'Italien Carlo Fidanza du PPE. Le Roumain Cristian Preda (PPE) a contesté que l'UE ait totalement échoué dans la région: des résultats ont été obtenus, il faut persévérer ; l'objectif numéro un doit être d'éloigner les talibans de l'Afghanistan. Pour le même groupe, l'Italien Giovanni Collino a plaidé en faveur d'une plus grande transparence dans le financement, de la persévérance dans la lutte contre la drogue et de l'engagement international. Du côté des libéraux, la Française Marielle de Sarnez croit aussi en la nécessité d'une stratégie propre à l'Union dans la région ; oui, s'accorde à dire le Britannique non inscrit Andrew Brons, mais n'oublions pas que l'Afghanistan n'est pas une démocratie dans le sens occidental. Le peuple afghan ne semble pas comprendre notre présence, a ajouté le Slovaque Jaroslav Paška (EFD): l'Union n'a donc « pas le droit d'utiliser la force pour imposer son aide ». Le socialiste roumain Ioan Pascu a invité les Européens à proposer un modèle d'État qui concilie la tradition occidentale et la tradition afghane, alors qu'Ivo Vajgl (ADLE, slovène) a proposé dans le même registre de « travailler sur la base des valeurs qui sont proches de leurs valeurs ». Plusieurs députés, comme le Luxembourgeois Charles Goerens (ADLE), se sont interrogés sur les négociations en cours en vue d'inclure dans la gouvernance afghane les « talibans modérés ». « Il faut demander aux femmes afghanes » ce qu'elles en pensent, a-t-il ironisé. « Sans État de droit et sans démocratie », nous ne ferons rien a constaté la Portugaise Ana Gomes (S&D), alors que Norbert Neuser (S&D, allemand) a demandé au gouvernement afghan de faire preuve de sa volonté de lutter contre la corruption. Le Polonais Zbigniew Ziobro (ECR) a appelé au redoublement de l'engagement envers l'OTAN et l'Afghanistan et des efforts pour « convaincre les personnes d'arrêter la culture de drogues ». (A.By./L.G.)

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