login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9904
Sommaire Publication complète Par article 47 / 48
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 825

*** IRNERIO SEMINATORE: L'Europe entre Utopie et Realpolitik. Éditions L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920- fax: 43258203 - Internet: http://www.editions-harmattan.fr ). Collection "Questions contemporaines". 2009, 437 p., 39,20 €. ISBN 978-2-296-06928-2.

"Peut-on, de nos jours, partager la souveraineté, le système de décision, l'ordonnancement juridique, la sécurité intérieure et extérieure, sans unifier la force, l'appareil de violence, le système de coercition et de survie en un système de décision unique ?" Telle est la question qui sert de fil rouge à cet ouvrage que signe un professeur des Universités bien connu dans le quartier européen de Bruxelles où il anime l'Institut européen des relations internationales. Préfacé par Graham Watson, président sortant du Groupe des démocrates et libéraux au Parlement européen, ce livre dense et même touffu - même s'il est égayé par des illustrations inhabituelles dans ce type de publication - se présente au lecteur comme une "œuvre de réflexion, de critique historique et de prospective stratégique". Il est tout cela, en effet. Mais il est aussi une entreprise de réhabilitation de l'école de pensée "réaliste" dont Irnerio Seminatore aura été un adepte envers et contre tout. Et, à ses yeux, le temps est venu pour l'Union européenne d'admettre une fois pour toutes que si un mélange d'utopie et d'idéalisme lui a permis de prendre corps, seules les recettes dictées par le réalisme lui permettront de grandir et d'exister dans le monde du XXIe siècle.

Pour l'auteur, c'est au tournant de la Deuxième Guerre mondiale, "dans les profondeurs de l'abîme européen et au cœur de son drame que furent ensevelies les intuitions de Machiavel, les réflexions de Richelieu et les fictions mythologiques de Hobbes", sans parler des conceptions de personnages tels que Hegel, Weber et, plus proches de nous, Aron et autres Kissinger et Kaplan. C'est au même moment que la tradition idéaliste, "tirant ses racines et ses sources de l'impératif éthique", trouve en Monnet l'homme capable de concrétiser la pensée de Kant, Hamilton, Habermas et consorts sous la forme d'une Europe soft power… qui ne serait rien d'autre qu'une "antihistoire de l'Europe séculaire, sans épopée et sans mythes, (…) une histoire dédramatisée, dépolitisée, éthiquement indifférente et techniquement bureaucratique, au visage moral d'une démocratie désarmée". Bigre ! C'est que, dans l'esprit d'Irnerio Seminatore, l'Europe se fourvoie car, dans le monde qui est le nôtre, les impératifs de la sécurité extérieure continuent à primer sur tout le reste, raison pour laquelle "les États n'ont jamais consenti à se soumettre à l'arbitrage d'une idée, d'une morale, d'un système de valeurs ou d'une norme lorsque des questions d'intérêt vital étaient en cause". Dans ce contexte, la pensée fédéraliste à l'œuvre dans le cadre du processus d'intégration européenne aurait fait fausse route en voulant substituer aux déterminismes traditionnels de l'intérêt national et de la sécurité "ceux de la paix et du bien-être", en se voulant la "première étape vers une vision des relations internationales remodelées par l'harmonie". L'erreur était d'autant plus patente que le Traité de Rome "a laissé subsister de facto et de jure la souveraineté politique des États membres", la pluralité des souverainetés militaires continuant à en attester. En réalité, constate l'auteur, les transferts de compétences à la Commission n'ont concerné que "des mesures de gestion comparables à celles des ministères nationaux pour des matières et des compétences spécifiques", en rien des transferts de souveraineté à des autorités supranationales, les États-nations demeurant les "réalités vivantes". Et si les capitales des États membres ont, traité après traité, "consenti à pallier aux limites et incohérences de cinquante années de législation communautaire", c'est encore et toujours sur la base d'un "jeu d'influences et de pressions intergouvernementales classiques" dont le "moteur franco-allemand" constitue le symbole. En clair, observe l'auteur, l'intégration "n'a pas su réaliser le passage de la pluralité à l'unité" politique. Avec des conséquences majeures: "Jusqu'ici, les formes de fédéralisme, subreptices, substitutives ou clandestines, ne sont pas encore parvenues à créer un système d'obligations et de règles permettant de prendre des décisions de sécurité par lesquelles un acteur unitaire se pose en s'opposant et tranche de manière unilatérale sur le recours à la force. Elles ne sont pas parvenues à définir une stratégie de violence extérieure considérée comme l'ultima ratio regum".

Pour Irnerio Seminatore, le monde reste ce qu'il a toujours été, "désordonné, fragmenté et visqueux, fait d'antagonismes multiples et toujours éveillé à la rivalité". Seul un retour décidé à la realpolitik et aux leçons à en tirer au plan des développements internes permettra à l'Union de revêtir les habits d'un "joueur planétaire". Tout son livre tend à démontrer, par le biais d'exemples, de raisonnements et de réflexions que d'aucuns critiqueront parfois, que "l'avenir de l'Europe ne peut reposer que sur la grande politique, désormais planétaire, sans retour aux cadres restreints, insuffisants et trompeurs de nos vieux schèmes cognitifs et, dans le pire des aphorismes, de nos clochers et de nos clichés".

Michel Theys

*** JENNIFER MEDCALF: Going Global or Going Nowhere ? NATO's Role in Contemporary International Security. Peter Lang (1 Moostrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél. (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com Internet: http://www.peterlang.com ). 2008, 280 p., 45,30 €. ISBN 978-3-03910-584-7.

Née en réponse à la menace soviétique, l'Otan se voulait une alliance militaire limitée à une zone d'action spécifique, la zone du nord de l'Atlantique. Depuis ses origines, beaucoup de débats ont porté sur le rôle protecteur que l'organisation devait jouer et, surtout, sur la question de savoir si sa zone d'action devait se limiter au territoire défini par le traité ou, au contraire, s'étendre à des zones adjacentes, voire éloignées. Au cours de la guerre froide, il fut décidé que cette zone devait rester limitée et l'Otan joua un rôle majeur dans les relations sécuritaires transatlantiques sans pour autant "déborder" dans son action. À la chute du "rideau de fer", la question de son utilité se posa, à tout le moins dans certains esprits. Toutefois, au-delà de son maintien, la volonté politique - en grande partie américaine - d'étendre sa capacité opérationnelle au-delà de sa zone traditionnelle gagna du poids lors des événements dans les Balkans. Du coup, l'Alliance, privée de la menace communiste, se retrouve aujourd'hui confrontée à plusieurs menaces de petite taille, non plus à l'intérieur de sa zone de protection mais bien à sa périphérie, voire même dans des pays éloignés. En outre, la nature nouvelle des menaces - comme le terrorisme ou la prolifération des armes de destruction massive - contribue à élargir la réflexion sur la justification de l'organisation et sur sa nécessaire adaptation. Enseignante au département défense et affaires internationales de l'Académie militaire royale de Sandhurst, Jennifer Medcalf s'emploie à décrire, dans cet ouvrage, l'évolution des débats concernant l'éventuel élargissement de la zone d'action de l'Otan, d'une part, et à analyser dans quelle mesure le processus d'adaptation - un acteur aux responsabilités régionales devient un acteur répondant aux menaces globales - s'est déroulé avec succès. L'auteur rappelle, dans un premier temps, ce qu'était l'Otan pendant la période de la guerre froide et explique ensuite, à travers le prisme des débats entre les États-Unis et l'Europe, le pourquoi et le comment de son l'évolution à ce jour. Les événements du 11 septembre 2001 et leur influence sur l'Alliance ne sont pas oubliés, étant mis en relation avec ses activités de plus en plus globales à la lumière de l'exemple afghan.

(NDu)

*** JOSEF SCHROLF, SEAN MICHAEL COX, THOMAS PANKRATZ: Winning the Asymmetric War. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 366 p., 51,20 €. ISBN 978-3-631-57249-8.

Si le 21ème siècle n'a pas éradiqué la guerre de la surface du globe, il en a à tout le moins changé les termes. De tout temps, l'humanité a toujours souffert des affres de la guerre. Toutefois, alors que celle-ci était traditionnellement l'affaire des sphères militaires et politiques, elle se répand depuis le 11 septembre 2001 à tous les échelons de la société. Encouragé par les phénomènes médiatique et communicationnel, le sentiment d'insécurité né de l'affaissement des deux tours est devenu un phénomène de société, transgressant frontières nationales, classes économiques ou sociales et même les idéologies politiques. À l'heure où l'hyper-puissance militaire américaine montre toutes ses limites dans la "guerre contre la terreur", beaucoup agitent, dès lors, le concept de guerre asymétrique, concept qui expliquerait le manque de réussite des États-Unis et de leurs alliés. En clair, la guerre telle que traditionnellement comprise par les États serait désormais différente puisque leurs armées n'auraient plus un opposant unique et clairement défini à combattre, mais plutôt une myriade de micro-acteurs aux méthodologies diverses et n'étant rattachés à aucun État. Politologues ou militaires confirmés, les auteurs de cet ouvrage ont un avis quelque peu différent: ils pensent que le concept de guerre asymétrique est tout sauf nouveau et ils vont même plus loin puisque, pour eux, tous les conflits depuis les origines du monde sont asymétriques. Pour le démontrer, ils lancent, dans un premier temps, une analyse théorique du concept dans laquelle ils remontent, par exemple, aux temps bibliques, avec des cas comme celui de David et Goliath, afin de montrer l'ancienneté du concept. Ils réfléchissent également à la manière dont les États-Unis ont changé l'équilibre mondial, en tant que dernière superpuissance en place cherchant à s'adapter au vide laissé par l'ex-Union soviétique. La seconde partie du livre propose ensuite une analyse plus pratique de cette problématique avec plusieurs exemples d'application de cette théorie, envisageant en particulier comment les États traitent le problème dans le système étatique global ou encore comment cette problématique a fait tache d'huile jusque dans le domaine de l'environnement. Afin d'étayer leur vision des choses, des exemples concrets de guerres asymétriques - le cas de la Tchétchénie, la problématique d'el-Qaeda, la coopération internationale des agences antiterroristes - sont ensuite proposés.

(NDu)

*** TAKAKO UETA, ERIC REMACLE (sous la dir. de): Tokyo - Brussels Partnership. Security, Development and Knowledge-based Society. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "International Insights", n° 7. 2008, 315 p., 37,50 €. ISBN 978-90-5201-043-4.

Cet ouvrage rend compte des Conférences pour la coopération entre l'Union et le Japon organisées en 2005 et 2006. Organisées annuellement par l'Association des Études Politiques Transeuropéennes, le Réseau Garnet, l'Université libre de Bruxelles et l'Université Chrétienne Internationale (Tokyo), ces rencontres visent à cimenter les liens entre l'Europe et le Japon qui ne sont plus ce qu'ils étaient. Dans les années 70 et 80, le gros de leurs relations portait sur des disputes à propos de voitures, d'acier ou vidéos, en clair sur des questions de protectionnisme. Cette situation a changé à la fin de la guerre froide, les relations euro-nippones impliquant aussi, désormais, une coopération technologique, scientifique et culturelle, ainsi qu'un dialogue politique au plan international. Édité par le chef de la Mission japonaise auprès de l'Union et par un politologue de l'ULB, ce livre présente les dernières évolutions de ces relations et aborde tant l'impact que les transformations économiques globales ont eu sur les deux acteurs que la sécurité régionale et le développement. Les auteurs, issus des mondes académiques européen et japonais, abordent, entre autres, l'impact de l'Agenda de Lisbonne et les implications, pour le Japon et l'Europe, de la nouvelle société du savoir (les raisons du succès japonais en R&D sont mises en lumière), le modèle social européen tel qu'il est perçu depuis le Japon et les conséquences du non-aboutissement de Doha. La deuxième partie traite des relations entre les deux entités à un niveau plus global avec notamment des contributions portant sur les possibilités et les limites de l'institutionnalisme en Asie de l'Est, sur la possibilité d'un agenda commun euro-nippon relatif aux questions de sécurité, la sécurité des populations en particulier, et sur le rôle du Japon aux Nations Unies et ses efforts dans la lutte pour la non prolifération d'armes de destruction massive.

(NDu)

*** CLAUDIA MAHLER, ANJA MIHR, REETTA TOIVANEN (sous la dir. de): The United Nations Decade for Human Rights Education and the Inclusion of National Minorities. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 204 p., 32,50 €. ISBN 978-3-631-56807-1.

En 2004, les Nations Unies ont pris la décision de lancer une "Décennie pour l'éducation aux droits de l'homme" qui s'est terminée à la fin 2004. Fruit d'un projet de recherche conduit par trois spécialistes des droits de l'homme et ponctué par un symposium organisé à l'Université Humboldt de Berlin, cet ouvrage pointu éclaire ce que ce type d'éducation implique en théorie et en pratique, étudiant les retombées concrètes de cette décennie qui, font-ils notamment apparaître, ont été à l'aune de l'engagement des gouvernements et des acteurs des sociétés civiles. Un grand nombre de contributions se focalisent sur l'impact réel de ces efforts sur certaines minorités nationales ou ethniques, notamment à la lumière de la situation des Roms en Slovaquie. L'Espagne, l'Estonie et l'Arménie sont trois autres pays particulièrement observés.

(PBo)

*** Contre le travail des enfants ? Points de vue du Sud. Centre Tricontinental (5 av. Sainte Gertrude, B-1348 Louvain-la-Neuve, Belgique. Tél.: (32-10) 489560 - fax: 489569 - Courriel: cetri@cetri.be - Internet: http://www.cetri.be ) et Éditions Syllepse (69 rue des Rigoles, F-75020 Paris. Courriel: editions@syllepse.net). Collection "Alternatives Sud", vol. XVI, n° 1. 2009, 177 p., 18 €. Abonnement: 50 €. ISBN 978-2-84950-219-8.

La problématique du travail des enfants est un sujet particulièrement complexe, pour qui accepte d'aller au-delà du pur émotionnel. Après tout, depuis combien de temps le travail des enfants a-t-il cessé en Europe et, plus largement, en Occident ? Poser la question, c'est y répondre: à l'échelle de l'aventure humaine, pas bien longtemps, sans doute moins d'une centaine d'années. Pourtant, aujourd'hui, la prévalence des idéaux occidentaux conditionne l'essentiel des politiques en la matière. Du coup, celles-ci confondent, ainsi que l'explique l'historienne Aurélie Leroy dans son introduction, "défense de l'intérêt supérieur de l'enfant et abolition du travail des enfants", une des contributions de livre démasquant, à ce propos, les "faux-semblants du rapport" de l'Organisation internationale du travail sur le travail des enfants. Avec des exemples puisés en Asie, en Afrique et en Amérique latine, les spécialistes du Centre Tricontinental éclairent le point de vue de mouvements d'enfants travailleurs qui, réfutant cet amalgame, revendiquent leurs droits à un travail digne. Ils s'emploient aussi à montrer que les figures de l'exploitation renvoient aux logiques économiques, politiques et juridiques de modèles de développement et de rapports Nord-Sud injustes et inégalitaires.

(PBo)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE