Bruxelles, 11/11/2008 (Agence Europe) - Les ministres du Développement de l'UE, réunis mardi
11 novembre à Bruxelles, ont estimé que la multiplicité des crises - alimentaire, climatique, énergétique et financière - ne devrait nullement constituer un frein à une position ambitieuse de l'UE pour la conférence de Doha sur le financement du développement (Qatar, 29 novembre - 2 décembre). Que du contraire. Ils considèrent que le consensus de Monterrey (de 2002) conserve toute sa validité et que son intégrité doit plus que jamais être préservée, en ce que les engagements souscrits pour une aide plus conséquente, plus cohérente et plus efficace, offrent « un cadre global et équilibré pour un partenariat mondial fondé sur des responsabilités partagées et différenciées de tous les intervenants », traduisant les enjeux et les objectifs fondamentaux de l'aide publique au développement (APD).
« L'Union est déterminée à continuer à soutenir la mise en œuvre du consensus de Monterrey. Elle défendra à Doha une approche constructive et pragmatique, et elle invite toutes les parties à faire de même », affirment les conclusions du Conseil.
Les ministres du Développement ont, à cette fin, confirmé l'engagement de l'UE de porter collectivement le niveau de son APD à 0,56% du RNB en 2010 et à 0,7% en 2015. Cette confirmation était d'autant plus aisée que les chefs d'État et de gouvernement des 27, dans leur déclaration du 7 novembre, avaient souligné que « la conférence sur le financement du développement de Doha sera l'occasion pour l'Union, consciente de l'impact majeur des crises alimentaire, climatique et financière sur les pays les plus vulnérables, de réitérer ses engagements en matière d'aide publique au développement ».
Plus difficile fut pour les ministres de s'engager d'ici à 2010 à établir des calendriers pluriannuels pour montrer concrètement comment les États membres entendent, chacun, organiser la montée en puissance de leur APD pour atteindre leurs objectifs individuels.
Alain Joyandet, président en exercice du Conseil, l'a reconnu devant la presse en faisant état d'un « consensus » à ce sujet. « Une bonne partie du débat a porté sur l'engagement à prendre pour mettre en place ces calendriers pluriannuels précis. Le texte fait référence à l'année 2010, sans être contraignant. 2015 est confirmé, et c'est là l'important. Certains États membres n'ont pas voulu annualiser leurs efforts, mais si les années à venir seront difficiles, il y aura aussi des années meilleures ». Le consensus trouvé tient en cette formulation: « le Conseil encourage les États membres concernés à travailler sur des calendriers d'ici à la fin 2010, afin d'augmenter les niveaux d'aide » dans le cadre de leurs procédures budgétaires.
Interrogé sur l'impact de la crise financière sur les pays en développement, Alain Joyandet a répondu: « La crise financière ne peut pas ne pas avoir d'impact sur les pays en développement - les pays riches ont moins de facilités et on peut craindre les retombées négatives de la chute de la croissance mondiale - mais nous avons clairement réaffirmé notre souhait que les discussions vers un Bretton Woods II intègre la situation des pays en développement ». Louis Michel ajoute: « Je sens que la crise financière présente un risque d'appétence moindre pour mettre de l'argent dans le développement, mais comme Jean-Louis Schiltz l'a dit fort justement, ce n'est pas parce que nous sommes un peu en difficulté que nous devons réduire l'argent de ceux qui sont en situation beaucoup plus difficile ». Le risque, selon le commissaire « ne vient pas des anciens donateurs ». Une manière détournée de parler des difficultés des nouveaux États membres à « vendre » l'aide au développement dans leur propre pays, surtout par temps de crise. Les conclusions du Conseil insistent sur l'importance de mobiliser des sources innovantes de financement, rappellent la volonté de l'UE de faire des APE (accords de partenariat économique) des outils de développement, et réaffirment l'engagement de l'UE à accroître le volume et la qualité de son aide au commerce (2 milliards d'euros par an d'ici à 2010. Tous les donateurs, y compris du secteur privé, sont invités à faire de même. (A.N.)