Un commentaire sur les relations entre l'UE et la Chine ? On n'a lu que ça, dans la presse, ces derniers jours. Et notre bulletin a publié hier un compte-rendu éclairant sur le déroulement, les résultats et l'atmosphère du Sommet UE/Chine ; ce texte est plus instructif que tout commentaire, on apprend davantage en le relisant qu'en poursuivant la lecture de ces lignes. Il faut y ajouter les informations spécifiques sur le taux de change de la monnaie chinoise, publiées dans les deux bulletins précédents.
Les promesses faites à Rome et à Athènes. Après Bruxelles, le premier ministre chinois a poursuivi en Italie son périple, entouré de huit ministres et 50 hommes d'affaires de premier plan. À Rome, Wen Jiabao a: 1) confirmé que c'était lui-même qui avait refusé de tenir à Bruxelles une conférence de presse commune avec M. Van Rompuy et M. Barroso (voir aussi la page suivante) ; 2) souscrit avec l'Italie une série d'accords ou projets bilatéraux dont le résultat serait de doubler d'ici 2015 les échanges bilatéraux. 129 entreprises chinoises sont prêtes à investir en Italie l'équivalent de 46 milliards de dollars. Le premier ministre a assuré en même temps (réponse immédiate aux critiques de Bruxelles et d'ailleurs) que: les entreprises étrangères sont bien accueillies en Chine ; la propriété intellectuelle sera respectée ; elles pourront participer aux marchés publics locaux ; elles seront protégées contre les faux produits et les imitations. L'association de l'industrie européenne, BUSINESSEUROPE, avait exprimé quelques jours auparavant ses soucis très vifs, en dénonçant les discriminations et autres difficultés qui entravent l'activité des entreprises européennes en Chine.
L'étape romaine s'ajoutait à celle d'Athènes, où quelques jours auparavant, Wen Jiabao avait notamment annoncé que son pays achètera des bons d'État grecs, lorsque la Grèce se présentera à nouveau sur les marchés financiers. La Chine s'ouvre la voie méditerranéenne.
Il n'est pas question, c'est évident, de critiquer ni l'Italie ni la Grèce. Chaque gouvernement a le devoir de défendre les intérêts de son pays, dans le respect des règles et des orientations européennes. Aussi bien à Rome qu'à Athènes, on tient compte sans doute des répercussions possibles des initiatives chinoises. La possibilité pour la Chine de revendre un jour les bons du trésor grec qu'elle aura acquis, doit être prise en compte, avec ses répercussions. Et les investissements chinois massifs en Italie (comme n'importe où ailleurs) impliquent souvent l'achat d'actions, la faculté de participer à la gestion des entreprises. Le volume de dollars que la Chine détient lui permet d'envisager n'importe quelle opération de ce genre.
Exiger l'évolution. En même temps, la Chine est directement intéressée à la stabilité du dollar ; toute chute de la monnaie américaine signifie une perte de valeur pour ses réserves. En revanche, les évolutions de l'euro l'intéressent beaucoup moins: ce sera toujours par rapport au dollar que la Chine orientera sa monnaie. Ceci explique le refus du premier ministre chinois d'évoquer la valeur du yuan durant le Sommet avec l'UE, et la manière presque brutale de ce refus exprimé, avec l'invitation explicite à l'Italie de ne pas soulever cet aspect. Mais comment ne pas en tenir compte ? L'UE est le premier importateur mondial de produits chinois ; si la valeur de l'euro continue à augmenter, les importations en provenance de Chine se gonflent et les exportations sur le marché chinois deviennent plus difficiles. Le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht, dont le franc-parler est connu, a été explicite il y a quelques jours en indiquant les conditions auxquelles l'UE pourra octroyer à la Chine le statut de pays à économie de marché, en déclarant: « Cette question doit être considérée sur la base d'engagements clairs, au sujet par exemple de l'accès au marché chinois, des marchés publics, de la protection de la propriété intellectuelle, et même des taux de change ». Et il avait annoncé une réflexion sur la réciprocité en matière de marchés publics. Compte tenu aussi des réclamations des industriels européens, il est clair que l'UE ne considère pas que le comportement de la Chine corresponde déjà à ce que le ministre chinois a indiqué à Rome. S'il a annoncé des évolutions décidées, tant mieux. Mais il faut rester vigilant et maintenir la pression, surtout sur l'aspect monnaie. Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, vient de déclarer que la politique économique chinoise « conduit à terme à une appréciation du yuan » et qu'il faut accepter que cette évolution soit progressive, mais en ajoutant: « La sous-évaluation est à l'origine de tensions dans l'économie mondiale qui sont en train de devenir des menaces. Si l'on veut éviter de créer les conditions d'une nouvelle crise, il faut que la Chine accélère la réévaluation.»
Je crois que cette accélération est tout autant indispensable dans bien d'autres domaines: les faux produits qui continuent à gonfler les containers, le respect de la propriété intellectuelle, et ainsi de suite. La puissance financière de la Chine est impressionnante ; mais l'UE ne doit pas céder où elle a raison. (F.R.)