Bruxelles, 04/02/2009 (Agence Europe) - Certains pays membres de l'Union sont confrontés quotidiennement à l'arrivée d'immigrants extra-communautaires qu'il faut accueillir dans des conditions qui sont parfois extrêmement difficiles. Ceci est le cas notamment dans les îles de Mayotte et de Lampedusa, qui ont fait l'objet d'un débat au Parlement européen.
C'est le président du Conseil en exercice, le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, qui a lancé ce débat en reconnaissant que la pression à laquelle sont soumis certains pays membres (la petite île de Malte en fait aussi partie) impose un renforcement de la politique d'immigration et d'asile communautaire. Il importe, insiste-t-il, d'agir à l'intérieur de l'Union, mais aussi en coopération avec les pays d'origine et de transit. « Nous avons tous à gagner d'une telle approche », a affirmé M. Vondra. En évoquant les conditions dans les centres de rétention, M. Vondra a rappelé que la directive adoptée en 2003 sur les normes à y respecter est déjà transposée dans le droit national des pays membres, mais que la Commission a décidé en décembre 2008 d'actualiser cette directive, selon la procédure de codécision, ce qui garantit la participation du Parlement à ce réexamen (EUROPE n° 9795). Quant à la directive sur le retour, elle prévoit des règles précises sur la détention, avec des limites claires et des règles concernant les mineurs et les familles.
« Un cadre juridique est en train de s'affirmer », a constaté à son tour le vice-président de la Commission, Jacques Barrot, en estimant que la directive « retour » constitue un moyen de contrôle communautaire sur le respect de l'acquis, et en confirmant que la Commission est bien décidée à veiller au strict respect des principes fondamentaux et à la transposition de la directive. La Commission reconnaît les grandes difficultés de l'Italie, qui a d'ailleurs pu bénéficier de soutiens financiers, notamment par le biais du projet Présidium: « Si l'Italie l'estime nécessaire, la Commission serait prête à examiner une nouvelle demande d'aide d'urgence au titre du budget 2009 » pour améliorer l'accueil des migrants, a déclaré M. Barrot, en annonçant ses prochaines visites à Lampedusa et à Malte. Une des clés à la solution du problème, a-t-il ajouté, se trouve dans « une coopération solide avec la Libye, principal pays de transit pour les mouvements migratoires en provenance d'Afrique de l'est ». Le cas de Mayotte est quelque peu différent: le droit de l'Union n'y est pas directement applicable, puisqu'elle a le statut de territoire d'outre-mer et non pas de région ultrapériphérique. Au cours du débat, l'élue française Margie Sudre (PPE/DE) a précisé que Mayotte (l'immigration irrégulière y représente 33% de la population) est en train d'examiner la possibilité de prendre des décisions lui permettant d'accéder au statut de région ultrapériphérique.
Comme on pouvait le prévoir, le débat a vite pris une tournure italo-italienne, entre autres sous le coup des dernières déclarations du ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, qui a affirmé que, pour faire face à l'immigration clandestine, il faut « changer de musique, et être méchants » vis-à-vis des clandestins. Ce n'est pas une « parodie de la politique » mais un membre du gouvernement italien qui parle, a constaté amèrement Claudio Fava (groupe socialiste), en estimant que le droit est violé quotidiennement à Lampedusa. Monica Frassoni (Verts/ALE) est d'accord avec ce jugement: la détention illégale est un fait, et le risque d'une « élimination virtuelle » du droit d'asile est tout aussi réel, ce qui lui fait dire que l'« annonce d'une nouvelle aide sans conditions à l'Italie est inquiétante ». Un des problèmes, ajoute Giusto Catania (GUE/NGL), vient du fait que Roberto Maroni a décidé de mettre fin aux transferts à partir de Lampedusa, ce qui a mené à une dégradation de la situation. Plusieurs élus, non seulement italiens, ont demandé à M. Barrot de se rendre à Lampedusa sans indiquer une date précise au gouvernement italien, pour voir comment est véritablement la situation. Mais certains élus italiens ont pris la défense de leur gouvernement, notamment Cristiana Muscardini (UEN), qui a souligné la disponibilité des habitants de Lampedusa vis-à-vis à ce flux massif, en remarquant que beaucoup d'autres pays auraient agi autrement que l'Italie ; ou Stefano Zappalà (Forza italia), qui a rappelé les chiffres (11 000 immigrés clandestins en 2007, mais 30 000 en 2008), et Maddalena Calia (PPE/DE), qui a fait état des efforts du gouvernement italien vis-à-vis des pays de transit (accord avec la Libye, que le parlement italien devait ratifier le 3 février) et d'origine (négociations en cours avec la Tunisie). Simon Busuttil (PPE/DE) a attiré l'attention sur le cas de son pays, Malte. Étant donné ses dimensions, et l'impossibilité de transférer les immigrants ailleurs, Malte souffre proportionnellement davantage que d'autres pays.
M. Barrot a pris note de l'« impatience » des parlementaires, mais a rappelé qu'on n'est qu'au début de la mise en œuvre du Pacte. Oui, il faut une Europe plus solidaire, reconnaît-il, en s'adressant en particulier à Malte. (L.G.)