*** CHRISTOPHE DEGRYSE (sous la dir. de): Bilan social de l'Union européenne 2008. Institut syndical européen (5 bld du Roi Albert II, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2240470 - fax: 2240502 - Courriel: etui@etui.org - Internet: http://www.etui.org ). 2009, 266 p., 20 €. ISBN 978-2-87452-147-8.
Conçu année après année par l'Observatoire social européen à la demande de l'Institut syndical européen et de la Confédération européenne des syndicats, ce Bilan social constitue à chaque fois un événement en raison de la parfaite fiabilité des diagnostics qui y sont posés. La preuve ? Dans l'édition de l'an dernier, l'économiste Pierre Defraigne, ancien haut fonctionnaire de la Commission qui préside désormais la Fondation Madariaga, avait décrit crûment les dérives du capitalisme financier accompagnant son émancipation - mortifère pour les sociétés - par rapport au politique et stigmatisé la pensée unique dictée par la City à travers les titres de presse qui lui servent de hérauts. Un an plus tard, le tsunami économico-financier est passé par là pour lui donner raison et les responsables politiques remontent aux créneaux, quelle que soit leur couleur politique. "C'est une bonne partie de l'édifice théorique relatif à la politique économique qui semble ébranlée par la crise", observe Christophe Degryse dans son avant-propos, lui qui observe également que, dans cette remise en cause radicale de l'économie-casino que l'on doit finalement aux excès du capitalisme financier lui-même, la Commission s'est trouvée en porte-à-faux et "a dû se transformer en virtuose de la casuistique pour donner son aval aux plans de sauvetage et autres aides d'État, sans y voir ni distorsion de concurrence ni aides publiques à canards boiteux".
C'est à la nature de la réponse politique à apporter à cette crise dans son volet social, tant en amont qu'en aval, et dans ses implications sur l'agenda du développement durable et de la lutte contre le changement climatique que ce Bilan social est consacré pour l'essentiel. Deux idées fondamentales imprègnent les contributions, toutes de haut vol. La première est que, au-delà de la crise des subprimes, c'est une crise des modes de répartition des richesses qui se trouve à la base de la déflagration, donc de l'enrichissement indécent d'une petite minorité et d'un appauvrissement lancinant de la multitude. En clair, "il faut surtout que la réponse politique fasse en sorte qu'il n'y ait plus de travailleurs pauvres, que chacun, par son travail et par la protection sociale, puisse disposer de ressources suffisantes pour se loger, se nourrir, se soigner", explique Christophe Degryse avant de lancer: "Que ce simple énoncé doive encore être souligné au XXIe siècle montre à quel point est urgente la sortie des 30 ou 40 dernières années d'ultralibéralisme". L'autre fil conducteur réside dans l'évidence que l'humanité se trouve désormais dans l'obligation, inédite, de gérer son propre biotope et ses subtils équilibres, en clair d'assurer sa survie. Voilà qui devrait inciter le politique à ne pas vouloir "verdir" le capitalisme, mais à œuvrer afin "de changer de paradigmes, de passer de la compétition à la coopération, de la croissance à court terme au développement à long terme". Autant d'angles de vue qui ne peuvent manquer, par les temps qui courent, d'alimenter de bien nécessaires réflexions.
Michel Theys
*** JACQUES DELORS, MICHEL DOLLÉ: Investir dans le social. Editions Odile Jacob (15 rue Soufflot, F-75240 Paris cedex 05. Tél.: (33-1) 44416484 - Internet: http://www.odilejacob.fr ). 2009, 288 p., 23 €.
ISBN 978-2-7381-2231-5.
Cet ouvrage, toutes les personnes sensibilisées aux questions sociales devraient se le procurer. C'est carrément un outil incontournable pour la réflexion, pour construire des propositions novatrices en matière d'emploi, de formation, de réduction des inégalités et de protection sociale, pour mener aussi l'action dans ces domaines. Les partenaires sociaux et les responsables politiques français, mais aussi européens, y trouveront des pistes précieuses pour tenter de proposer une synthèse entre l'État social, l'État providence et le dialogue social. L'ancien président de la Commission, Jacques Delors et l'économiste Michel Dollé, qui fut notamment Secrétaire général du Commissariat au Plan, y démontrent que les évolutions de l'emploi et des revenus, mais aussi l'état des inégalités sociales, les risques pesant sur l'emploi et la protection sociale, rendent plus urgent et plus nécessaire que jamais de proposer une synthèse politique portant sur la transformation de l'État social. La crise économique et sociale dans laquelle nous sommes engagés va, à la fois, solliciter et profondément remettre en question nos systèmes de l'emploi et de protection sociale. Les auteurs préconisent dès lors, entre autres, une réorganisation du système éducatif permettant l'éveil et le développement de chacun, une réforme drastique - mais juste - de la formation permanente, une politique familiale qui corresponde à celles et ceux qui en ont le plus besoin, notamment les familles monoparentales, un service public de l'emploi qui offre à tous les jeunes sortant de l'école et aux chômeurs des prestations de qualité leur permettant d'accroître leurs capacités et d'avoir ainsi une chance de pouvoir s'épanouir professionnellement. C'est, en clair, toute la problématique des solidarités concrètes qui se trouve abordée dans ce très bel ouvrage afin d'amener nos sociétés, beaucoup trop marquées par un individualisme croissant, à passer de la compassion passive à la responsabilité collective et dynamique. (J-PB)
*** BERNARD GAZIER, FRÉDÉRIC BRUGGEMAN (sous la dir. de): Restructuring Work and Employment in Europe. Managing Change in an Era of Globalization. Edward Elgar Publishing (The Lypiatts, 15 Lansdown road, Cheltenham, Glos, GL50 2JA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2008, 405 p.. ISBN 978-1-84720-569-8.
Plus que jamais, les politiques de l'emploi se trouvent au sommet des préoccupations des décideurs. Aujourd'hui, les institutions européennes sont vues par de plus en plus de personnes non pas comme une force capable de mettre en place des politiques de protection de l'emploi, mais bien comme étant à l'origine de la compétition directe et fort peu régulée à laquelle les travailleurs sont exposés. Au fil des harmonisations, les entreprises européennes ont vécu une vague de restructurations sans précédent, avec des impacts significatifs pour les travailleurs affectés. Cette pratique étant de plus devenue permanente, il est temps, jugent certains, de réconcilier le changement économique nécessaire avec un minimum de sécurité pour le citoyen. Le projet "Mire" - pour "Monitoring Innovative Restructuring in Europe" - auquel participent des chercheurs et autres spécialistes du monde académique dans des domaines variés tels que l'économie, la santé ou la sociologie, est voué à l'observation des pratiques de restructuration dans les économies européennes. Son but est d'évaluer les impacts de tels événements sur les travailleurs, en particulier dans le domaine de la santé, et de définir, d'autre part, quelles méthodes et innovations à l'œuvre dans les États, et qui s'avèrent être des succès, pourraient être appliquées dans d'autres marchés européens. Issu de ce projet, ce livre décrit les pratiques de restructuration dans cinq États européens, notamment au niveau juridique et des relations avec les syndicats, et cherche à mesurer les effets d'une perte d'emploi sur la santé, physique et mentale, des travailleurs. Les auteurs rapportent les perspectives de professionnels en ressources humaines, de représentants syndicaux, de travailleurs sociaux, d'employés ou encore de médecins. Ils proposent ensuite, de manière systématique, des politiques permettant une meilleure gestion du caractère social de la restructuration. Outre aux décideurs politiques et à toute personne naviguant dans le domaine de l'emploi ou du social, ce livre s'adresse aux économistes et sociologues, ainsi qu'aux gestionnaires en ressources humaines. (NDu)
*** BÉLA GALGÓCZI, MAARTEN KEUNE, ANDREZ WATT (sous la dir. de): Jobs on the Move. An Analytical Approach to 'Relocation' and its Impact on Employment. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Work & Society", n° 62. 2008, 243 p., 27,90 €. ISBN 978-90-5201-448-7.
Ces dernières années, les préoccupations relatives aux délocalisations de la production et de l'emploi n'ont cessé d'augmenter dans l'esprit des travailleurs et syndicats de "l'ancienne" Europe des Quinze. Alors que certains craignent un exode massif du travail bien rémunéré vers des pays ayant des salaires plus bas ou des réglementations d'emploi moins contraignantes, il faut toutefois aussi considérer que l'investissement étranger direct est un facteur clé pour le changement technologique et de meilleurs niveaux de vie dans les nouveaux pays membres de l'Union. Devant ce dilemme, des chercheurs en sciences économiques se sont attachés à déterminer l'étendue de ces relocalisations au sein de l'Union et de cerner qualitativement leurs impacts tant au niveau humain qu'économique. Dans leur étude empirique, ils analysent les caractéristiques régionales et de différents secteurs économiques de la relocalisation de l'emploi et des facteurs de production pour comprendre comment fonctionnent ces processus et quels en sont les impacts quantitatifs et qualitatifs sur l'emploi. L'ouvrage observe en outre l'investissement étranger direct dans les nouveaux membres de l'Union de manière à identifier les effets de ces pratiques dans l'économie d'origine et, d'autre part, les gains pour les économies bénéficiaires. Cette étude présente enfin les implications de ce phénomène pour les stratégies des syndicats en Europe, tout en essayant de fournir des pistes susceptibles d'améliorer la préservation de l'emploi dans l'Europe des Quinze. (NDu)
*** PETER ESTER, RUUD MUFFELS, JOOP SCHIPPERS, TON WILTHAGEN (sous la dir. de): Innovating European Labour Markets: Dynamics and Perspectives. Edward Elgar Publishing (voir coordonnées supra). 2008, 354 p.. ISBN 978-1-84844-007-4.
Le marché de l'emploi européen a vécu des moments laborieux ces dernières années. La crise aigüe qu'il traverse aujourd'hui n'a guère arrangé les choses, et les retombées sociales qui en découlent ne feront qu'aggraver le problème. Si l'on souscrit à l'idée que le marché du travail est un véhicule majeur d'intégration sociale, de cohésion et de création de bien-être, les effets négatifs qu'il rencontre se répercuteront sur toute la société. Cet ouvrage traite, en trois étapes, de trois domaines du marché de travail. La première partie analyse les changements et les politiques mises en place dans le marché du travail externe. La deuxième s'intéresse au concept de "flexicurité" et à la flexibilité du temps de travail dans les marchés internes. La dernière se focalise sur les évolutions et les transitions dans la vie professionnelle des travailleurs dans ces marchés, une attention particulière étant accordée aux dynamiques et aux politiques mises en place au niveau national dans ce domaine. Évoluant dans le domaine de la recherche économique et sociologique, les auteurs analysent les "bonnes pratiques" en place en Europe afin d'en retirer la substance et de l'appliquer au niveau européen dans des domaines comme l'éducation, l'équilibre entre le temps de travail et le temps pour soi, la retraite ou encore l'immigration. Un ouvrage de grand intérêt pour les chercheurs, académiciens et décideurs politiques se préoccupant du domaine de l'emploi. (NDu)
*** PHILIPP GONON, KATRIN KRAUS, JURGEN OELKERS, STEFANIE STOLZ (sous la dir. de): Work, education and employability. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse 32, Postfach 746, CH-3000 Berne 9. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Studies in vocational and continuing education", n° 4. 2008, 320 p., 54 €. ISBN 978-3-03911-294-4.
Issu d'une conférence tenue à Ascona en 2006 sur "le travail, l'éducation et l'employabilité", ce livre porte sur la relation entre éducation et marché de l'emploi, cherchant à voir dans quelle mesure la première est capable de satisfaire les exigences du second. Fortement liés dans les sociétés modernes, ces deux domaines ont suscité et alimenté le débat autour de l'éducation au travail et du concept d'éducation tout au long de la vie. Est-ce l'éducation qui prépare au monde du travail ou est-ce une fois qu'il plonge dans ce dernier que l'individu trouve les moyens d'affronter la vie active et les défis qui en découlent ? Au nombre de treize, les contributions traitent de l'apprentissage sur le lieu de travail et cherchent à définir dans quelle mesure l'éducation traditionnelle suffit à garantir l'employabilité des futurs travailleurs et, d'autre part, quel rôle peut jouer l'environnement de travail en tant qu'instrument pédagogique formant en permanence les individus à leur propre travail. Les auteurs traitent cette thématique respectivement depuis l'Europe, les États-Unis et le Japon, se focalisant volontairement sur la composante humaine et notamment sur le besoin impérieux de flexibilité, d'adaptation et de mobilité de la part des individus, ce qui est, selon eux, une condition sine qua non à la survie du travailleur de l'avenir dans son travail. (NDu)
*** EVE C. LANDAU, YVES BEIGDEBER: From ILO Standards to EU Law. The Case of Equality between Men and Women at Work. Martinus Nijhoff Publishers (2 Plantijnstraat, 2321 JC Leiden, The Netherlands. Tél.: (31-71) 5353500- fax: 5317532 - Internet: http://www.brill.ne/nijhoff ). 2008, 340 p..
ISBN 978-90-04-15718-7.
Écrit par deux juristes spécialisés dans l'étude des organisations internationales, du marché du travail et du droit européen, cet ouvrage tombe à point nommé. Entre la révision de la directive sur le congé parental, la campagne de la Commission européenne pour l'égalité des rémunérations hommes/femmes ou encore la bataille du Parlement pour placer 50% de femmes sur les listes électorales européennes, l'Union semble, en effet, plus que jamais placer l'égalité des genres en tête de ses priorités. L'occasion est donc fort belle de se replonger dans les avancées effectuées au cours des cinquante dernières années et de réfléchir aux prochains défis à relever en la matière. C'est précisément ce que les auteurs proposent: avec un passage en revue des diverses conventions de l'Organisation mondiale du travail, des Nations Unies, de l'Union européenne et du Conseil de l'Europe, leur ouvrage offre une analyse juridique de questions précises telles que, entre autres, l'égalité des salaires et des conditions de travail, la maternité, la charge de la preuve en cas de discrimination, la protection contre le harcèlement ou encore la discrimination positive. Très accessible, le tout forme un état des lieux complet qui intéressera certainement tous ceux qui sont confrontés d'une manière ou d'une autre à ces enjeux. (TBa)