Bruxelles, 19/07/2010 (Agence Europe) - Le député européen Pino Arlacchi (ADLE, italien) a rendu public, mercredi 14 juillet, un projet de rapport où il critique sévèrement la gestion des fonds de la communauté internationale - et donc des fonds européens - en Afghanistan. Après une enquête de plus de six mois, il propose une nouvelle stratégie aux autorités européennes pour aborder la question afghane.
En premier lieu, le député, connu pour son engagement antimafia en Italie et par sa lutte au sein des Nations unies contre le crime organisé, dénonce vivement « le gaspillage d'une partie significative de l'argent du contribuable européen » dans des missions de nature civile et militaire. Selon lui, 80% de l'aide internationale civile destinée à l'Afghanistan ne parvient pas aux Afghans. « L'Union Européenne affirme qu'elle a tout à fait confiance dans la manière dont l'aide et l'argent communautaire sont dépensés. (…) Je pense qu'avant de faire des déclarations de ce genre, il faut faire preuve de la plus grande prudence », a-t-il déclaré.
Le député a ainsi dénoncé, lors d'une conférence de presse, la sous-traitance de nombreuses questions de sécurité à des entreprises privées. « Le problème, c'est la structure même de l'assistance fournie: des sociétés de consultants que l'on paye des millions par an sans véritable justification ou des projets qui ne sont pas menés à bien. Je pense que l'on gaspille de l'argent parce que ces contrats sont surévalués. Les pays donateurs fournissent des contrats aux entreprises de leur propre pays ». En guise d'exemple, il a cité la sécurité de la délégation européenne à Kaboul, sous-traitée 27 millions d'euros sur quatre ans à une entreprise britannique. « C'est une somme colossale, sans la moindre justification, dans la mesure où ces services peuvent être proposés par n'importe quelle force de police européenne pour une fraction minime de cette somme. 27 millions, c'est le coût de près de 20 infrastructures hospitalières en Afghanistan ». Selon lui, une partie non négligeable de l'argent injecté se retrouverait même dans les mains des talibans. « À leur tour, les entreprises qui sous-traitent les transports octroient des contrats à d'autres personnes pour assurer la sécurité de passage de camions qui payent les seigneurs de guerre, les insurgés et toute une série de délinquants et de criminels » a-t-il expliqué. Dans son rapport, le député estime que le prix d'une semaine de guerre coûte autant que 6 000 écoles afghanes, de quoi, selon lui, éradiquer l'illettrisme dans le pays.
Pino Arlacchi insiste sur l'importance de la formation de la police afghane dans le processus de paix - une question directement liée au calendrier de retrait de la force internationale. « Là aussi, il y a eu sous-traitance de cette formation à deux entreprises privées qui ont une réputation tout à fait sinistre, qui sont connues pour des violations des droits de l'Homme, le gaspillage et la corruption », affirme-t-il. « Je propose de rassembler toutes ces missions internationales éparpillées en une mission européenne de formation qui est beaucoup plus apte à assurer cette formation. Je demande à l'UE de suggérer aux Américains de cesser de sous-traiter tous les éléments de sécurité et d'aide ».
Le député précise trois conditions pour que la nouvelle stratégie qu'il propose réussisse. Premièrement, il faut qu'Al-Qaïda soit complètement bannie d'Afghanistan. Ensuite, il faut que la Constitution afghane soit respectée, en particulier les droits fondamentaux et les droits des femmes. Enfin, la troisième condition est de supprimer la culture de l'opium en proposant des cultures alternatives. Sur ce dernier point, il propose de consacrer 100 millions d'euros des contributions européennes pour supprimer la culture du pavot sur la base d'un plan de cinq ans avec 25% de réduction de ces cultures par an. Un objectif « tout à fait réaliste », selon lui.
Par ailleurs, il soutient les initiatives existantes qui visent à renforcer l'autonomie d'action du gouvernement afghan: « Nous ne devrions pas dicter au gouvernement afghan les conditions de ce processus de paix, nous devrions laisser ce gouvernement le mener dans le cadre que je décris ».
Il conclut en insistant sur la limite de la stratégie militaire employée depuis neuf ans: « Il est nécessaire d'accélérer à présent le processus de paix. Nous devrions soutenir les efforts fait par le gouvernement afghan de dialogue avec les insurgés pour parvenir à la création d'un gouvernement d'unité nationale ». Il appuie ainsi les initiatives existantes de médiation avec les forces rebelles.
Conscient du « pavé dans la marre » que constituent ses propos, le député affirme bénéficier d'un soutien important. « De nombreux collègues au Parlement me soutiennent pleinement (…). Il est évident que ce rapport doit maintenant se traduire en une stratégie des institutions européennes ». La date limite de dépôt des amendements pour ce document est le 7 septembre. Le rapport sera examiné le PE lors de la plénière de novembre. (J.I.)