*** YVES MÉNY (sous la dir. de): La construction d'un Parlement: 50 ans d'histoire du Parlement européen - Building Parliament: 50 Years of European Parliament History. 1958-2008. Communautés européennes (Office des publications officielles des Communautés européennes, Luxembourg. Fax: (352-2929) 42758 - Internet: http: //bookshop.europa.eu). Collection "50e anniversaire du Parlement européen". 2009, 303 p., 25 € (TVA exclue). ISBN 978-92-823-2369-4 (Fr) et 978-92-823-2368-7 (En).
Avant de dire tout le bien que lui inspire ce très bel ouvrage publié en français et en anglais, permettez au journaliste blanchi sous le harnais qui signe ces lignes de mettre les pieds dans le plat: le Parlement européen a-t-il réellement fêté, l'an passé, son cinquantième anniversaire ? Non ! Donner à le penser, ainsi que le font la couverture et, même, le titre de la collection dans laquelle ce livre est publié, revient à amputer coupablement l'histoire de la construction européenne. Le Parlement réélu en juin dernier est, en réalité, l'héritier de l'Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier qui, ainsi que le rappelle la première phrase de l'introduction, tint sa dernière séance le 28 février 1958 à la Maison de l'Europe à Strasbourg, avant de céder sa place à l'Assemblée parlementaire créée par les Traités de Rome. Ce n'est pas la première fois que les institutions contemporaines donnent le sentiment de vouloir occulter les fondations de la construction européenne. Est-ce parce que le premier traité, celui de Paris, était le plus "supranational" de tous, parce que la "Déclaration Schuman" dont il découlait parlait ouvertement de "première étape de la Fédération européenne" ? Le "politiquement (in)correct" qui prévaut dans certaines capitales semble, en tout cas, inciter les institutions - du moins certains de ceux qui les dirigent… - à tronquer leur mémoire et, partant, à pervertir le sens profond initial de l'aventure commune. Ne pas le signaler reviendrait à bêler avec le troupeau dominant des intergouvernementalistes béats et des partisans de simples coopérations laissées à l'appréciation souveraine des États, au cas par cas. Ne pas le dire serait aussi se résigner, et contribuer, par le silence, à une pitoyable régression !
Entendons-nous bien: cette diatribe ne vise aucunement les auteurs de cette remarquable étude qui, eux, établissent comme il se doit le lien avec la première Assemblée européenne, ce dès les premières lignes de l'introduction. Si le Parlement européen a demandé à l'Institut universitaire européen de Florence de se focaliser sur les années 1958 à 2008, voilà qui ne peut être reproché à celui-ci, d'autant que ces années sont aussi celles où l'institution parlementaire de l'Europe communautaire est parvenue, presque miraculeusement, à s'imposer. C'est l'histoire de cette montée en puissance que les auteurs, historiens, politologues et experts des questions communautaires éclairent scientifiquement au fil des pages. Concrètement, ainsi que l'explique Jean-Marie Palayret dans l'introduction, ils analysent de manière méticuleuse la composition, les procédures, les stratégies et les transformations du Parlement européen au cours de cette période, sans omettre les limites atteintes dans ce contexte de résistible ascension. Ils dissèquent également les relations, "parfois conflictuelles, souvent collaboratives", qui ont été nouées par l'Assemblée parlementaire avec les autres organes du triangle institutionnel. Enfin et surtout, ils mettent l'accent sur le rôle "missionnaire" que cette arène politique s'est assigné dans le processus de constitutionnalisation de l'Union. L'étude se structure en trois parties. La première, coordonnée par Olivier Costa, étudie la manière dont le Parlement européen a progressivement affirmé sa légitimité, sa légitimité politique depuis la "révolution démocratique" qui a vu les citoyens européens être conviés aux urnes pour la première fois en 1979, mais aussi la légitimité qui a découlé de "son ouverture à la société civile" et de son rôle, du combat qu'il mène depuis Spinelli, afin de doter l'Europe communautaire d'une Constitution. Dans la deuxième partie, coordonnée par Paolo Ponzano, c'est l'affirmation des pouvoirs du Parlement européen qui est mise en lumière, ses pouvoirs budgétaires gagnés de haute lutte lui ayant servi de "levier pour l'obtention de compétences législatives". Ses relations avec la Commission sont étudiées dans la foulée, notamment à la lumière des tournants qu'ont constitués la crise de la vache folle et la démission de la Commission Santer. Les accords ou arrangements interinstitutionnels sont aussi décryptés, ainsi que le contrôle par le Parlement européen de l'activité exécutive de la Commission et ses relations avec les autres institutions et organes de l'Union. Enfin, la troisième partie de l'ouvrage est consacrée à l'inlassable croisade menée par le Parlement pour affirmer les valeurs de l'Union, qu'il s'agisse de son combat pour renforcer les droits fondamentaux des citoyens en son sein ou de celui qu'il mène au service de la démocratisation et des droits de l'homme dans le monde.
Dans sa conclusion générale, Yves Mény observe notamment que l'histoire du Parlement européen est "une longue histoire inachevée" et que le traité de Lisbonne n'en signe pas la fin. Le tempo de la "révolution de velours" qui l'a fait passer du statut d'assemblée d'organisation internationale, simple trompe l'œil destiné à atténuer "le caractère autocratique et technocratique" des Communautés originelles, à celui de Parlement constitutif de la démocratie représentative, reste, pour l'avenir, imprévisible, mais l'évolution et le sens de celle-ci sont inéluctables dans la mesure où prétendre "aujourd'hui que la démocratie n'est possible et concevable qu'au sein de l'État-nation est non seulement contraire à une sereine analyse de l'histoire, mais signifie à la fois la mort de l'Europe et de la démocratie dans le même mouvement". Pour le patron de l'Institut universitaire européen, les démocraties nationales auraient bien du mal, en effet, à survivre "si elles étaient vidées de leur substance du fait de transferts massifs de compétences à une super-agence bureaucratique supranationale", les "réactions populistes à la fois primitives dans leur expression et légitimes dans leurs aspirations" qui commencent à fleurir dans plusieurs États membres en étant l'indice le plus clair et le plus inquiétant.
Michel Theys
*** ANJO G. HARRYVAN: In Pursuit of Influence. The Netherland's European Policy during the Formative Years of the European Union, 1952-1973. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050, Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "European Policy", n° 32. 2009, 284 p., 35,90 €. ISBN 978-90-5201-497-5.
L'influence exercée par les Pays-Bas sur la scène internationale est de nature à susciter l'admiration. Comment un pays si petit en taille a-t-il pu tenir tête aux plus grandes puissances du vieux continent, avoir la flotte navale la plus efficace du 18ème siècle et être l'une des plus grandes puissances économiques du globe pendant tant d'années ? Si l'on prend en compte le fait que ce pays est, en outre, l'un des instigateurs majeurs de ce qui allait devenir l'Union européenne, voilà qui relève du miracle. Depuis sa libération des Habsbourg, cette nation, qui n'est petite qu'en taille, a influencé la vie économique et culturelle du monde entier, non seulement de par un pouvoir industriel conséquent, mais aussi grâce à une attitude ou une vision du monde qui encore aujourd'hui porte ses fruits. Pour cet ouvrage, Anjo Harryvan s'est interrogé sur cette vision particulière et sur les moyens qui ont permis aux Provinces Unies d'atteindre un tel degré d'influence, notamment pour ce qui est de l'architecture économique et institutionnelle de l'Union européenne. Enseignant le droit et l'histoire, il remonte d'abord à la création de la Communauté européenne du charbon et l'acier, l'ingénierie néerlandaise s'y manifestant déjà et poussant à la création d'un marché commun, ainsi qu'au transfert de compétences politiques nationales vers une Communauté dotée d'un exécutif solide. La création du Benelux avait aussi donné aux Pays-Bas un avant-goût des réalités de l'intégration économique régionale, ce qui s'avérera utile à la table des négociations du Traité de Rome. Dans la deuxième partie de l'ouvrage, l'auteur traite de la seconde décennie du processus d'intégration. Il montre que l'un des buts les plus importants de la politique européenne des Pays-Bas fut atteint lors de l'achèvement, en 1968, de l'Union douanière. Il éclaire aussi la manière dont les Pays-Bas ont contribué à désamorcer les plans du général de Gaulle pour enrayer le caractère supranational de l'aventure européenne et à relancer le processus d'intégration. La dernière partie de l'étude examine les conséquences du Traité de Rome auxquelles les Pays-Bas ne s'attendaient pas: la tournure politique de l'Europe communautaire qui faisait courir un péril potentiel pour l'unité atlantique et la politique de Coopération au développement développée par la Communauté, l'auteur s'employant à discerner quelle fut leur influence à ce niveau. (NDu)
*** AGNÈS TACHIN: Amie et rivale. La Grande-Bretagne dans l'imaginaire français à l'époque gaullienne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Enjeux internationaux", n° 3. 2009, 413 p., €. ISBN 978-90-5201-495-1.
Historienne consacrant ses recherches à l'histoire des relations internationales et des imaginaires sociaux, Agnès Tachin fait œuvre utile avec ce livre qui éclaire remarquablement la longue histoire des passions franco-britanniques, la saga de "vrais et vieux rivaux" dont les identités nationales "se sont en grande partie construites l'une contre l'autre, l'une face à l'autre", ainsi que le souligne Robert Franck dans sa préface. Dans un premier temps, l'auteur reconstitue la "formation de l'image" en retraçant l'histoire de la construction des stéréotypes français à propos de "l'Anglais" du Moyen Âge au milieux du XXe siècle. Ensuite, Agnès Tachin se focalise sur les années 1960 au cours desquelles la France européenne décolle économiquement là où la Grande-Bretagne libre-échangiste stagne. La recherche montre toutefois que, dans les années 1958-1963, l'image traditionnelle du Royaume-Uni - qui ne cesse de donner des complexes à la France - continue à l'emporter, raison pour laquelle les Français approuvent le veto opposé par le général de Gaulle à la première demande d'adhésion de Londres à la Communauté européenne, ses arguments trouvant encore "une réception sociale dans le capital de représentations négatives" présentes dans l'imaginaire français. Par contre, dans les années 1963 à 1969, l'image des "Anglais" se modifie radicalement grâce aux Beatles, aux Rolling Stones, à Carnaby Street, les sixties suscitant alors une véritable anglomania. Cette fois, les Français, alors que le déclin de la puissance britannique se confirme à leurs yeux, approuveront encore le second veto gaullien, mais en étant plus nombreux à souhaiter que la Grande-Bretagne rejoigne un jour le club européen - ce dont le président Pompidou tiendra politiquement compte bientôt. En conclusion, Agnès Tachin montre bien, ainsi que le souligne Robert Franck, que "les relations interétatiques ne peuvent être comprises sans l'analyse des relations intersociétales, sans l'étude des rapports entre les imaginaires qui, assurément, n'ont rien d'imaginaire, mais sont bien réels, au point de transformer les réalités". (MT)
*** GAETANO QUAGLIARIELLO: Gaullisme, une classification impossible. Essai d'analyse comparée des droites française et italienne. L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection "Inter-National". 2009, 107 p., 12,50 €. ISBN 978-2-296-08959-4.
Jusqu'à quel point le gaullisme reste-t-il, dans la France de Nicolas Sarkozy, un élément déterminant de la vie politique française ? C'est notamment à cette question qu'un historien italien apporte des réponses dans cet essai qui met en perspective le système politique français des cinquante dernières années avec les méandres de la politique italienne. Pour l'auteur, la naissance de la Ve République a constitué, du point de vue politique et institutionnel, un tournant non seulement pour l'histoire française, mais également pour celle du continent européen. Il s'emploie aussi à montrer que la droite gaulliste a su survivre à son fondateur jusqu'à s'incarner dans le sixième président. (MT)
*** BERNARD LACHAISE, SABRINA TRICAUD (sous la dir. de): Georges Pompidou et Mai 1968. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra).Collection "Georges Pompidou - Études", n° 4. 2009, 203 p., €. ISBN 978-90-5201-468-5.
Prolongement d'un colloque organisé l'année dernière par l'Association Georges Pompidou, cet ouvrage éclaire la manière dont le successeur du général de Gaulle s'est forgé un destin présidentiel par sa gestion, en tant que Premier ministre, de la crise multiforme, à la fois étudiante, sociale, politique et médiatique, de Mai 1968, les pages mêlant des contributions scientifiques - très nettement majoritaires - et des témoignages d'acteurs et proches collaborateurs de Georges Pompidou, à savoir notamment Edouard Balladur et Robert Poujade. Les historiens y font notamment apparaître que Mai 1968 a été, à bien des égards, un mouvement anticommuniste, le parti communiste français étant alors fort électoralement mais, légitimiste, ne tenant pas le haut du pavé. (MT)
*** CARSTEN SCHYMIK: Iceland on Course for the EU. Accession as Last Resort. Editions Stiftung Wissenschaft und Politik (3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél.: (49-30) 88007-0 - fax: 88007-100 - Courriel: swp@swp-berlin.org - Internet: http://www.swp-berlin.org ). Collection "SWP Comments", n° 5. 2009, 4 p..
Ce numéro des "SWP Comments" s'intéresse à la demande d'adhésion à l'Union de l'Islande suite à l'arrivée au pouvoir, le 25 avril dernier, des sociaux-démocrates, seul parti qui y était ouvertement favorable avant même la crise financière. Selon l'auteur, trois facteurs devraient toutefois venir contrarier cette volonté. Il y a d'abord le contexte ambiant: alors que les négociations sont en cours avec la Turquie et la Croatie, il serait déplacé, pour l'Union, d'accorder un traitement préférentiel à l'Islande en accélérant le processus d'adhésion. Il y a ensuite la problématique du poisson qui est récurrente dans le nord de l'Europe, l'Islande ne semblant pas devoir être l'exception qui confirme la règle. Il y a, enfin, l'euroscepticisme de l'élite politique. Si l'intérêt des Islandais pour l'euro est patent, l'Union devrait, pour eux, se limiter à être monétaire, pas du tout politique. Cette réticence se reflète dans l'opinion de beaucoup de parlementaires pour qui l'Islande ne devrait pas devenir membre à part entière de l'Union. Face à ces difficultés, le gouvernement allemand est encouragé par l'auteur à soutenir l'adhésion de l'Islande, comme il le fit sans succès pour la Norvège. (NDu)