Bruxelles, 23/01/2009 (Agence Europe) - Dans la foulée de son vote sur le rapport von Wogau (EUROPE n° 9824) relatif à la PESD, la commission des affaires étrangères du Parlement européen a adopté, par 37 voix pour, 11 contre et 17 abstentions, le rapport du Finlandais Ari Vatanen élu en France sur une liste UMP. Ce rapport, qui traite du rôle de l'OTAN dans l'architecture de sécurité de l'Union européenne, a été très fortement remanié à l'issue d'un vote sur plus de 260 amendements. Le texte initial, très atlantiste - le rapporteur appelait l'ensemble des États membres de l'UE à intégrer l'Alliance atlantique - a été revu de manière à faire ressortir à la fois les spécificités de l'UE et la nécessaire mise en cohérence de la défense européenne dans le cadre plus vaste de l'Alliance atlantique.
Tel qu'il se présente aujourd'hui, le rapport Vatanen plaide en faveur d'un « partenariat euro-atlantique solide et vivace » au lieu d'appeler à « l'intégration euro-atlantique ». Il reconnaît le rôle fondamental de l'OTAN, dans le passé comme aujourd'hui, dans l'architecture de sécurité de l'Europe et note que pour une majorité d'États membres de l'UE qui sont aussi membres de l'OTAN, l'Alliance demeure le fondement de leur sécurité collective, et que la sécurité de l'ensemble de l'Europe, indépendamment des positions individuelles adoptées par les pays qui la composent, continue de bénéficier du maintien de l'Alliance atlantique. En conséquence, le rapport estime que la future défense collective de l'UE devrait autant que possible être organisée en coopération avec l'OTAN. Le rapport estime aussi que les États-Unis et l'UE doivent intensifier leur relation bilatérale et l'étendre aux questions relatives à la paix et la sécurité (le texte d'origine affirmait que l'Alliance est le seul cadre logique dans lequel peut s'organiser la défense collective future de l'UE).
Le rapport soutient l'établissement d'un quartier général d'opération de l'UE permanent, sous l'autorité du vice-président de la Commission/Haut représentant, avec pour mandat la planification et la conduite des opérations militaires de la PESD (amendement de la socialiste portugaise Ana Gomes et du démocrate-chrétien allemand Elmar Brok). Il salue le fait que, au sommet de l'OTAN à Bucarest, les alliés ont reconnu la contribution apportée par une Europe plus forte et plus capable et que l'Alliance demeure ouverte à de futurs élargissements. Il estime cependant que ceux-ci doivent respecter des critères et ne peuvent se faire contre la volonté des populations concernées.
La commission des affaires étrangères est d'avis que « l'UE doit développer ses propres capacités en matière de sécurité et de défense, ce qui permettra une meilleure répartition des charges avec ses alliés non-européens, mais aussi une réaction adaptée aux défis et menaces pour la sécurité des seuls États membres de l'UE » (amendement du socialiste roumain Adrian Severin). Elle invite l'UE à développer les instruments de sa sécurité stratégique, qui vont de la prévention diplomatique des crises et de l'aide à l'économie et au développement au renforcement des capacités civiles en matière de stabilisation et de reconstruction et jusqu'aux moyens militaires ; elle estime également qu'elle doit faire un usage stratégique des instruments du « pouvoir de persuasion » (soft power) dans ses relations de voisinage (autre amendement Severin). Elle souligne que « l'UE est un partenaire incontournable de l'OTAN pour ce qui est des stratégies permettant à l'OTAN de s'extraire de zones de conflit complexes en vertu de la combinaison spécifique des instruments disponibles: opérations civiles, sanctions, aide humanitaire, politiques commerciale et de développement, dialogue politique ; elle engage de ce fait, en prévision de la ratification du Traité de Lisbonne, les États membres de l'UE qui sont également membres de l'OTAN à redoubler d'efforts pour mettre en place un cadre de coopération intégrée entre l'OTAN et l'UE » (amendement de la démocrate-chrétienne néerlandaise Maria Martens). Elle propose que chaque État membre de l'UE également membre de l'OTAN délimite, en accord avec l'OTAN, les forces déployables uniquement pour les opérations de l'UE, afin d'empêcher que ce déploiement ne soit bloqué par des pays membres de l'OTAN non membres de l'UE ; elle est d'avis qu'il convient d'éviter le double emploi dans l'utilisation de ces forces (amendement de l'élue PPE-DE tchèque Jana Hybaskova). (O.J.)