Bruxelles, 17/06/2009 (Agence Europe) - L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a présenté, mardi 16 juin, un nouveau rapport sur le corps enseignant, élaboré avec le soutien de la Commission européenne. Intitulé « Mettre en place un enseignement et un environnement d'apprentissage efficaces », il se fonde sur la nouvelle Enquête internationale sur les enseignants, l'enseignement et l'apprentissage de l'OCDE (TALIS) et fournit pour la première fois des données internationales comparables sur la situation des enseignants dans plusieurs pays du monde. De manière générale, ceux-ci se plaignent d'un manque de reconnaissance, d'une formation inadéquate ou mal adaptée aux réalités auxquelles ils sont confrontés, de lourdeurs administratives et d'un manque de moyens pour lutter contre l'indiscipline des élèves, ce qui les empêche ce de se consacrer pleinement à leurs tâches d'éducateurs. Vingt-trois pays ont participé à cette enquête parmi lesquels quinze États membres de l'Union européenne: Autriche, Belgique (communauté flamande), Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Hongrie, Irlande, Italie, Lituanie, Malte, Pologne, Portugal, République slovaque et Slovénie. Il manque toutefois les données de grands pays tels que la France ou l'Allemagne confrontés à des difficultés de méthodologie et de récolte des données. L'OCDE espère que l'étude incitera ces pays, et d'autres, à participer à la prochaine révision. « TALIS permettra de mieux comprendre le fonctionnement des écoles, complétera les études PISA (Programme international de l'OCDE pour le suivi des acquis des élèves) et améliorera le travail de l'Union européenne », a souligné la directrice générale de la DG Éducation/Culture à la Commission européenne, Odile Quintin. Soulignant les difficultés auxquelles sont confrontés aujourd'hui les enseignants dans un monde en mutation rapide, le commissaire responsable de l'éducation et de la formation, Ján Figel, a invité « les responsables politiques à faire preuve de courage et d'abnégation pour accompagner les enseignants non seulement en renforçant leur formation mais en améliorant leurs conditions de travail ».
Le rapport fait notamment apparaître que:
En Australie, en Belgique (Flandre), au Danemark, en Irlande et en Norvège, plus de 90 % des enseignants disent ne pas s'attendre à être récompensés s'ils renforcent la qualité de leur enseignement.
En Bulgarie et en Pologne, ils sont moins pessimistes, mais près de la moitié d'entre eux ne se sentent pas encouragés à améliorer leur travail.
En Espagne, en Estonie, en Italie et en République slovaque, plus de 70 % des enseignants du premier cycle du secondaire travaillent dans des établissements où la mauvaise conduite en classe est considérée comme nuisant «dans une certaine mesure» ou «beaucoup» à l'enseignement.
En moyenne, 38 % des enseignants interrogés estiment travailler dans des établissements manquant de personnel qualifié. En Pologne, le problème ne concerne que 12 % des établissements, tandis qu'en Turquie 78 % des établissements ne disposeraient pas des effectifs requis.
En moyenne, les enseignants estiment passer 13 % de leur temps de cours à rétablir l'ordre. En Bulgarie, en Estonie, en Lituanie et en Pologne, ce chiffre est inférieur à 10 %.
En plus de la mauvaise conduite, divers facteurs nuisent à l'efficacité de l'enseignement: l'absentéisme des élèves (46 %), les arrivées tardives (39 %), la vulgarité et les injures (37 %), l'intimidation ou les violences verbales à l'égard d'autres élèves (35 %).
Indépendamment du manque de mesures d'incitation, le travail des enseignants ne fait l'objet d'aucune évaluation systématique dans certains pays, ou encore, le jugement porté sur sa qualité n'est pas communiqué aux intéressés. C'est notamment le cas pour plus de 25 % des enseignants en Irlande et au Portugal, de 45 % en Espagne et de 55 % en Italie.
Le principal enseignement pratique de cette étude est la nécessité pour les autorités éducatives de mettre en place des mesures d'incitation plus efficaces à l'intention des enseignants. Dans bon nombre de pays, aucun lien n'est établi entre l'évaluation du travail des enseignants et les récompenses ou la reconnaissance qu'ils reçoivent. Et quand de tels liens existent, ils sont souvent très faibles. En conclusion, l'étude souligne que, dans l'ensemble, de meilleurs résultats pourraient être obtenus si les citoyens et les décideurs politiques « s'intéressaient moins à la maîtrise des ressources et au contenu de l'enseignement qu'aux acquis de l'éducation ». (I.L.)