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Bulletin Quotidien Europe N° 10222
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques aspects de l'information sur l'Europe (y compris dans la littérature)

La fin de l'âge industriel en France et en Europe: un romancier anticipe. On le sait: les économistes ne lisent pas beaucoup les romans, les critiques littéraires lisent encore moins les chroniques financières. Le résultat est qu'un aspect essentiel du dernier roman de Michel Houellebecq, le plus connu peut-être des écrivains français d'aujourd'hui, a été négligé par la critique. Cet aspect est celui que l'auteur lui-même a défini « une méditation nostalgique » sur la fin de l'âge industriel, en France, et en Europe. À son avis, le capitalisme de la finance et des services est en train de dépecer le capitalisme industriel.

Ce n'est pas un roman réaliste qui raconte la France d'aujourd'hui, mais un roman d'anticipation qui décrit la France future, sans anathèmes ni condamnations mais de manière neutre et objective: « On vivait une période idéologique étrange, où tout un chacun en Europe occidentale semblait persuadé que le capitalisme était condamné à brève échéance, qu'il vivait ses toutes dernières années, sans que pourtant les partis d'ultragauche ne parviennent à séduire au-delà de leur clientèle habituelle de masochistes hargneux ». Les crises financières se multiplieront en devenant de plus en plus violentes: « convulsions financières plongeant subitement dans l'opulence, puis dans la famine, des populations de centaines de millions d'hommes ». Les théories économiques qui expliquent, après coup, ces crises, sont qualifiées « de charlatanisme pur et simple ». La désindustrialisation de la France est vue par M. Houellebecq de façon tranquille, avec « l'immigration presque tombée à zéro depuis la disparition des derniers emplois industriels et la réduction drastique des mesures de protection sociale intervenue au début des années 2020 ». On le voit, il laisse en vie la protection sociale pour une dizaine d'années encore. La France sera ensuite « un pays surtout agricole et touristique », et son art de vivre attirera dans ses campagnes des multitudes de touristes chinois, indiens et russes.

Ce roman est instructif car, de mon point de vue, il justifie la construction européenne avec ses efforts pour rétablir, même sur le plan intellectuel, une civilisation qui invente mais aussi qui produit, en rejetant l'idée que l'Europe devrait se limiter à sauvegarder les aspects nobles de la production (technologie, gestion, commerce) en déplaçant ailleurs la production, non seulement industrielle mais, selon certaines thèses, même agricole. L'UE s'efforce heureusement de corriger l'évolution anticipée par Michel Houellebecq.

Reconnaître notre rôle. Dans une résolution récente, le Parlement européen a rejeté en pratique la thèse d'une insuffisance d'information sur l'activité communautaire, et critiqué plutôt son abondance excessive (voir notre bulletin n° 10211). En reprenant la formule connue « trop d'information tue l'information », la résolution, rédigée par le parlementaire danois Morten Løkkegaard, affirme: « Ce n'est pas le manque d'information qui constitue le problème mais l'avalanche d'informations sans véritable échelle de priorités ». Ceci n'est qu'un aspect de la résolution, laquelle indique en détail ce qu'il faudrait faire pour améliorer l'information sur l'Europe, en évoquant aussi les dérives fréquentes (traitement erroné de l'information européenne) et l'opportunité d'un code de conduite.

Si j'ai mis l'accent sur l'aspect cité plus haut, c'est parce qu'il me semble justifier l'existence et la nature de notre bulletin quotidien, dont l'objectif est justement d'offrir une vue d'ensemble de ce qui est significatif dans l'actualité européenne, en rendant compte de toutes les tendances. Les parlementaires européens devraient prendre en considération cette exigence, même lorsqu'une information leur déplaît…

Disparition médiatique. En attendant que l'information sur l'Europe s'améliore et se développe, Alain Lamassoure s'est défoulé en constatant que, depuis qu'il a quitté la scène politique nationale pour entrer au Parlement européen, il a disparu de la scène médiatique. En tant que ministre du Budget en France et porte-parole du gouvernement, il était dans les studios de télévision trois fois par semaine ; dans ses nouvelles fonctions, il lui est arrivé d'annuler une conférence de presse à Paris « car aucun journaliste n'avait confirmé sa présence ». Il constate que « les grands médias français sont absents de Bruxelles ». Il cite un journal très connu dont « la rédaction considère que l'Europe ennuie et que moins on en parle, mieux on se porte ». À son avis, « tout ce qui est important se décide à Bruxelles » mais « on ne parle de l'Europe qu'en fonction de la politique nationale et pour mettre en valeur, en positif ou en négatif, ce qui se fait à Paris ». Les liens entre le PE et les parlements nationaux se renforcent, et lorsque l'Assemblée nationale ou le Sénat s'occupent de l'Europe, les médias en parlent ; mais si les décisions sont prises par le Parlement européen, personne ne s'en occupe.

Il serait intéressant de savoir si des parlementaires européens ont la même sensation.

(F.R.)

 

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