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Bulletin Quotidien Europe N° 9836
Sommaire Publication complète Par article 37 / 38
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 811

*** MAREK KOHN: Trust Self-Interest and the Common Good. Oxford University Press (Great Clarendon Street, Oxford OX2 6DP, UK. Internet: http://www.oup.com ). 2008, 150 p.. ISBN 978-0-19-921791-5.

Dans les sociétés occidentales, le développement économique a au fil du temps éloigné les nécessités de base, telles que l'habitation ou la santé, et a globalement assuré le bien-être des populations. Du coup, ces dernières s'intéressent de moins en moins à l'accumulation de richesses et s'interrogent de plus en plus sur le comment "mieux vivre". Même si la crise économico-financière des derniers mois pourrait changer la donne, la tendance est à rechercher une société meilleure plutôt qu'une société plus prospère, les familles se demandant comment manger plus sainement, les sociétés et institutions comment rendre leurs cadres heureux, les nations comment améliorer leurs relations avec leurs homologues ou comment améliorer le climat mondial. Cette volonté de créer ensemble ressuscite le vieux dilemme humain qu'est la confiance. En effet, pour "mettre ses billes" dans l'entreprise, il faut avoir l'assurance d'obtenir un retour. Cette capacité à croire l'autre et en l'autre, qui à été mise à mal très tôt dans l'histoire de la sociologie par Hobbes, mène Marek Kohn à s'interroger sur la confiance dans ce bel ouvrage.

L'auteur s'y intéresse d'abord dans sa dimension première, celle de la petite enfance dans la sphère familiale qui va en grande partie définir les relations qu'aura l'enfant devenu adulte avec le reste de la société. L'enfant fera confiance à la mère car il est certain qu'elle défendra ses intérêts quoi qu'il se passe, mais une fois adulte et que c'est à son tour de veiller sur ses propres intérêts, comment attribuera-t-il cette confiance ? Comment se crée ce lien ? Quelles sont les bases et les conditions requises pour son développement ? Marek Kohn repose ces mêmes questions plus avant lorsqu'il examine la coopération entre des organismes ou des agents poursuivant des intérêts individuels. Quelques exemples tirés de la Première Guerre mondiale, comme la fameuse trêve de Noël en 1914, illustrent bien que la confiance peut naître là où on l'espère le moins, même entre deux armées antagonistes, et qu'elle comporte quelques règles auxquelles les deux camps doivent se tenir. Il en ressort que la coopération entre les hommes est possible et qu'elle peut même être initiée et soutenue sans le sceau de la confiance. Cependant, lorsque celle-ci entre en jeu, les interactions qui auraient fini par échouer perdurent, elle améliore la qualité de la coopération et tisse en plus des liens sociaux. Plus important encore, on se sent bien. L'être humain semblerait avoir un penchant naturel pour la confiance, une sorte d'instinct. On accorde parfois sa confiance pour la reprendre après, c'est vrai, mais l'inverse est plus rare.

L'auteur introduit ensuite une réflexion à propos du langage sous toutes ses formes et s'interroge, plus précisément, sur la raison pour laquelle, de tous les modes de communication, la parole est celui qui facilite le plus la tromperie. Il cherche donc à établir quels sont les autres signaux qui pourraient être à l'origine de l'établissement du lien tant prisé. Ce chapitre s'achève sur une réflexion philosophique sur la rationalité de la confiance. Cette notion de confiance est ensuite examinée par rapport à l'autorité. D'abord, l'autorité dans sa forme première, lorsque la plupart des hommes croyaient aux dieux et que leur confiance en ces derniers était totale. Autorité ensuite dans sa forme moderne à la lumière de la relation de confiance qu'entretiennent les populations par rapport à leurs institutions. Dans la cinquième partie, Marek Kohn aborde un monde où c'est l'absence de confiance qui prime, comme dans le milieu mafieux napolitain, et étudie les conséquences économiques d'une telle conjoncture. De là, il aborde ensuite la problématique de la confiance sociale dans les institutions en partant du cas tristement célèbre d'O. J. Simpson pour illustrer la méfiance d'une population par rapport à son système judiciaire. Il explique que cette méfiance et sa manipulation ont été un point important dans la manœuvre des États totalitaires communistes par rapport à leurs populations: ils allouaient une grande partie de leurs efforts à fomenter et à orchestrer la méfiance dans leurs populations, de manière à en garder le contrôle. Ce point abordé à l'avant-dernier chapitre est contrebalancé par l'observation que la démocratie libérale est elle aussi basée sur la méfiance. Toutefois, dans ce cas, la méfiance va aux dirigeants, dont on présuppose qu'ils abuseront du pouvoir. D'où les contre-pouvoirs qui ont été mis en place dans les démocraties occidentales, mais qui ne semblent pas toujours suffisants… L'ouvrage se termine sur une réflexion à propos des bienfaits qu'apporte la confiance et de la difficulté d'un monde où la confiance serait généralisée, bien que cette dernière soit nécessaire à une "bonne société".

Nuno Duarte

*** JAMES GRIFFIN: On Human Rights. Oxford University Press (voir coordonnées supra). 2008, 339 p.. ISBN 978-0-19-923878-1.

Apparus au Moyen âge sous le nom de droits naturels et alors à forte consonance théologique, les droits de l'homme ont depuis beaucoup évolué, laissant au passage un certain flou sur leur définition exacte. Et, comme l'explique l'auteur, "nous devons compléter l'idée incomplète", régler l'indétermination de sens dont souffre la notion historique. Constatant son manque d'expertise sur la notion en droit international et considérant que cette définition a ses limites, James Griffin, professeur de philosophie morale à l'Université d'Oxford, se focalise sur les aspects éthiques des droits de l'homme plus que sur leurs aspects politiques et juridiques. Il s'agit, pour lui, de fournir une définition qui soit la plus justifiée possible d'un point de vue éthique, en laissant la porte ouverte à des contre-propositions. Comme il le souligne, cette démarche "n'est en aucun cas la seule à offrir". Si l'on tient compte de ce fait, l'ouvrage de James Griffin offre une analyse efficace des différentes "branches" des droits de l'homme, des conflits qui peuvent se présenter entre eux, des personnes et des autorités concernées et, enfin, de la Déclaration universelle des droits de l'Homme.

(TBa)

*** BARRY KELLMAN: Bioviolence. Preventing Biological Terror and Crime. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). 2007, 362 p., 14,99 £. ISBN 978-0-521-70969-9.

Comme le suggère son titre, cet ouvrage s'inquiète des menaces de guerre bactériologique que feraient éventuellement courir des terroristes dans le monde. L'auteur explique d'abord pourquoi de telles craintes sont fondées avant d'analyser ensuite les moyens de défense mis en place par les gouvernements pour enrayer ces menaces. On découvre, bien sûr, que les moyens mis en œuvre par les autorités sont insuffisants, raison pour laquelle l'auteur propose plusieurs voies politiques qui, elles, seraient à même d'endiguer le problème.

(NDu)

*** TOBIAS PINKEL: Das Buch VI des Entwurfs eines Gemeinsamen Referenzrahmens (DCFR): Nichtvertragliche Schuldverhältnisse aus Schädigung Dritter. Eine kritische Analyse des Modellgesetzes eines europäischen Deliktsrechts. Zentrum für Europäische Rechtspolitik an der Universität Bremen (Universitätsallee, GW 1, 28359 Bremen, Deutschland).Collection "ZERP-Diskussionspapier", n° 6/2008. 2008, 34 p., 8 €.

Basée sur l'ouvrage "Principles, Definitions and Model Rules of European Private Law: Draft Common Frame of Reference (DCFR)", cette étude s'efforce de soumettre le modèle juridique du droit européen en matière de délit à une analyse critique. Collaborateur au Centre européen d'études juridiques et politiques de l'Université de Brème, Tobias Pinkel constate qu'une plus grande cohérence dans le droit contractuel européen est nécessaire et, plus précisément, qu'il existe un manque de législation homogène dans le domaine des délits. Il s'emploie donc à établir un état des lieux de la question en s'appuyant sur les travaux du groupe d'étude publiés dans l'ouvrage DCFR.

(EPi)

*** FANNY PENVERNE: L'Union européenne et la protection civile. Éditions Apogée (11 rue du Noyer, F-35000 Rennes. Tél.: (33-2) 99324595 - fax: 99324598 - Courriel: apogee.rennes@wanadoo.fr - Internet: http://www.editions-apogee.com ). Collection "Publications du Centre d'excellence Jean Monnet des Universités de Rennes". 2008, 128 p., 18 €. ISBN 978-2-84398-303-0.

Prolongement d'un mémoire universitaire de troisième cycle, ce petit ouvrage présente de manière très claire le mécanisme européen de protection civile en précisant son origine, son cadre, son fonctionnement et ses enjeux. Cette analyse à la fois historique et juridique conduit Fanny Penverne à observer la fragilité des fondements juridiques de l'action permise à l'Union en la matière et à dresser un tableau sans concession des faiblesses du dispositif européen et des résistances nationales. Intégrant les apports du Traité de Lisbonne en la matière, cette étude rigoureuse tourne au plaidoyer en faveur de la consécration d'une base juridique propre à la protection civile, de la promotion d'une approche instrumentale uniforme et de la création d'une "force européenne de protection civile". Autant d'idées qu'elle a depuis, en qualité d'assistante juridique, de défendre dans le cadre de la dernière Présidence française du Conseil de l'Union.

(PBo)

*** LUKAS BAUER, KONRAD LACHMAYER (sous la dir. de): Praxiswörterbuch Europarecht. Springer (P. O. Box 89, 4-6 Sachsenplatz, 1201-Wien, Autriche. Tél.: (43-1) 3302415-0 - fax: 3302426 - Courriel: books@springer.at - Internet: http://www.springer.at ). 2008, 1 025 p.. ISBN: 978-3-211-38363-6.

Ce dictionnaire de la pratique du droit européen propose un éventail de thèmes pertinents et d'explications claires afin d'aborder la législation européenne. Elaboré sous la direction de deux assistants à l'Institut de droit public et administratif de l'Université de Vienne, avec la contribution d'une soixantaine de collaborateurs, cette compilation, riche et volumineuse, détaille les principales notions du droit européen de A à Z et donne une vue d'ensemble de la pratique juridique européenne. Les notices explicatives enrichies de la littérature actuelle, de liens Internet, ainsi que d'actes juridiques européens, permettent de faciliter la compréhension et l'approfondissement du large spectre des notions juridiques européennes.

(EPi)

*** MARIANNE DONY: Droit de l'Union européenne. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http: //http://www.editions-universite-bruxelles.be/ ). Collection "UBlire", n° 2. 2008, 690 p., 12 €. ISBN 978-2-8004-1426-3.

Grâce à cette deuxième édition, cet ouvrage très pédagogique permet d'appréhender l'essentiel du droit européen en tenant compte des dispositions promises par le Traité de Lisbonne. Après avoir retracé les grandes étapes de la construction européenne, l'auteur consacre la première partie du livre au droit institutionnel, avec une identification des signes de la constitutionnalisation progressive de l'Union, puis des analyses du système institutionnel de celle-ci, des sources et des caractéristiques majeures de son droit et du système juridictionnel. Professeur à l'Université libre de Bruxelles et directrice de son Institut d'études européennes, Marianne Dony présente, dans la deuxième partie, les principales politiques de l'Union: régime juridique du marché intérieur avec les quatre libertés, régime de concurrence, harmonisation des législations, espace de liberté, de sécurité et de justice tel que remanié en profondeur par le Traité de Lisbonne, politiques à caractère économique et non économique, action extérieure de l'Union… Le tout compose un ouvrage clair et synthétique qui ne devrait pas être un instrument utile pour les seuls étudiants !

(MT)

*** YVES DOUTRIAUX, CHRISTIAN LEQUESNE: Les institutions de l'Union européenne. La Documentation Française (29 quai Voltaire, F-75344 Paris cedex 07. Tél.: (33-1) 40157005 - fax: 40157002 - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection "Réflexe Europe". 2008, 181 p., 12 €. ISBN 978-2-11-007224-5.

Premier titre à avoir été publié dans la collection "Réflexe Europe" en 1995, cet ouvrage en est à sa… septième édition. C'est dire si sa pertinence et son utilité demeurent pleines et entières. Le conseiller d'État français Yves Doutriaux y présente de manière très claire et précise les institutions de l'Union, expliquant de manière à la fois succincte et pédagogique quel est leur statut, leur composition, leur structure et leur fonctionnement. Les procédures et processus de décision sont évoqués dans le même esprit. Pour sa part, le Pr. Christian Lequesne (Sciences Po) examine, dans la deuxième partie de l'ouvrage, la manière spécifique dont la France s'est organisée pour agir et interagir avec "Bruxelles", ainsi que pour réagir aux politiques adoptées au plan européen. Une introduction idéale au monde des institutions européennes !

(MT)

*** RICHARD BLASSELLE: Traité de droit européen de la concurrence. Tome III. Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautefort.com ). Collection "Manuels 2000". 2008, 543 p., 99 €. ISBN 978-2-86600-663-1.

Professeur à l'Université Paris 13 jusqu'il y a peu, Richard Blasselle s'est attelé à la très lourde tâche d'éclairer et de commenter l'ensemble du droit européen de la concurrence. Dans un premier volume, il s'est attaché à présenter le domaine et les critères d'application des règles européennes en la matière, ainsi qu'à passer méticuleusement en revue les restrictions de concurrence imputables aux entreprises. Il s'est ensuite attaqué aux restrictions de concurrence qui sont imputables aux États membres en commençant par étudier les entraves aux échanges, à l'établissement des personnes et à la prestation des services. Dans le même esprit, il s'est ensuite intéressé aux autres instruments qu'il arrive aux États membres d'utiliser pour tenter d'influencer le marché, à savoir l'octroi d'aides d'État, de droits spéciaux ou exclusifs, ainsi que la conclusion de partenariats public-privé. Dans ce nouveau volume, il examine le droit communautaire relatif aux ententes et aux positions dominantes sous deux angles, celui de la coopération entre les institutions des États membres et celles de l'Europe communautaire, d'une part, celui de la protection juridictionnelle des particuliers, de l'autre et même surtout. De très riches annexes complètent très utilement le volume qui, de par sa nature même, ne s'adresse évidemment pas au public le plus large.

(PBo)

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