Bruxelles, 05/11/2010 (Agence Europe) - Que les constructeurs automobiles européens cessent de crier au loup ! implorent les ONG européennes de l'environnement, agacées que l'industrie automobile se comporte aujourd'hui de la même manière face à la perspective d'une réduction obligatoire des émissions de CO2 des camionnettes nouvellement immatriculées, qu'il y a trois ans quand était débattu l'objectif de réduction des émissions des voitures particulières. À l'heure de l'examen de la proposition de règlement d'octobre 2009 visant à réduire les émissions moyennes de CO2 de la flotte de véhicules utilitaires légers neufs, un fait nouveau remplit d'aise les ONG. Un rapport récemment publié prouve que les nouvelles limites adoptées l'an dernier pour réduire les émissions de CO2 des voitures neuves pourront être respectées par certains constructeurs avant l'heure. De quoi faire bondir les constructeurs automobiles, furieux que les ONG mettent dans le même sac la réduction des émissions de voitures particulières et celle des camionnettes dont la vocation et les spécificités doivent être prises en compte.
Un record en 2009. Le rapport publié jeudi 4 novembre par T&E (Transport & Environnement), une ONG engagée dans la promotion du transport durable, démontre que certains constructeurs automobiles parviendront à respecter l'objectif de 130g de CO2 par km avant 2015, voire six ans à l'avance, puisque Toyota a pratiquement déjà atteint ce but. Selon ce rapport, les émissions moyennes de CO2 des voitures ont enregistré en 2009 une chute record de 5,1%. Cette tendance ne tient pas principalement à la crise économique ou aux subventions, mais à plus de 50% à amélioration de l'efficacité moyenne obtenue par des progrès dans la technologie plutôt que par les ventes de voitures plus petites.
T&E comme Friends of the Earth Europe (FoE) s'emparent de ces données pour rappeler qu'en 2008, les constructeurs automobiles avaient exercé un lobbying intense pour obtenir un report de trois ans de l'objectif initialement proposé par la Commission (130g/km à l'horizon 2012). « Il y a trois ans, l'industrie automobile disait qu'elle ne pourrait atteindre les objectifs dans les délais. Maintenant, la même industrie clame que les valeurs limites pour les camionnettes ne pourront être atteintes. Il est temps de s'interroger sur la crédibilité de ces affirmations», commente Jos Dings, directeur de T&E.
Pour Richard Dyer, de FoE au Royaume-Uni, ces données démontrent que « les constructeurs automobiles font des voitures plus économes en carburant et que la réglementation sur le CO2 porte ses fruits ». On aurait donc tort, estime-t-il, d'autoriser les constructeurs à « se reposer sur leurs lauriers ».
Ne pas confondre les poires et les pommes. La réponse de l'ACEA (Association des constructeurs européens d'automobiles) ne s'est pas fait attendre. Dans un communiqué publié vendredi 5 novembre, l'association accuse T&E de « confondre les pommes et les poires ». Les camionnettes sont des véhicules bien différents des voitures puisqu'elles transportent des marchandises ; la législation qui leur est applicable doit donc être ciblée sur un segment de marché très différent du marché des voitures particulières. En outre, selon l'ACEA, le calendrier imposé par la législation doit tenir compte de la programmation complexe du cycle de production des camionnettes. Quant à la chute des émissions moyennes des voitures particulières, l'ACEA l'impute à divers facteurs, dont la crise économique, mais principalement la prise de conscience des consommateurs à l'origine d'une demande accrue en véhicules économes en carburants, dont la vente est stimulée par les politiques de fiscalité encourageant les voitures propres.
Verts et ONG: même combat. Rappelons que, en se prononçant en première lecture sur la proposition de règlement établissant des normes de performance en matière d'émissions de CO2 pour les véhicules utilitaires légers neufs, la commission de l'environnement du Parlement a, le 28 septembre dernier, affaibli l'objectif de réduction à long terme en optant pour 140g/km à l'horizon 2020 (au lieu des 135g/km proposés par la Commission européenne) et abaissé le niveau des sanctions financières à 95 euros par gramme de dépassement (au lieu de 120 euros/gramme). Cela, au grand dam des Verts/ALE au PE qui partagent le point de vue des ONG.
Indignés que le vote ait « affaibli une proposition déjà faible de la Commission européenne », ceux-ci avaient accusé les chrétiens- démocrates et les libéraux d'avoir « capitulé face aux exigences des traînards de l'industrie automobile », « au mépris des intérêts des consommateurs, des petites entreprises et de l'environnement ».
La stratégie européenne de réduction des émissions de CO2 par le transport n'a pas fini, on le voit, d'alimenter la polémique entre défenseurs de l'environnement et constructeurs automobiles européens.
Le rapport de T&E est accessible en ligne: http://www.transportenvironment.org (A.N.)