N'Djamena, 04/03/2009 (Agence Europe) - À quelques jours de la fin de son mandat, l'EUFOR Tchad/RCA (la force de l'UE au Tchad et en République centrafricaine) semble réunir toutes les conditions pour pouvoir déclarer la réussite de sa mission et assurer le transfert de commandement sans heurts à la force de l'ONU qui lui succède le 15 mars. En constituant une force multinationale, bien équipée et capable d'adapter ses modes d'actions à un milieu particulièrement difficile et éloigné du continent européen, l'UE a démontré sa capacité d'action rapide et efficace, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles formes de coopération en matière de sécurité et défense.
Lancée officiellement en janvier 2008 sous la forme d'une opération de transition, l'EUFOR Tchad/RCA avait un an, à compter du 15 mars (la date de la déclaration de la capacité opérationnelle initiale), pour préparer le terrain pour le déploiement de la composante militaire de la mission des Nations unies (MINURCAT) chargée d'assurer la protection du volet civil des activités de l'ONU ainsi que des sites et des camps de réfugiés à l'est du Tchad et au nord-est de la République centrafricaine. L'EUFOR avait aussi pour mandat la contribution à la protection de populations en danger (en particulier les personnes déplacées et les réfugiés, mais également les Tchadiens mêmes), la facilitation de l'aide humanitaire et la libre circulation du personnel humanitaire, ainsi que la contribution à la sécurisation de la zone d'opération. Tout en opérant dans un milieu socio-politique particulièrement complexe et sur un terrain difficile du point de vue climatique et géographique, les militaires de l'UE sont parvenus à visiter plus de 1300 villages, effectuer près de 2000 patrouilles et intervenir à plus de 70 reprises en réponse à des appels à l'aide émanant de la MINURCAT. En même temps, l'EUFOR a construit les bases pour loger les unités dans la zone d'opération proprement dite (l'est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine) et dans la capitale où se trouve le quartier général de la force en arrière, commandé par colonel polonais Marek Sanak et chargé de la logistique et de l'accueil des militaires qui entament leur service sur place, ainsi qu'à Abéché où se trouve l'état-major de la force commandée par le général français Jean-Philippe Ganascia. Dans le cadre de cette opération, la plus grande mise en œuvre par l'UE à ce jour, 3700 hommes ont été déployés. L'opération a mobilisé une dizaine d'avions de transport tactique (sur la zone d'opération) transportant près de 4000 tonnes de fret et effectuant plus de 600 vols.
Sur le plan humanitaire après les réticences de départ, les contacts avec les organisations internationales et certaines organisations non-gouvernementales ainsi qu'avec les autorités locales ont été régularisées. Chacun des trois bataillons multinationaux de l'opération (nord commandé par les Polonais, central commandé par les Français et du Sud commandé par les Irlandais) a mis en place des officiers de liaison pour les contacts avec des organisations internationales en maintenant le contact continu avec celles qui le souhaitaient (88 au total). Les plans d'évacuation de leur personnel ont été élaborés et régulièrement mis à jour dans chacune des trois zones d'opération. Au cours de l'opération, les troupes européennes sont ainsi intervenues 18 fois à la demande des acteurs humanitaires, par exemple à proximité du camp de réfugiés Kerfi, lorsque le personnel du bureau du haut représentant des Nations unies s'est fait attaqué en juin 2008. Des milliers de patrouilles effectuées à l'est du pays ont permis d'assurer la visibilité de l'UE, de dresser une cartographie du terrain et d'identifier les menaces pesant sur la population locale. Plus que la rébellion, qu'on s'attendait à affronter au départ, les menaces identifiées grâce aux patrouilles et les visites dans les villages ont permis de constater que l'insécurité quotidienne vient surtout du banditisme et de l'impunité généralisée, du surarmement de la région, du manque de ressources et de l'absence des mécanismes de règlement des conflits intracommunautaires.
Sur le plan sécuritaire, la situation s'est améliorée surtout là où l'EUFOR est présente, a constaté, lundi 2 mars, le général Ganascia. Le même constat a été confirmé par les représentants des personnes déplacées et des réfugiés, selon qui le nombre d'attaques aux abords des camps a baissé avec l'arrivée de l'EUFOR. Les attaques de milices arabes armées (jandjawids) ne se sont pas reproduites depuis le déploiement de l'EUFOR.
Pour ce qui est de la transition, tous les trois principaux contributeurs de l'EUFOR (France, Pologne, Irlande) ont confirmé le maintien de leurs troupes pour au moins la première phase de la nouvelle opération qui passeront donc automatiquement, le 15 mars venu, sous le commandement de la MINURCAT permettant à l'ONU de gagner du temps pour déployer les nouvelles unités. La Pologne maintiendra son contingent déployé à Iriba pour les six mois à venir pour être relevée ensuite par des forces malawies. Une partie du contingent français restera sur le théâtre jusqu'à la fin de l'année pour passer la relève au contingent ghanéen, tandis que le bataillon irlandais restera opérationnel pendant encore un an. Le commandement de l'opération de l'ONU sera exercé par le général sénégalais Elhadji Mouhamedou Kandji. Avec les premières unités ghanéennes (100 personnes environ) qui devraient arriver la semaine prochaine et des Togolais attendus pour le 1er avril, la MINURCAT devrait démarrer avec 2400 personnes, ce qui certes ne sera pas suffisant pour conduire des actions d'envergure d'EUFOR mais devrait permettre de sécuriser la zone d'opération. D'autres pays comme la Chine, l'Uruguay, le Népal, l'Ouganda ont déjà exprimé leur intérêt à participer à la MINURCAT. La Libye a fait à l'ONU une offre formelle de participation, mais cette proposition est encore à l'étude. (A.By.)