Bruxelles, 17/06/2009 (Agence Europe) - L'Italie a accepté d'accueillir trois détenus de la prison de Guantanamo, a annoncé, lundi 15 juin, le président américain Barack Obama, à l'issue de sa rencontre à la Maison blanche avec le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi. « J'ai remercié le président du Conseil de son soutien à notre politique de fermeture de Guantanamo », a déclaré M. Obama à la presse après l'entretien. « Il ne s'agit pas que de mots. L'Italie a accepté d'accueillir trois détenus spécifiques », a-t-il ajouté. Le gouvernement espagnol est disposé à accueillir entre trois et cinq détenus du camp de prisonniers américain de Guantanamo, a affirmé le journal El Pais. Il s'agit de détenus de nationalité syrienne et tunisienne qui ont demandé à être transférés en Espagne, selon le quotidien qui cite des sources du gouvernement. Daniel Fried, le représentant du département d'État américain, s'est rendu mercredi dans la capitale espagnole pour présenter aux responsables espagnols une liste de prisonniers potentiellement transférables en Espagne. Le gouvernement espagnol voudrait notamment discuter du financement de l'installation de ces futurs ex-détenus. Peu après son investiture, Barack Obama avait annoncé sa décision de fermer d'ici au 22 janvier 2010 cette prison militaire instaurée au nom de la « guerre contre le terrorisme » par son prédécesseur, George Bush. Le nouveau président tente depuis de convaincre ses alliés, et notamment les Européens d'accueillir des détenus. L'UE a confirmé lundi 15 juin qu'elle était disposée à aider Washington à fermer Guantanamo en demandant aux États membres qui le souhaitent de recevoir sur leur territoire des ex-détenus innocentés (EUROPE n° 9921). Un dispositif sécuritaire de partage d'informations a même été créé entre les Vingt-sept pour pouvoir informer en temps réel les États membres des décisions prises par chacun d'entre eux au sujet de l'éventuel accueil d'anciens détenus. La France a accueilli il y a un mois un Algérien qui a été détenu plus de sept ans sur la base américaine à Cuba et contre lequel aucune charge n'a finalement été retenue. Par le passé, le Royaume-Uni en avait accueilli 14, la France 7, la Belgique 2 et l'Allemagne 1. Mais aujourd'hui, les États membres sont peu enclins à vouloir fournir davantage d'aide aux États-Unis. Du coup, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a fait paraître lundi soir un communiqué dans lequel il presse les capitales européennes d'agir. « Même si la fermeture de Guantanamo dépend avant tout de la responsabilité des États-Unis, je pense que l'UE est en mesure et a le devoir d'aider l'administration américaine en accomplissant avec succès cette tâche difficile », a-t-il déclaré. De son côté, Jonathan Faull, le directeur général de la DG Justice, Liberté et Sécurité de la Commission européenne, a rappelé que la décision d'accueillir d'anciens détenus restait de la seule compétence des gouvernements nationaux, mais qu'en aucun cas un État membre ne pourrait imposer son veto à un autre pays désireux d'accueillir un prisonnier. « Nous parlons de gens qui sont en principe déclarés libérables par l'administration américaine et contre lesquels aucune poursuite n'est prévue », a-t-il assuré. Plusieurs pays, comme les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, la Pologne ou encore l'Autriche considèrent toutefois que les États-Unis devraient eux-mêmes prendre en charge ces prisonniers. « Nous attendons que les États-Unis prennent leurs responsabilités au sérieux et nous avons toute confiance dans le fait que les Américains partageront toute l'information nécessaire. Il en va de l'intérêt de Washington de le faire car c'est seulement ensuite que les pays européens seront préparés à prendre chez eux les personnes concernées », a rappelé M. Faull. Il a aussi suggéré que la volonté de l'Europe d'aider Washington à la fermeture de Guantanamo était un test en faveur de l'engagement européen vers la construction d'un partenariat plus étroit avec les États-Unis dans le domaine de la justice et des affaires intérieures, basé sur le respect du droit international. La balle est désormais dans le camp des États membres qui doivent montrer jusqu'à quel point ils sont solidaires de leur vieil allié. Cependant, le temps presse, car il ne reste plus qu'environ sept mois aux États-Unis pour réussir à fermer, dans les temps annoncés, la prison de Guantanamo. La semaine dernière, M. Obama a accéléré le processus de transfert de détenus du centre de détention, avec le départ de dix d'entre eux vers les États-Unis (1 Tanzanien), le Tchad (1 Tchadien), l'Irak (1 Irakien), l'Arabie saoudite (3 Saoudiens) ou encore les Bermudes (4 musulmans ouïghours). Palau, une petite île du Pacifique au large des Philippines, va elle accepter 13 Ouïghours. Avec l'annonce de l'Italie et de l'Espagne - si le soutien de Madrid se confirme -, il restera environ encore 210 détenus dans le camp militaire américain de l'île de Cuba. (B.C.)