login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9833
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La Commission et les élections européennes: deux aspects à clarifier

Les prochaines élections européennes sont essentiellement l'affaire des partis politiques, des groupes politiques du Parlement européen, des organismes représentatifs de l'opinion publique. Mais la Commission européenne a elle aussi un rôle et des responsabilités spécifiques. Je vais en évoquer deux aspects n'ayant aucun rapport avec les choix en faveur de l'une ou de l'autre tendance politique.

1. Présidence future de la Commission européenne. Les partis politiques européens devraient éviter, à mon avis, de désigner leur candidat à la présidence de la Commission. Le PPE n'aurait pas encore renoncé, paraît-il, à l'hypothèse d'insérer la confirmation de M. Barroso parmi les thèmes de sa campagne électorale. Je crois que ce serait une erreur, car une telle initiative obligerait en pratique les autres formations politiques à faire campagne contre lui, donc contre l'action actuelle de la Commission, sa gestion et son fonctionnement. Est-il nécessaire de souligner que les critiques à la Commission et à son Président sont parfaitement licites et normales ? C'est une évidence. Mais les exigences et les habitudes des campagnes électorales sont connues. Si un parti indique un nom, les autres partis s'efforcent de le démolir, pour convaincre les électeurs de choisir leurs listes de candidats au PE. C'est normal ; chaque parti fournit le maximum de raisons pour être choisi. Toute l'activité de la Commission serait critiquée, avec le résultat de jeter le discrédit sur l'activité européenne dans son ensemble, car les électeurs ne rentrent pas dans les détails et ce serait dans ce sens que les eurosceptiques présenteraient la situation.

Il ne faut pas oublier que les prochaines élections ont quelque chose de particulier. Pour la première fois, les eurosceptiques se présentent de façon organisée au niveau européen et ils ont explicitement annoncé qu'ils visent à obtenir la majorité au sein du PE. Tout effort visant à jeter le discrédit sur les institutions communautaires - sur la Commission en particulier qui est par essence l'institution supranationale- risque d'avantager les eurosceptiques, car on sait à quel point tout excès leur est bon: les mensonges étaient au centre des campagnes pour les « non » dans les trois référendums négatifs bien connus. C'est vrai que les ambitions des adversaires de la construction européenne devraient échouer car l'appui à l'Europe est à nouveau en expansion ; mais il faut se méfier de leur démagogie et de leur manque de scrupules.

Ces considérations ont un caractère général qui dépasse le cas spécifique de M. Barroso. Il est quand même significatif qu'il soit opposé à l'idée d'un président de la Commission qui représenterait dans ce rôle une tendance politique déterminée et qui se comporterait en conséquence. Il estime que l'un des succès de la Commission actuelle est d'avoir montré « qu'avec 27 personnalités de pays et familles politiques différents, il est possible d'arriver à un consensus dans l'intérêt général européen qui prime sur l'intérêt national ou particulier des commissaires » (voir son interview de la semaine dernière dans notre bulletin N° 9829).

2. Participation des commissaires à la campagne électorale. Les commissaires européens pourront évidemment s'exprimer comme tout citoyen, mais ils ont en même temps le devoir d'éviter les attitudes susceptibles d'être transformées en propagande anti-européenne. Chacun a ses convictions et le droit de les exprimer, mais sans oublier ses responsabilités. Le vice-président Jacques Barrot a indiqué, en réponse à un journaliste, que chaque commissaire sera libre de participer aux manifestations électorales de son parti et d'apporter son soutien aux candidats de celui-ci, mais sans jamais oublier que la Commission « est au service de l'Europe tout entière et qu'elle doit rester le lieu où l'on forge le consensus ». À son avis, les priorités pour les commissaires sont au nombre de deux: encourager les citoyens à voter et donner des messages positifs sur l'Europe. Il a indiqué que la Commission elle-même en discutera dans les jours à venir, en vue de dessiner un code de conduite que les commissaires respecteront au cours de la campagne électorale.

Comment mobiliser les citoyens ? La future Commission sera sensiblement différente de l'actuelle: le nombre des commissaires dont le mandat sera confirmé sera, paraît-il, assez limité. Des innovations significatives sont également annoncées dans les listes des candidats au Parlement: on prévoit que la moitié environ des parlementaires élus seront nouveaux. Ce qui importe est que, dans la campagne électorale, les rivalités entre les institutions et les querelles personnelles ne prennent pas une importance excessive ; ce n'est pas ça qui mobilisera les citoyens. Les grandes orientations politiques et les choix essentiels devraient être au centre de la campagne: pour l'intégration européenne, la solidarité, la démocratie, un modèle de société. Il peut sembler banal de le dire, mais au moment où la campagne va démarrer, les éléments de préoccupation sont nombreux. Cette rubrique indiquera demain quelques considérations à ce sujet. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES