Intensification positive des liens avec le Brésil. L'intention de renforcer les liens entre l'UE et le Brésil est évidemment une bonne nouvelle, c'est presque une banalité de le dire. L'histoire et la langue les unissent, les relations politiques sont positives, les relations économiques et commerciales sont en expansion et le rôle des deux parties au sein du G8 et du G20 (donc, leurs responsabilités dans la gouvernance mondiale) est évident. Le Brésil est l'une des grandes puissances mondiales émergentes, à côté de la Chine et de l'Inde. Le Sommet UE-Brésil, qui s'est déroulé la semaine dernière dans la capitale brésilienne, a confirmé et consolidé cette situation ainsi que les perspectives futures. Un aspect soulève quand même, à mon avis quelques perplexités: la confirmation de l'intention d'utiliser le Mercosur pour développer une grande zone de libre-échange. L'expérience indique que ce genre de négociations entre deux groupements qui n'ont pas la même nature ni les mêmes objectifs sont destinées à traîner en longueur pour des résultats inexistants ou minimes.
Projet rhétorique et irréaliste. Le Brésil est le dixième partenaire commercial de l'UE. La crise mondiale a provoqué un ralentissement entre 2008 et 2009 aussi bien dans les échanges de marchandises que dans les investissements, mais les perspectives paraissent à nouveau favorables. Les autorités brésiliennes se sont félicitées de la reprise des négociations commerciales UE/Mercosur (groupement dont leur pays assure en ce moment la présidence), avec l'intention d'obtenir le libre-échange dans le domaine agricole. Le président brésilien a souhaité que ces négociations soient conclues avant la fin de son mandat (décembre prochain) en exprimant l'espoir de convaincre d'ici là son « grand ami » Nicolas Sarkozy (voir notre bulletin précédent). Les déclarations de principe ont été accompagnées par la dose habituelle de rhétorique: ce serait la plus grande zone de libre-échange du monde, réunissant 750 millions de personnes, et ainsi de suite.
Les ambitions agricoles et la rhétorique mises à part, plusieurs symptômes indiquent qu'en réalité l'intérêt pour le Mercosur est, entre les pays qui en font partie, assez limité. Cet organisme n'a jamais vraiment fonctionné comme un ensemble compact; le transformer en interlocuteur de l'Europe comme s'il avait des compétences et une signification analogue à celles de l'UE, est irréaliste. Le Brésil se comporte au niveau international comme une puissance autonome et il est à juste titre considéré comme telle, alors que l'Europe est de plus en plus consciente d'avoir un poids politique, économique et stratégique exclusivement si elle agit comme ensemble, et si elle renforce les institutions communautaires. Au Sommet bilatéral de la semaine dernière à Brasilia, les interlocuteurs du président Lula da Silva étaient M. Van Rompuy et M. Barroso. Un groupe de pression d'hommes d'affaires brésilien qui a pris position vendredi dernier en faveur de la relance des négociations commerciales a cité le Mercosur en passant, mais il n'a évoqué concrètement que les échanges commerciaux bilatéraux et les possibilités presque illimitées d'investissements au Brésil. Il semble évident que c'est sur le plan bilatéral, UE et Brésil face à face, que les aspects commerciaux et économiques peuvent être discutés et négociés de manière efficace, sans négliger les perplexités et les craintes en matière agricole et environnementale évoquées au sein du Parlement européen et du Conseil de l'UE.
Un exemple à éviter. J'estime qu'il faut éviter avec le Brésil, l'Argentine et les autres pays du Mercosur l'équivoque qui rend partiellement inefficace la soi-disant Union pour la Méditerranée, avec son objectif de zone de libre-échange globale allant du Maroc aux pays balkaniques. La réalité est que seule l'UE dispose d'institutions communes dotées de vrais pouvoirs et de règles qui s'imposent aux États membres, et gère en commun la politique commerciale. Rien d'analogue n'existe ni entre les pays tiers méditerranéens ni entre les pays du Mercosur, et rien n'indique que ces pays soient orientés vers la création d'institutions supranationales autorisées à agir au nom de tous. Si l'Algérie (qui n'est pas intéressée au libre-échange avec l'Europe), ou l'Argentine (qui a des intérêts nationaux spécifiques) prennent des mesures commerciales autonomes, quel serait l'interlocuteur de la Commission européenne pour en discuter ?
Perspectives illimitées. L'approfondissement et l'élargissement des relations entre l'UE et le Brésil offrent des perspectives pratiquement illimitées ; je cite comme exemple la coopération, déjà en cours, pour mettre à la disposition des forêts tropicales africaines les technologies de surveillance et de protection développées en Amazonie. On pourrait multiplier les exemples. Des coopérations analogues ainsi que des arrangements commerciaux spécifiques sont possibles et souhaitables aussi entre l'UE et l'Argentine. Je crois que c'est la voie à suivre, alors que la zone de libre-échange globale UE-Mercosur ne serait que la relance d'une négociation ancienne qui n'a pas abouti et qui ferait perdre du temps sans perspectives réelles.
(F.R.)