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Bulletin Quotidien Europe N° 9923
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Présidence de la Commission: la nouvelle tactique de M. Cohn-Bendit anticipe amplement ce qui pourrait se passer au Conseil européen

Pourquoi revenir sur la conférence de presse de Daniel Cohn-Bendit consacrée à la présidence de la Commission européenne, vu que notre bulletin en a publié hier un compte rendu exhaustif ? Parce que M. Cohn-Bendit a changé de tactique, et que sa tactique révisée préfigure ce qui va vraisemblablement se passer. Il ne préconise plus la formation préalable d'une majorité parlementaire opposée à la confirmation du président actuel, mais il réclame un débat parlementaire avant toute décision. Un débat ouvert: il n'exclut pas la possibilité qu'une majorité se forme en faveur de M. Barroso et, si c'était le cas, « ainsi soit-il », a-t-il répété à deux reprises en reprenant une formule religieuse bien connue. Il n'y croit pas, mais il ne veut pas donner l'impression de préjuger du résultat du débat ; l'essentiel est que ce débat ait lieu. Il a souligné le caractère absurde d'une procédure de nomination partagée entre deux traités: le Traité de Nice pour désigner le président, le Traité de Lisbonne pour nommer la Commission dans son ensemble. Rappelons ses arguments.

Traité de Nice ou Traité de Lisbonne ? La Suède, qui présidera le Conseil au prochain semestre, appuie la formule déconnectée, suivant laquelle le président serait désigné selon les règles du Traité de Nice et la Commission, dans son ensemble, serait nommée selon les règles du Traité de Lisbonne. Absurde et inadmissible, selon M. Cohn-Bendit ; il affirme que même des parlementaires favorables à la confirmation de M. Barroso le reconnaissent ; à son avis, la majorité du PE voterait contre une telle procédure. La Commission restera en fonction jusqu'en novembre, M. Barroso la préside ; il n'y a aucune urgence à désigner le nouveau président, surtout si l'on souhaite que la Commission actuelle reste efficace pour les mois de vie qui lui restent. Un traité ou bien l'autre: il faut choisir.

Si l'on choisit Nice, le nombre des commissaires devra être inférieur à celui des États membres ; c'est obligatoire. Si l'on choisit Lisbonne, la désignation du président par le Conseil européen doit attendre. Selon M. Cohn-Bendit, M. Barroso devrait demander lui-même d'être élu selon les nouvelles règles, car il souligne sans se lasser l'importance et la signification du Traité de Lisbonne ; il doit être cohérent.

Le PE doit faire émerger le bon candidat. Il revient au Parlement européen de discuter et désigner la personnalité appropriée, dans un débat dépassant la logique des groupes politiques. Selon M. Cohn-Bendit, il n'existe dans le nouveau Parlement ni une majorité absolue de centre-droit ni une majorité absolue de centre-gauche (sauf à envisager la « grande coalition » PPE/Socialistes, impensable, à son avis, pour les Allemands jusqu'aux élections nationales) ; et il a mis en garde le groupe libéral-démocrate contre la tentation d'échanger la présidence de la Commission avec une période de présidence du Parlement lui-même ; ce serait, à son avis, un faux calcul. Il a affirmé avec fermeté la liberté du débat et du choix parlementaire; il peut même en sortir une majorité favorable à la confirmation de M. Barroso ; dans ce cas, ainsi soit-il. L'essentiel est que le débat ait lieu. À son avis, la majorité nécessaire doit de se former autour d'un nom, d'une personnalité qui serait « reconnue par tous, ou presque », qui doit émerger au-delà de la discipline des groupes politiques. Invité à indiquer des noms, il a en principe refusé, car « si on fait un nom trop tôt, on le brûle ». S'il a cité en définitive Guy Verhofstadt, c'était pour rappeler qu'il y a cinq ans, il n'avait pas été nommé en raison de l'opposition des États membres favorables à la guerre d'Iraq.

Ce qui va se passer au Sommet. Je suis revenu sur cette conférence de presse car elle anticipe amplement, avec l'ambition de le corriger en partie, ce qui va se passer ces jeudi et vendredi au Conseil européen: appui politique à la confirmation de M. Barroso sans désignation juridique. Il est vrai que les motivations des chefs d'État ou de gouvernement sont différentes de celles de M. Cohn-Bendit: elles visent surtout l'équilibre entre les différentes fonctions nouvelles issues du Traité de Lisbonne: président stable du Conseil européen, Haut représentant qui présidera le Conseil Relations extérieures en étant en même temps vice-président de la Commission, avec aussi quelques orientations sur les commissaires européens futurs et sur les compétences qui leur seront confiées. Mais si les motivations sont diverses, le résultat est pour l'essentiel le même: il n'y aura pas de désignation formelle du candidat à la présidence de la Commission, même si aussi bien le président du Sommet, M. Fischer, que M. Barroso, dans leurs lettres indiquant ce qu'ils attendent de cette session du Conseil européen, ont parlé d'entamer la procédure de désignation du président futur de la Commission. On prévoit donc que ce ne sera pas une désignation formelle mais une indication politique, et, concrètement, le débat parlementaire approfondi aurait la priorité.

(F.R.)

 

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