Bruxelles, 05/02/2009 (Agence Europe) - Les députés européens ont dénoncé, jeudi 5 février, au travers d'un rapport d'initiative, « les conditions de vie intolérables » des migrants dans les centres de rétention installés à travers l'Union européenne. Mauvaises conditions de rétention et d'hygiène, aide médicale et juridique insuffisante, absence de solidarité entre États membres: telles sont les critiques adressées par une majorité de députés après la visite de parlementaires dans plusieurs centres de rétention de l'UE.
Le rapport d'initiative de Martine Roure (PSE, française), qui a été adopté par 487 voix pour, 39 contre et 45 abstentions, dresse le bilan de 10 visites effectuées par la commission des libertés civiles (Libe) du PE dans les centres de rétention afin de vérifier que le droit communautaire en matière d'accueil des demandeurs d'asile y est appliqué. « Nous avons été témoins de scènes parfois difficiles, aussi je considère qu'il est de notre devoir d'élu(e)s de réagir à cette réalité », a déclaré Mme Roure, à l'issue du vote. Les députés ont relevé à plusieurs occasions que les conditions dans ces centres de détention étaient « intolérables d'un point de vue de l'hygiène, de la surpopulation et des équipements à disposition ». Ils se sont surtout dits préoccupés par « les conditions carcérales » dans lesquelles les migrants irréguliers et demandeurs d'asile sont maintenus en rétention bien qu'ils n'aient commis aucun crime. Ils ont déclaré que les personnes détenues ne sont pas systématiquement informées des raisons de leur détention, de leurs droits et du suivi de leurs dossiers. De plus, ces personnes se plaignent systématiquement de l'insuffisance et de l'inadéquation des soins médicaux et en particulier du manque de soins spécifiques pour les femmes enceintes et les victimes de tortures. Le rapport pointe aussi du doigt le manque d'accès à une assistance juridique gratuite qui se limite parfois à une simple « liste de noms d'avocats ». Les députés ont aussi exprimé leur inquiétude par rapport au « manque fréquent d'interprètes bénéficiant d'une formation adéquate » dans certains des centres visités. Ils regrettent également qu'un certain nombre de pays aient de plus en plus recours à la rétention, soulignant qu'une personne ne doit en aucun cas être placée en rétention pour l'unique raison qu'elle demande une protection internationale. Les visites ont démontré que, dans certains États membres, il existait de fortes carrences au regard des directives existantes et notamment celle de 2003 sur les conditions d'accueil. Les députés ont donc demandé à la Commission européenne de mettre en place, en coopération avec le Parlement, un système de visite et d'inspection permanent. Ils souhaitent que la commission Libe poursuive ses visites dans l'Union européenne. Ils veulent aussi que l'accueil des demandeurs d'asile et immigrés soit effectué en priorité dans des « centres d'accueil ouverts » plutôt que dans des unités fermées. Ils ont enfin invité les États membres à faire preuve d'« une solidarité plus grande » avec les pays qui sont le plus confrontés aux défis de l'immigration, qui ne se limite pas à une solidarité technique et/ou financière. À cet égard, ils demandent à la Commission d'étudier la possibilité de proposer un instrument européen de solidarité qui permettra d'alléger la charge découlant du nombre élevé de réfugiés accueillis par les États membres dotés de frontières extérieures. On relèvera également dans ce rapport une demande explicite en faveur de l'accès des ONG spécialisées dans la protection des droits fondamentaux des migrants et des demandeurs d'asile, à ces centres. (B.C.)