Strasbourg, 22/04/2009 (Agence Europe) - En présentant, mardi 21 avril à Strasbourg, le rapport annuel de la Banque centrale européenne (BCE), Lucas Papademos a souligné les mesures de relance prises au cours des derniers mois et les espoirs d'une reprise progressive de l'activité économique en 2010. Le vice-président de la BCE reconnaît toutefois qu'en dépit de ces efforts, « le niveau d'incertitude demeure anormalement élevé ».
Au cours des derniers mois, la politique monétaire a été conduite dans un environnement économique et financier changeant rapidement et de façon extraordinaire et si l'inflation n'était plus que de 0,6% en mars, elle devrait repartir en 2010 tout en restant sous la barre des 2%. Dans ce contexte, « notre politique a suivi un mode inhabituel pendant une longue période », a dit Lucas Papademos qui s'exprimait devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. La BCE continuera à soutenir le bon fonctionnement des marchés monétaires et du système bancaire en prenant les mesures appropriées « qu'elles soient standard ou non », a-t-il assuré tout en estimant possible à moyen terme « une stratégie de sortie crédible des conditions actuelles de taux d'intérêt très bas » et du soutien extraordinaire aux liquidités à court terme dès que la situation économique retrouvera la normale.
Par ailleurs, M. Papademos a aussi défendu la « prudence salariale » prônée par la BCE en estimant qu'elle doit contribuer à « créer les conditions de la relance de l'activité économique et réduire les disparités dans la zone euro ».
Au 19 avril, les pertes déclarées des banques européennes s'établissaient à 358 milliards de dollars, dont moins de 173 milliards pour les institutions de la zone euro. Dans le même temps, elles ont bénéficié de capitaux frais à hauteur de 382 milliards (190 pour la zone euro). Malheureusement, de nouvelles dévalorisations d'actifs sont attendues dans les prochains temps. Selon les estimations du FMI (rapport du 21 avril 2009), les pertes globales des banques depuis le début de la crise atteindraient 2,8 trillions de dollars, dont 737 milliards pour les banques européennes. Dans ces conditions, le risque d'une « récession plus longue et plus profonde » subsiste, a commenté Lucas Papademos avant de saluer les propositions du groupe de Larosière et notamment la création d'un Conseil européen du risque systémique chargé de la supervision macro-prudentielle. À la présidente de la commission parlementaire, la socialiste française Pervenche Bérès, qui lui demandait quelles solutions il envisageait pour « éviter que ce nouvel organisme ne devienne un nouveau forum de la stabilité financière, très sage et très expert, mais sans impact sur le monde réel », le vice-président de la BCE a plaidé pour une base juridique solide. Il a souhaité la « réactivation » de l'article 105 alinéa 6, au titre duquel le Conseil devrait définir un mandat pour la BCE et le réseau européen des banques centrales, avec des responsabilités exécutives et la capacité d'utiliser les informations micro/macro-prudentielles. Il a regretté l'absence de cadre pour la surveillance macro-prudentielle par le passé. Ainsi, a-t-il expliqué, la BCE avait perçu deux ans avant la crise une série de facteurs qui montraient que le risque était sous-évalué. « Si des mesures avaient été prises par les autorités responsables, la sévérité et la durée de la crise auraient pu être contrôlées », a-t-il dit en souhaitant que les structures qui seront mises en place sur la base du rapport de Larosière donnent naissance à l'interface appropriée entre la surveillance systémique, les autorités politiques et les superviseurs macroéconomiques. (O.J.)