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Bulletin Quotidien Europe N° 9776
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) pe/agriculture

Rencontre interparlementaire sur l'avenir de l'agriculture européenne

Bruxelles, 05/11/2008 (Agence Europe) - Les commissions parlementaires chargées des questions agricoles des parlements nationaux des 27 États membres de l'Union et du Parlement européen ont débattu, mardi 4 novembre à Bruxelles, du « bilan de santé » de la politique agricole commune (PAC) et des perspectives au-delà de 2013 ainsi que du rôle de l'agriculture européenne dans la sécurité alimentaire mondiale. La crise provoquée par la brusque hausse des prix alimentaires mondiaux et le débat sur la lutte contre les changements climatiques ont replacé la politique agricole au centre de l'actualité. Cette rencontre a été coprésidée par Neil Parish, président de la commission agriculture du Parlement européen, et MM. Jean-Paul Emorine et Patrick Ollier, présidents des commissions des affaires économiques du Sénat français et de l'Assemblée nationale française.

« Notre objectif doit être une agriculture productive, performante, tournée vers l'avenir et qui préserve les territoires ruraux », a estimé le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, en ouverture de la rencontre. En 2013, l'UE sera dotée d'un nouveau cadre budgétaire et si le Traité de Lisbonne est en vigueur, « le PE aura acquis de l'expérience en matière de codécision dans le domaine agricole. Soyez certains que nous utiliserons notre faculté d'intervenir, aux côtés des parlements nationaux » qui verront aussi leurs pouvoirs renforcés, a-t-il souligné.

Le président de la commission de l'agriculture du PE, Neil Parish, a regretté que la proposition de la Commission européenne sur le « bilan de santé » n'évoque pas comment la PAC devrait résoudre la question de la crise alimentaire mondiale et de la demande croissante en énergie et comment devrait être la PAC après 2013. « Il faut longtemps pour qu'un super tanker change de direction », a répondu la commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, qui veut d'abord peaufiner la réforme de 2003. Pour l'après 2013, il faudra « laisser davantage la place au jeu du marché » en maintenant des filets de sécurité seulement en cas de vraie crise, et justifier encore davantage les dépenses agricoles auprès des citoyens en développant la politique de développement rural et en tenant davantage compte de l'environnement, a-t-elle estimé.

L'agriculture, secteur d'avenir. Aux yeux du rapporteur du PE sur le bilan de santé de la PAC, Luis Manuel Capoulas Santos (PSE, portugais), « l'agriculture est un bon secteur d'investissement pour l'avenir si l'Europe veut continuer à produire des aliments de qualité à des prix acceptables ». Mais pour que les citoyens continuent à défendre la PAC, « il faudra davantage d'objectivité et de transparence dans les critères de soutien », en misant notamment sur des facteurs comme l'emploi et l'environnement. « L'agriculture n'est pas un secteur du passé, c'est un secteur moderne et plein d'avenir, aussi important que l'industrie et les services », a poursuivi Hervé Gaymard, rapporteur de l'Assemblée nationale française et ancien ministre de l'Agriculture. « Les signaux du marché ne doivent pas être la doctrine absolue », a-t-il souligné, estimant qu'un consensus pourrait être trouvé autour d'une PAC capable de nourrir le continent, accordant plus de place à la conditionnalité (versement des aides à condition de respecter certains critères, notamment environnementaux) et qui puisse couvrir les risques climatiques et sanitaires.

Ne pas revenir à la PAC d'avant 1992.

La plupart des intervenants se sont prononcés, avec certaines nuances, pour une régulation des marchés et le maintien d'une politique agricole forte sans toutefois revenir aux systèmes de gestion de la PAC d'avant 92. De nombreux orateurs se sont montrés préoccupés par l'avenir du secteur laitier (disparition des quotas en 2014), en particulier dans les régions où les producteurs souffrent d'un manque de compétitivité du fait de conditions de production plus difficiles (montagnes). Jean Bizet, sénateur français, a estimé qu'il existait un « consensus » sur la nécessité d'une « politique agricole commune suffisamment ambitieuse », répondant aux attentes de la société, insérée dans l'ordre alimentaire mondial et plus réactive au changement climatique. Plus nuancé dans ses conclusions, Lutz Goepel (PPE-DE, allemand) a souligné la difficulté de résumer la variété des positions présentées et regretté le manque de débat sur le financement de la PAC après 2013.

Développer l'agriculture, une priorité mondiale. « Hier, nous avons tourné la page » de la PAC du passé et notamment des subventions à l'exportation, « aujourd'hui, nous devons préparer une PAC réformée », a dit Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale française. Si les marchés doivent être la pierre angulaire, ils doivent également être soumis aux règles de la régulation et « il ne faut pas moins de PAC, mais plus de PAC au niveau mondial », a-t-il ajouté. « Nous devons tirer les leçons de la crise financière et agir avec l'ensemble du monde pour relever le défi alimentaire », a affirmé Michel Barnier, ministre français de l'Agriculture. Il s'est prononcé pour: - la création d'un partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture impliquant des responsables de la FAO, de la Banque mondiale, du FMI et de l'OMC ; - la mise en place d'un groupe technique (à l'image du GIEC établi pour la question du changement climatique, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ; - et une « mobilisation financière internationale à la hauteur des enjeux pour développer l'agriculture dans les pays en développement ».

923 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, un nombre qui risque d'augmenter encore de 100 millions en un an « si nous ne faisons rien », a souligné Jacques Diouf, directeur général de la FAO. Après la flambée des prix en 2007, les pays développés ont augmenté leur production de céréales de 11%, tandis que celle des pays en développement n'a pu augmenter que de 0,9% faute d'obtenir les fonds nécessaires pour financer des engrais et des semences, a-t-il relevé. « Nous avons besoin » de 30 milliards de dollars par an pour investir dans l'agriculture des PVD, les subventions des pays de l'OCDE représentent 372 milliards, on a pu mobiliser 4 000 milliards pour faire face à la crise financière: « Dans quel monde vivons-nous ? », s'est interrogé M. Diouf. Christopher Delgado, de la Banque mondiale, a souligné qu'aucun pays au monde ne s'est développé sans avoir d'abord développé son agriculture. Il a plaidé pour la constitution de stocks suffisants (sans revenir aux surplus des décennies précédentes) pour réduire la volatilité des prix.

Plusieurs orateurs ont défendu la négociation d'une « exception agricole » à l'OMC, tandis que d'autres ont souligné l'importance de soutenir la recherche dans les nouvelles technologies pour augmenter la productivité. Les biocarburants d'origine agricole, en particulier ceux de deuxième génération, ne doivent pas être les boucs émissaires de la crise, même si la priorité absolue doit être donnée aux productions alimentaires, ont souligné les participants.

Rôle prééminent pour l'Europe. L'agriculture sera au cœur des enjeux alimentaires de demain, car il nous faudra nourrir pas moins de 9 milliards d'hommes au cours de ce siècle avec une surface constante, a relevé en conclusion Jean-Paul Emorine. Pour relever ce défi, l'Europe aura « un rôle prééminent » qu'il s'agisse de production, de régulation et de coopération avec les pays en développement », a-t-il estimé. L'avenir de la PAC, c'est « la qualité et la sécurité alimentaire, la sécurité de la production, la protection de la diversité des paysages et une meilleure utilisation des ressources en eau », a ajouté Neil Parish. Mais il ne veut pas d'une réglementation trop stricte qui détruirait les marchés: « Il faut une politique agricole plus juste à l'égard des PVD pour ne pas qu'elle déstabilise leurs marchés », a-t-il affirmé. (L.C.)

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