Bruxelles, 24/09/2010 (Agence Europe) - La Tunisie et l'Union européenne entament, lundi 27 septembre, leurs conversations exploratoires pour rehausser leur coopération et lui octroyer un « statut avancé », à l'instar de celui du Maroc avec lequel un tel cadre novateur a été mis en place dès la fin 2008. Plusieurs pays de la région lui ont d'ailleurs emboîté le pas: Tunisie, Égypte et Jordanie réclament, sous des dénominations parfois variées, l'accession à un tel label qui vaut plus pour la façade politique que pour le contenu lequel peut, selon divers commentateurs, être conçu et mis en œuvre dans le cadre des « plans d'action » existants mis en place dans le cadre de la politique de voisinage.
L'originalité serait de mettre en avant, comme l'écrivent les Tunisiens à l'intention des négociateurs communautaires, la volonté d'assurer à leur pays un accès à un statut de « partenaire avancé » afin de « consacrer un choix stratégique en vue d'un ancrage politique et économique plus soutenu dans l'espace euro-méditerranéen ». Cela traduira, également, « l'appui politique de l'UE aux choix de société opérés par la Tunisie et plus particulièrement au processus de modernisation et de démocratisation engagé par son leadership ».
La Tunisie appelle ainsi l'UE à opérer un « tournant dans leurs relations stratégiques ». Dans sa substance, le schéma est proche de celui acquis par les Marocains: multiplication des occasions de rencontre et de dialogue, notamment en marge de chaque session de l'Assemblée générale de l'ONU, mais non pas, dans le cas de la Tunisie, la demande d'un « sommet » périodique. L'exercice se révèle d'ailleurs accaparant pour les chefs d'État, notamment lorsqu'il y a eu défection du souverain marocain au « sommet » de mars dernier à Grenade.
Sur le plan politique, sujet délicat fréquemment à l'ordre du jour des rencontres euro-tunisiennes, la Tunisie propose: - de promouvoir l'échange d'informations et d'expériences sur le rôle de la société civile, la liberté d'expression et le pluralisme des médias ; - l'appui aux programmes d'action des ONG opérant dans les domaines de la protection de l'environnement, des personnes handicapées et des personnes en difficultés ; - la mise en place de programmes de protection des droits des immigrés contre le racisme, la xénophobie et la discrimination dans les pays d'accueil, ainsi que l'institution de mécanismes d'aide au retour volontaire ;
- l'appui aux programmes de diffusion de la culture des droits de l'Homme, notamment dans les établissements d'enseignement et auprès des jeunes en général ; - la mise en place de cycles de formation approfondie en matière de droits de l'Homme pour le personnel judiciaire.
La Tunisie rappelle qu'elle est déjà engagée dans un processus de rapprochement de son cadre juridique et réglementaire avec l'acquis communautaire, en s'appuyant notamment sur les instruments communautaires d'appui institutionnel et souhaite accentuer cette approche. Cet effort d'harmonisation a touché en particulier la normalisation, la standardisation, la métrologie, les droits de la propriété intellectuelle et commerciale, les règles sanitaires et phytosanitaires, la lutte contre la contrefaçon, le calibrage, l'accréditation, la concurrence, la fiscalité et la douane. La Tunisie souhaite être plus directement impliquée dans les décisions communautaires ayant un impact sur son économie et l'activité de ses entreprises et industries par la mise en en place d'un « mécanisme conjoint » servant à « identifier les domaines prioritaires dans lesquels un rapprochement est nécessaire, définir le contenu et la portée de ce rapprochement et arrêter le calendrier incluant les différentes étapes pour sa concrétisation compte tenu du contexte tunisien et les mesures d'accompagnement et d'appui nécessaires ».
La démarche devrait valoir dans tous les domaines d'intérêt commun dans lesquels une coopération existe ou est à concevoir: intégration au niveau des infrastructures et connexion aux réseaux transeuropéens, énergie, eau, agriculture, technologies de l'information et de la communication, coopération sectorielle et régionale (industrie, recherche et innovation politique des entreprises, environnement et développement durable, tourisme, services financiers, investissements, coopération régionale, scientifique, culturelle, éducation, formation, santé, emploi) et surtout assurer sa participation aux programmes et agences communautaires. Il restera une question, celle des concours budgétaires européens pour soutenir de telles ambitions. (F.B.)