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Bulletin Quotidien Europe N° 9833
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/climat

Une stratégie intégrée de lutte contre le changement climatique

Strasbourg, 04/02/2009 (Agence Europe) - En adoptant, mercredi 4 février, le rapport final de la commission temporaire sur le changement climatique, le Parlement européen fait plusieurs recommandations en vue d'une future politique intégrée de l'UE en la matière. S'inscrivant dans une perspective à long terme, le rapport d'initiative de Karl-Heinz Florenz (PPE-DE, allemand) rassemble les conclusions auxquelles est parvenue cette commission ad hoc instituée par le PE en avril 2007. Adopté à une large majorité, par 570 voix pour, 78 contre et 24 abstentions, le texte se base sur l'objectif communautaire de limiter à moins de 2°C l'augmentation moyenne des températures. Mais un tel niveau d'ambition est-il seulement suffisant face au risque que « les effets négatifs du changement climatique soient à la fois plus rapides et plus sérieux que prévu initialement » ?, s'interrogent les députés. En vue de la fin des négociations relatives à un nouvel accord international sur le climat, devant aboutir à Copenhague en décembre 2009, les députés rappellent ainsi l'importance pour l'UE et les autres pays industrialisés de fixer ensemble un objectif à moyen terme de réduction de 25 à 40% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020, ainsi qu'un objectif à long terme de réduction d'au minimum 80% d'ici à 2050 (par rapport au niveau de 1990). Car c'est bien aujourd'hui que doivent se décider les mesures qui permettront d'éclaircir cet horizon.

Pour les députés, il importe de « ne pas baisser les bras devant la complexité du problème (...), mais de faire preuve d'esprit visionnaire pour faire la différence ». Il est indispensable de prendre des mesures politiques et dans le domaine de l'éducation fondées sur une perspective à long terme de lutte contre le changement climatique impliquant pleinement les citoyens. Le rapport préconise de nombreuses actions autour de 22 thèmes. Parmi elles figurent notamment: - la création de partenariats en matière d'énergie solaire avec des pays tiers de l'espace méditerranéen, éléments fondateurs d'une politique extérieure énergétique européenne ; - l'instauration d'un objectif à long terme du secteur immobilier européen visant à atteindre une efficacité énergétique nette égale à zéro d'ici 2015 dans les nouvelles constructions résidentielles et d'ici 2020 dans les nouvelles constructions commerciales et publiques ; - la création par l'UE d'une communauté européenne de l'énergie renouvelable ; - un soutien des États membres et des institutions de l'UE à la R&D dans le domaine des technologies de transport écologiques de pointe, telles que l'hydrogène, l'électricité, les piles à combustible, les hybrides ou les biocarburants avancés ; - la définition par la Commission des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par le secteur agricole ; - la mise en place d'un Fonds européen pour le climat et/ou des fonds nationaux équivalents ; - la création d'un « super-réseau » européen accessible à tous les types de fournisseurs d'électricité ; - une incitation des citoyens à réduire leurs émissions de façon économique, par exemple par la diffusion d'informations sur la teneur en carbone de produits et services ; - la possibilité de faire des audits énergétiques gratuits. Et d'appeler à faire du changement climatique et des mesures visant à le combattre la première priorité des prochaines perspectives financières de l'UE.

Les efforts indispensables en vue d'un consensus global

« Nous savons très bien qu'avec des interdictions, des sanctions et des renoncements, nous obtiendrons peu de résultats. Nous devons surtout favoriser les changements de mentalité, l'innovation et la motivation », a estimé, lors du débat, le rapporteur, M. Florenz. Au nom de la Présidence, le ministre tchèque de l'Environnement, Martin Bursík, a évoqué la « lueur d'espoir » venue des États-Unis avec l'engagement annoncé de la nouvelle administration en faveur de la lutte contre le changement climatique. « Quelque part à Copenhague, il y a une porte avec 200 verrous. Si nous trouvons toutes les clés, nous parviendrons à un accord. Le premier verrou a sauté, c'est celui de l'Europe, le deuxième est américain », a-t-il déclaré. Le commissaire chargé de l'Environnement, Stavros Dimas, s'est félicité que le PE partage l'analyse et l'ambition de la Commission. La crise économique « complique les choses » mais elle ne doit pas devenir un « prétexte » pour reporter les actions, a-t-il estimé. Concernant l'aide à apporter aux pays en voie de développement, le commissaire est d'avis que « 100 à 150 milliards d'euros » seront nécessaires pour qu'ils puissent contribuer aux efforts globaux. « Sans aide, les pays en voie de développement ne seront pas en mesure de baisser leurs émissions et il n'y aura pas d'accord à Copenhague », a-t-il prévenu.

Au nom du groupe PPE-DE, la Slovène Romana Jordan Cizelj a mis l'accent sur la nécessité de réfléchir sur l'apport dans la lutte contre les changements climatiques d'autres secteurs d'activité tels que « l'élevage » et « les technologies de la communication ». Dorette Corbey (PSE, néerlandaise) a plaidé pour la solidarité avec les personnes affectées par la perte d'emplois dans des secteurs gourmands en énergie. On parle peu de l'agriculture, doit-elle aussi être concernée par ces objectifs ?, s'est-elle interrogée. Le libéral britannique Chris Davies a pointé la croissance rapide de la population mondiale (plus 200 000 individus par semaine). Évoquant le caractère limité des ressources, il a plaidé pour la diffusion la plus large possible des

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méthodes de contraception. Liam Aylward (UEN, irlandais) a souhaité une réduction de la bureaucratie pour permettre aux PME d'investir dans les technologies vertes. Rebecca Harms (Verts/ALE, allemande) s'est demandé jusqu'où allait le consensus politique. « Sommes-nous réellement en mesure de changer notre méthode de pratiquer l'économie ? Cette décision n'a pas encore été prise », a-t-elle fait observer, en citant l'exemple des plans nationaux de relance économique vides de tout élément de durabilité. Jens Holm (GUE/NGL, suédois) a salué les références faites à l'élevage, secteur responsable, selon lui, de « 18% » des émissions de gaz à effet de serre. « Aucune partie du monde ne doit échapper aux efforts », a estimé Johannes Blokland (IN/DEM, néerlandais).

Pour la plupart des élus, les mesures pour lutter contre le changement climatique
sont indispensables pour la relance durable de l'économie

La commission ad hoc a bien fait son travail, mais ce travail doit être poursuivi, et plusieurs parlementaires ont plaidé pour que la tentative de dépasser la spécialisation au sein des différentes commissions se concrétise dans la mise en place d'une commission permanente lors de la prochaine législature. Un pas que certains parlements nationaux ont déjà franchi, indique l'Italien Guido Sacconi (PSE), qui était président de la commission temporaire. Son compatriote Vittorio Prodi (ADLE) critique à son tour la politique un peu trop eurocentrique de l'Europe: nous sommes face à un changement de civilisation, et il faut réagir en impliquant tous les pays, affirme-t-il. L'Italien Roberto Musacchio (GUE/NGL) estime quant à lui qu'il serait faux de modifier l'équilibre de la résolution avec des amendements de nature idéologique sur l'énergie nucléaire. Mais il invite le Parlement à accepter son amendement, qui attire l'attention sur le rapport entre le changement climatique et l'eau, notamment en vue de la conférence du Forum mondial de l'Eau qui se tiendra prochainement à Istanbul. Les propositions du Forum auraient en effet dû recevoir une plus grande attention dans le rapport, selon la Suédoise Lena Ek (ADLE), qui aurait également souhaité des propositions plus musclées sur la santé et la relance de l'emploi.

Les propositions sur le changement climatique vont compromettre les capacités concurrentielles de l'Europe, craint le Polonais Bogdan Pek (UEN): non, c'est tout à fait le contraire, réplique la socialiste britannique Linda McAvan, nos pays ne survivront pas si ce paquet n'est pas adopté. Elle reconnaît cependant qu'il faut convaincre les citoyens, et ceci ne sera possible qu'en liant les efforts pour lutter contre le changement climatique à la relance de l'économie et de l'emploi. Le président Barack Obama a établi ce lien, l'UE doit le faire aussi. Ce changement de l'administration américaine est une grande chance, admet le conservateur britannique John Bowis: « Au lieu d'échanger des mots, nous pourrons enfin échanger des idées ».

Pour assurer le succès du paquet, il importe de stimuler le développement économique, selon le Polonais Jerzy Buzek (PPE/DE), qui se félicite de la décision du commissaire Dimas sur des investissements favorisant les technologies moins consommatrices d'énergie. Mais la Commission estime que pas moins de 165 milliards par an seront nécessaires pour atteindre les objectifs de la lutte contre le changement climatique, a constaté la socialiste française Catherine Guy-Quint, alors que le budget actuel est loin d'être à la hauteur de ce défi. Il y a donc un « problème majeur de financement ». Oui, il faut disposer d'un budget conforme aux ambitions, selon sa compatriote Françoise Grossetête (PPE/DE), mais tout plaide cependant pour la réalisation de la « troisième révolution industrielle » que représente la croissance durable. L'efficacité énergétique devrait, selon Mme Grossetête, faire déjà partie de tous les plans des entreprises. La lutte contre le changement climatique est indispensable pour relancer l'économie, affirme également la socialiste roumaine Silvia-Adriana Ticau, qui plaide aussi pour un tourisme écologique et pour la reforestation. C'est une « nouvelle culture des transports » qui s'impose, selon la Hongroise Etelka Barsi-Pataky (PPE-DE). Certains élus ont attiré l'attention sur le cas particulier de l'agriculture, notamment la socialiste grecque Katerina Batzeli et Agnes Schierhuber (PPE-DE), qui conteste les affirmations qui font de l'agriculture un des responsables du changement climatique: elle a souvent joué un rôle de pionnier et a été aussi souvent victime des changements climatiques, affirme l'élue autrichienne.

Pour certains parlementaires, les propositions faites actuellement ne vont pas assez loin. Ainsi l'Irlandaise Avril Doyle (PPE-DE) estime que l'objectif devrait être d'« au moins » 30% d'ici 2020, et d'« au moins » 80% d'ici 2050. La Verte britannique Caroline Lucas aurait aussi souhaité davantage d'ambition, comme le Suédois Anders Wijkman (PPE-DE) qui cite à l'appui de sa thèse les résultats de rapports scientifiques affirmant que le changement climatique est encore plus rapide et plus grave que ce qu'on avait pensé. Quelques voix se sont élevées contre cette position: il aurait fallu tenir compte d'autres scénarios moins négatifs, selon l'Allemand Markus Pieper (PPE-DE), pour qui la commission ad hoc a adopté une attitude trop « politiquement correcte ». Le Polonais Adam Gierek (PSE) est d'accord avec cette analyse et estime que l'approche de la commission ad hoc a été trop unilatérale et trop concentrée sur la réduction du gaz à effet de serre. (A.B./M.B./L.G.)

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