L'Europe a largement déterminé les résultats de Pittsburgh. Le renforcement du rôle du G20, désormais reconnu comme le forum principal pour la coopération économique internationale, même au-delà des aspects financiers pour lesquels il avait essentiellement été convoqué à Pittsburgh, n'a été à ma connaissance critiqué par personne. Il est logiquement reconnu que les colosses émergents - Chine, Brésil, Inde- ont leur mot à dire au niveau mondial et que l'Afrique et le monde arabe doivent aussi être présents en permanence, ainsi que quelques autres pays qui ne font pas partie du G8. Certes, l'efficacité de cette nouvelle configuration de la gouvernance mondiale doit encore être prouvée. Ses premiers résultats ont été globalement positifs dans le domaine financier, où la préparation avait été particulièrement approfondie, plusieurs initiatives nationales significatives avaient déjà été prises et certaines orientations (par exemple, à l'égard des paradis fiscaux) s'étaient même déjà partiellement concrétisées. En revanche, dans le domaine commercial et antiprotectionniste, le G20 n'a pas dépassé le stade des affirmations de principe, et dans le volet « climat », il n'a pas avancé d'un pas. Dans l'ensemble, l'Europe a joué à Pittsburgh un rôle essentiel (voir cette rubrique d'hier). Une comparaison entre la déclaration du G20 et le texte commun que le Conseil européen avait adopté quelques jours auparavant (reproduit dans notre Édition spéciale du 18 septembre, bulletin n° 9979 bis) indique une très large analogie, même si quelques aspects du texte européen étaient plus détaillés et plus explicites. Il était inévitable que la position de l'UE ne soit pas reprise en totalité.
La présence institutionnelle de l'UE est-elle suffisante ? La comparaison positive des textes n'empêche pas que la manière dont l'UE est représentée et fonctionne au sein du G20 suscite quelques soucis, notamment au sein des États membres moyens ou petits et de certaines franges des institutions communautaires. La présence européenne dans le G20 est davantage nationale que communautaire. Les quatre États membres les plus peuplés -Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni - y sont présents en tant que pays. L'UE en tant que telle est représentée par le président du Conseil européen, le président de la Commission et le président de la Banque centrale européenne. Le premier, on le sait, change tous les six mois (il faut attendre l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne pour qu'il devienne plus stable), le rôle du second au niveau mondial n'est pas clairement défini et le troisième est surtout important au sein des organismes monétaires spécialisés. L'absence du président de l'Eurogroupe est à première vue incompréhensible ; le traité de Lisbonne, en formalisant l'existence de ce Groupe, devrait entraîner la suppression de cette lacune.
Il est vrai qu'en préparation à la réunion de Pittsburgh, Nicolas Sarkozy avait insisté afin que le Conseil européen se réunisse informellement pour définir une position européenne commune, que Mme Merkel et M. Brown avaient appuyé cette initiative et que la Présidence suédoise l'avait en définitive concrétisée. Mais l'essentiel de la position de l'UE avait été en pratique définie au préalable par les « grands pays », même si la Présidence suédoise avait mis au point certains aspects du texte.
Avantages de la « méthode communautaire ». Il est évident de ce qui précède que pour l'essentiel la position de l'UE n'est pas définie selon les procédures communautaires, et qu'au sein du G20, le poids des grands États membres dépasse de loin celui de la représentation commune (sans oublier que la zone euro n'est pas représentée au FMI, bien que la monnaie soit commune). Pendant le débat que le Parlement européen a consacré la semaine dernière aux résultats de Pittsburgh, les préoccupations et réserves que cette situation suscite avaient été évoquées par certains parlementaires, originaires surtout des petits pays. Je préfère citer ce qu'a dit Sylvie Goulard parce qu'elle est originaire d'un des grands pays: « Nous (le groupe ADLE) voudrions attirer l'attention sur les conséquences de l'existence en elle-même du G 20 sur le fonctionnement de l'UE ; certains États membres y sont présents, d'autres non. Nous souhaitons que la Commission et la présidence du Conseil européen puissent pleinement jouer leur rôle, en défendant l'intérêt communautaire. Il ne faudrait pas que l'UE, qui a une expérience, un savoir-faire, de gouvernance collective, soit écartée, en ce moment décisif pour la planète, parce que les gouvernements oublieraient que la méthode communautaire a été inventée pour surmonter les faiblesses de la méthode intergouvernementale ».
Personne ne discute le poids déterminant des États membres économiquement les plus puissants dans la définition des positions communautaires et dans leur application ; mais il ne faudrait jamais oublier que la méthode communautaire joue aussi à leur avantage, et que c'est en se présentant comme ensemble que l'Europe peut jouer un rôle déterminant dans la gouvernance mondiale.
(F.R.)