Bruxelles, 16/07/2010 (Agence Europe) - Les ministres européens de l'Intérieur ont exprimé, jeudi 15 juillet, leur volonté de voir mise en œuvre sur le terrain, d'ici 2014, une stratégie européenne de sécurité intérieure, a déclaré la Présidence belge de l'UE. « Nous avons convenu de mettre en œuvre pour 2014 un plan opérationnel pour lutter contre la criminalité transfrontalière. Cela nous donne le temps de développer et de tester un cycle politique, d'avoir un échange politique d'idées et d'élaborer une stratégie pour 4 ans », a déclaré la ministre belge de l'Intérieur, Annemie Turtelboom, à l'occasion d'une réunion informelle avec ses collègues européens, à Bruxelles. « Chaque pays à sa propre sécurité mais il faut une sécurité globale face à des phénomènes transfrontaliers », a insisté la ministre. La stratégie qui sera développée englobe l'ensemble de la chaîne de sécurité: de la prévention à la poursuite et répression. « En accordant une grande attention à la prévention, nous pouvons plus rapidement enrayer les phénomènes et empêcher qu'ils se propagent d'un pays européen à l'autre », a expliqué la ministre. La mise en place de la stratégie comprendra quatre grandes phases: une analyse de la situation, la détermination des priorités, l'élaboration, l'exécution et le suivi des plans d'action et enfin une phase d'évaluation. La ministre Turtelboom a convenu avec ses collègues que tant Europol que le COSI (Comité opérationnel pour la sécurité interne) joueront un rôle essentiel dans ce processus. Une fois mise en place, la stratégie serait revue tous les 4 ans. La Présidence belge va présenter une première série de propositions « en novembre-décembre » (phase 1). « Il faudra faire en sorte que cette stratégie fonctionne afin de pouvoir frapper fort contre les groupes criminels qui sévissent en Europe », a pour sa part souligné le Britannique Rob Wainwright, le directeur d'Europol.
La Présidence belge a également fait une priorité de la lutte contre les bandes d'auteurs itinérants et le trafic d'armes lourdes en provenance du sud-est de l'Europe, deux phénomènes jugés très inquiétants, a affirmé Mme Turtelboom. Des bandes itinérantes commettent souvent des cambriolages dans différents États de l'Union, pour disparaître ensuite dans leur pays et échapper ainsi à la police, à l'instar de ces Estoniens récemment arrêtés en Belgique. « Ces bandes itinérantes sont un fléau pour la société », a expliqué Rob Wainwright. « Ces criminels très dangereux venus de la Baltique mènent des raids à travers l'UE, commettant des attaques assorties de violences contre des bijouteries avant de rentrer dans leurs pays (…) Leur vélocité partout en Europe est inquiétante», a-t-il souligné. Le patron d'Europol a par ailleurs dénoncé les enlèvements de milliers d'enfants en Roumanie par des bandes de criminels qui les utilisent en Europe pour des vols à la tire. « Ces réseaux très organisés sont partout en Europe. C'est un phénomène nouveau et il appelle des réponses européennes », a-t-il affirmé. La ministre a également mis sur la table le problème de la vente illégale d'armes de guerre, un problème apparu après le conflit dans les Balkans et qui nécessite une approche commune dans une Europe aux frontières intérieures ouvertes. « Non seulement la Belgique, mais également d'autres pays européens sont confrontés à la violence, où il est fait plus souvent usage d'armes lourdes comme les Kalachnikovs », a rappelé Mme Turtelboom. Dans ce contexte, une étude de faisabilité est prévue d'être lancée et un plan d'action sera proposé en novembre ou décembre, a-t-elle annoncé. Le directeur d'Europol a quant à lui mis en avant « l'augmentation considérable de l'utilisation de fusils d'assaut et de lance-roquettes vendues pour des sommes ridicules - entre 300 et 700 euros pour un fusil d'assaut - dans les pays du sud-est de l'Europe ». Rien qu'en Belgique, Kalachnikovs et autres engins du genre ont été utilisés 113 fois l'an dernier pour commettre des vols, c'est-à-dire deux fois plus qu'en 2008. (B.C.)