Bruxelles, 23/11/2010 (Agence Europe) - La discussion sur le rapport annuel 2009 de la Banque centrale européenne, sur la base du rapport de l'Allemand Burkhard Balz (PPE), a quelque peu dérivé sous la pression de l'actualité, de nombreux parlementaires commentant le cas de l'Irlande et le rôle de l'euro. Les députés irlandais n'ont, en général, pas été tendres avec leur gouvernement, mais ils ont défendu l'euro comme facteur de stabilité. Certains d'entre eux ont mis en cause, en passant, les banques de grands pays créditeurs: elles ne sont pas, elles non plus, au dessus de tout soupçon. En commentant brièvement les récentes décisions concernant l'Irlande, le commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a rappelé à la fin du débat que le sujet était en fait le rapport de la BCE. Il s'est dit prêt à parler, même rapidement, avec les élus irlandais pour répondre à leurs questions.
M. Trichet défend l'euro, la BCE et compte sur l'appui du PE pour des mesures
de gouvernance économique « tangibles »
Le traité prévoit que le président de la Banque présente le rapport annuel au Parlement: en le faisant, Jean-Claude Trichet s'est félicité du soutien reçu tout le long de la crise financière de la part du Parlement, qui a démontré « sa volonté et sa capacité à faire prévaloir l'intérêt supérieur européen ».
En parlant alternativement en français, en allemand et en anglais, le président Trichet a reconnu que l'année 2009 a été « particulièrement éprouvante ». Mais les mesures décidées par la BCE (réduction des taux
et politique de soutien aux banques européennes, notamment en ce qui concerne l'ouverture de crédits) ont permis de lutter contre les menaces à la stabilité des prix à moyen terme de la zone euro. Malgré des résultats « corrects » en ce qui concerne l'inflation, les tensions sur le marché obligataire ont poussé la BCE a intervenir sur le marché de la dette afin de rétablir un « transfert correct de la politique monétaire à la politique réelle ».
Ces mesures « non conventionnelles » sont de nature temporaire, a souligné M. Trichet: elles visent à des solutions rapides, et certaines d'entre elles ont d'ailleurs déjà été ou vont être éliminées.
En faisant un rapide bilan des douze années passées, M. Trichet a estimé que la BCE a tenu ses promesses, notamment en ce qui concerne la stabilité des prix, avec une moyenne d'inflation de l,87 % par an. La BCE a en fait fonctionné « comme phare de stabilité malgré un environnement instable »: pour continuer à jouer ce rôle elle doit garder sa pleine indépendance. En ce qui concerne les relations avec les monnaies des grands pays, le désordre dans les parités de change sont néfastes pour la stabilité financière, a considéré
M. Trichet, pour qui un dollar fort est dans l'intérêt de tous, même des autorités monétaires américaines.
Mais la plus grande leçon à tirer de la crise est qu'il faut réformer la gouvernance économique, dans l'intérêt de toute l'UE et non seulement pour les pays membres de la zone euro. Dans les mois à venir, insiste M. Trichet, il faudra un « saut qualitatif » dans la gouvernance économique pour qu'elle devienne une réalité tangible. Il sait que le PE va œuvrer dans ce sens. L'année 2011 sera aussi la première année d'existence du Comité européen du risque systémique (CERS), a-t-il rappelé.
En répondant aux parlementaires, M. Trichet a réaffirmé que la mission de la BCE - qui est « responsable du 'M' dans Union Économique et Monétaire » - est le maintien de la stabilité des prix, mais qu'elle n'a aucune responsabilité vis-à-vis de l'union économique. Nous avons pu éviter une dépression au niveau mondial, a martelé le président de la BCE. Il faut éviter maintenant qu'« une réflexion légitime sur une meilleure gestion ne se transforme dans un grand exercice critique de l'euro… Gardons-nous du phénomène du bouc émissaire » alors que l'euro a été un élément de stabilité, a-t-il souligné. Ce sont les mauvaises politiques budgétaires et une mauvaise gouvernance économique européenne qui ont mené à la crise, a poursuivi M. Trichet. Il n'a pas lésiné sur les critiques contre la position du Conseil européen en la matière, qui « édulcore » la proposition de la Commission. Selon lui, la position des États membres est trop faible au niveau de l'automaticité des sanctions et de la rigueur budgétaire et économique. (L.G.)