Bruxelles, 19/07/2010 (Agence Europe) - « La politique agricole commune va apporter son expérience à la construction européenne et à la stratégie EUROPE 2020 », a déclaré Dacian Cioloº, le commissaire européen à l'Agriculture, à l'ouverture, lundi 19 juillet à Bruxelles, de la conférence sur l'avenir de la PAC après 2013. D'autres orateurs ont préconisé notamment une réorientation de la PAC vers des produits de haute qualité, des mesures pour lutter contre la volatilité des prix et les surproductions, ou encore une protection aux frontières pour assurer une concurrence juste entre produits importés et exportés.
Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'Agriculture, a précisé que la Commission a reçu près de 6000 contributions au débat public lancé en avril sur l'avenir de la PAC après 2013. La Commission va « analyser ces messages et voir quels sont les défis à relever par la PAC et bien mesurer quelle est sa légitimité », a ajouté le commissaire. Il a cité certains éléments à prendre en compte: « Il faut faire en sorte que l'agriculture européenne puisse être maintenue sur l'ensemble des territoires de l'UE » ; - « Nous sommes plus ouverts vers le monde que par le passé, et cela va influencer nos choix » ; - « Notre agriculture produit des aliments et alimente la culture et l'identité européennes » ; - « Les agriculteurs travaillent avec de la matière vivante qui influence la qualité de la vie de tous » ; - « La PAC nourrit le projet européen depuis 50 ans, et nourrit les Européens avec des aliments de qualité, en quantité suffisante et à des prix abordables. Et ceci est une responsabilité inscrite dans les traités » ; - « Il y a également les priorités actuelles, la stratégie EUROPE 2020 par exemple, pour laquelle la PAC doit apporter ses graines fertiles en bon sage européen qu'elle est. La PAC a pu accumuler de l'expérience et peut l'apporter pour l'avenir ».
Des contributions reçues sur l'avenir de la PAC après 2013, M. Ciolos a noté que « les citoyens comprennent la nécessité d'une politique commune forte ciblée sur l'agriculture au service de l'ensemble de la société ». Il a retenu les quatre grands thèmes suivants: pour décrire les défis économiques, les mots qui reviennent le plus souvent sont sécurité alimentaire, compétitivité, revenu agricole, volatilité des prix et assurances, chaîne alimentaire, organisations de producteurs. S'agissant des défis environnementaux, le débat a montré l'importance que la population accorde à la « production de biens publics » fournis par les agriculteurs mais qui sont souvent « mal rémunérés par le marché ». Des attentes existent aussi s'agissant du changement climatique, et des critiques ont été émises sur une agriculture jugée « trop intensive ». Les citoyens ont relevé aussi le besoin de préserver l'eau, les sols et la biodiversité. S'agissant du thème des territoires, les mots qui reviennent souvent sont: emploi, aide à l'installation (des agriculteurs), produits locaux, produits traditionnels. Enfin, le dernier thème souvent cité est celui de la qualité et de la diversité des produits.
Sabine Laruelle, la ministre belge de l'Agriculture et la présidente en exercice du Conseil Agriculture, a estimé que le succès de la consultation « démontre tout l'intérêt que portent les agriculteurs, et l'ensemble des citoyens, à cette PAC qui constitue un pilier de la construction européenne ». Elle a estimé aussi que la PAC constitue une « valeur ajoutée ». « Au-delà des préoccupations légitimes du secteur, comme la stabilité et le niveau des revenus des agriculteurs, ou encore les perspectives à offrir aux jeunes agriculteurs, l'avenir de la PAC concerne l'ensemble des citoyens européens », a ajouté Mme Laruelle.
La réunion informelle des ministres européens de l'Agriculture, du 19 au 21 septembre à La Hulpe, évoquera notamment les conclusions de cette conférence de deux jours sur l'avenir de la PAC. « Nous approfondirons l'un ou l'autre point pouvant encore faire l'objet de divergences de vues. Et nous tenterons de dégager un consensus le plus large possible ». L'objectif est d'aider la Commission à finaliser sa communication sur l'avenir de la PAC qui devrait être présentée au Conseil en novembre. « L'agriculture à 27 présente une formidable diversité, et la diversité est une richesse à maintenir et même à promouvoir. L'agriculture forge en partie l'identité nationale, mais elle doit aussi être le reflet de l'identité européenne et la construire dans toutes nos spécificités et nos particularités qui rendent le projet européen si exaltant », a conclu Sabine Laruelle.
Paolo De Castro, le président de la commission de l'agriculture du Parlement européen, a jugé essentiel de « bâtir une PAC moderne qui soit à la hauteur des défis de l'avenir ». Il faut renforcer le rôle de l'UE sur la scène mondiale, préserver le potentiel agricole européen, tenir compte des préoccupations environnementales (lutter contre le changement climatique, et économiser l'eau) et assurer le développement économique et social des zones rurales, a dit en substance Paolo De Castro. Notre agriculture doit être capable de « mettre en valeur les spécificités de l'offre alimentaire européenne », a poursuivi le président de la commission agriculture du PE. La PAC ne doit plus être considérée comme une politique sectorielle, mais comme une politique « au service de tous les citoyens européens ».
Kostas Stamoulis, directeur à la FAO, a estimé que la PAC peut jouer un rôle fondamental pour garantir la sécurité alimentaire au-delà des frontières de l'Europe. Il a demandé que l'UE: - maintienne son potentiel de production ; - promeuve le développement technologique dans les pays en voie de développement ; - augmente les possibilités d'accès au marché au bénéfice des pays en voie de développement ; - contribue à la stabilité des marchés agricoles dans le monde.
Joris Baecke, président du CEJA (Conseil européen des jeunes agriculteurs), a rappelé que 7% seulement des agriculteurs ont moins de 35 ans, un chiffre « alarmant ». Il a stigmatisé l'accès difficile pour les jeunes aux terres et aux crédits. Il a préconisé notamment que l'aide à l'installation des jeunes devienne obligatoire dans la nouvelle PAC et que l'UE dispose d'un paquet financier pour les jeunes.
Marc Dufumier, professeur d'agriculture à AgroParisTech (Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement), et membre de la Fondation Nicolas Hulot, a déclaré que « les pays du sud devraient avoir le droit de faire ce que l'Europe a fait au lendemain de la deuxième guerre mondiale avec succès, protéger son agriculture vivrière sur les produits stratégiques par des droits de douanes conséquents ». « Si nous considérons que les pays du sud ont le droit de protéger leur agriculture vivrière par des droits de douanes conséquents, il faut préparer notre agriculture à ne pas délivrer sur ce marché des surplus standards », comme de la poudre de lait ou du blé panifiable. Il a préconisé une réorientation de l'agriculture de l'UE vers des produits de haute qualité. Il faut que l'Europe retrouve son indépendance sur un poste essentiel, celui des protéines. Il faut que l'Europe dise, à l'OMC, nous renonçons à faire du dumping à l'égard des pays du sud, « mais nous demandons en échange de pouvoir mettre des droits de douanes à l'importation de nos protéines », a-t-il fait valoir. Il faudra aussi, selon M. Dufumier, concevoir une PAC qui enraye les « mouvements migratoires non désirés » des paysans pauvres.
Francesco Mantino, directeur à l'INEA (Italian National Institute for Agricultural Economics), a estimé qu'il fallait remettre de l'ordre dans la structure des deux piliers de la PAC (le premier sur les aides directes et les dépenses de marché, et le second consacré aux mesures de développement rural). Selon lui, il y a des chevauchements à corriger. Il a souligné le besoin aussi d'avoir des mesures de développement rural comportant une meilleure intégration entre les dimensions environnementales, sociales et économiques. Francesco Mantino a aussi demandé d'accorder plus de possibilités en matière d'innovation et une coordination entre les programmes de développement rural et: - les politiques nationales et régionales dans chaque pays de l'UE ; - les fonds structurels.
Aurélie Trouvé, maître de conférences en France au laboratoire du CESAER (INRAAgroSupDijon), a estimé nécessaire de différencier davantage les aides d'une exploitation et d'une région, non pas en fonction des rendements historiques, mais des surcoûts de production. D'autres aides pourraient, selon elle, inciter davantage au développement des « circuits courts pour promouvoir la qualité et la diversité des agricultures régionales ». Elle a préconisé aussi de plafonner les aides selon le nombre d'actifs agricoles. Elle a estimé que la politique européenne de développement rural doit redevenir une priorité, en articulation et non pas en concurrence avec les politiques agricoles. Aurélie Trouvé a jugé nécessaire aussi d' « agir sur les prix », car ils sont souvent instables et ne couvrent pas les coûts de production « Si on veut que les agriculteurs vivent essentiellement des prix, et non pas des aides, il faut que les prix soient stabilisés à des niveaux suffisants. Pour cela, il faut des filets de sécurité efficaces et liés à des quantités maximales fixées selon les débouchés internes de l'UE », a-t-elle fait valoir, avant de demander aussi des mécanismes de protection aux frontières. (L.C.)