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Bulletin Quotidien Europe N° 9853
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE est entrée dans la phase opérationnelle de la réaction à la crise

Soyons sérieux. Critiquer les institutions communautaires dans toutes les circonstances, c'est un exercice à la mode, même de la part de personnalités liées à des organismes qui sont, en principe, pro-européens. Certains commentaires après le Conseil européen informel du 1er mars donnaient l'impression d'attitudes artificielles, comme pour dire aux lecteurs: « Admirez la qualité et la vigueur de mon engagement pro-européen ! Je ne suis jamais satisfait! ». À les entendre, l'UE aurait dû dimanche dernier: a) retenir la suggestion hongroise de créer un fonds européen d'environ 190 milliards d'euros pour les États membres d'Europe centrale et orientale ; b) rendre plus aisées les adhésions à l'euro ; c) définir des « plans européens de sauvetage » à financer par le budget communautaire, au lieu des plans nationaux que la Commission s'efforce piteusement d'harmoniser. Quel courage, quelle vision, quel esprit européen, n'est-ce pas ?

Soyons sérieux. On savait à l'avance ce qu'il pouvait sortir de ce Sommet. Réaffirmer sept principes essentiels (voir cette rubrique d'hier) au niveau le plus élevé peut représenter un exercice utile. Mais un fonds de 190 milliards d'euros à déverser on ne sait pas bien comment ni à quel usage, c'est une initiative rhétorique, d'ailleurs rejetée par la plupart des États membres qui auraient dû théoriquement en bénéficier ; il est reconnu que certains pays de la zone euro, comme la Grèce et l'Irlande, sont peut-être plus gravement affectés par la crise financière que la Pologne, la République tchèque ou la Slovaquie. Chaque pays sera aidé selon ses besoins et les possibilités. Rendre aisée l'adhésion à la zone euro signifierait affaiblir la monnaie commune: une folie. En revanche, la phrase du communiqué final soulignant le rôle de la Commission en tant que gardienne des traités a une saveur particulière dans la bouche de M. Topolánek, qui, par le passé, s'était souvent exprimé en faveur d'un système intergouvernemental en critiquant les institutions et les procédures supranationales. Il a peut-être compris que la « méthode communautaire » protège les États membres, petits et moyens, face à la surpuissance des grands.

Le stade des affirmations de principe est largement dépassé. Le Sommet informel pouvait difficilement apporter plus qu'un appui psychologique aux réalisations activement préparées et qui en fait commencent à se concrétiser. La réforme radicale du monde de la finance, dont les abus et les dysfonctionnements sont largement à l'origine de la crise mondiale, progresse bien davantage que la perception que peuvent en avoir les opinions publiques. L'actualité est logiquement dominée par les pertes financières impressionnantes, les risques pour l'emploi, les faillites ; mais en même temps sont déjà politiquement acquises et techniquement préparées des révolutions auparavant inimaginables. Le principe selon lequel toutes les activités financières seront à l'avenir réglementées et soumises à une surveillance est en lui-même révolutionnaire. Et les projets de mesures opérationnelles ont très largement dépassé le stade des affirmations de principe et des bonnes intentions.

Il est inévitable que ces textes ne soient pas lisibles pour le grand public, malgré les efforts de la presse spécialisée. D'une manière générale, on peut affirmer que les initiatives déjà acquises et qui se transforment progressivement en textes opérationnels couvrent des domaines pour lesquels, avant la crise, l'hypothèse même d'introduire des règles était rejetée ou du moins largement contestée. Tout en formulant des distinctions et des réserves, M. McCreevy lui-même a pris des initiatives pour « encadrer » les hedge funds (voir notre bulletin n° 9849). En outre et surtout, le rapport du groupe Larosière a dessiné la structure et le fonctionnement d'une réglementation européenne relative à la surveillance des activités financières. L'un ou l'autre aspect de son projet a été critiqué, mais l'accueil a été globalement très positif, notamment par la Commission européenne et au sein du Parlement européen, qui ont un rôle essentiel à jouer dans les décisions à ce sujet. Les auteurs de ce rapport n'ont pas voulu dessiner un système de surveillance idéale et théorique, mais un projet concret et réalisable, qui permettrait de contrôler et d'empêcher au niveau européen les abus des acteurs du monde de la finance.

En même temps, la Commission présente ses premières propositions à discuter au Conseil européen de ce mois-ci, et la position de l'UE pour la réunion d'avril du G 20 a été, dans ses grandes lignes, définie. S'y ajoute la relance du débat autour de projets significatifs encore controversés, comme l'initiative de l'ancien président de la Commission, Romano Prodi, en faveur des eurobonds, avec des arguments solides (mais, pour l'Allemagne, ils seraient plus chers que les financements recueillis sur le marché à titre national…).

L'Europe est donc entrée dans le stade de la réaction opérationnelle à la crise. Il serait tellement souhaitable que cette phase soit accompagnée par un peu de confiance et d'optimisme. (F.R.)

 

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