Les intentions de la présidence. En se réunissant jeudi et vendredi à Nice, les ministres de l'Économie et des Finances de l'UE ont l'intention de passer en revue tous les sujets d'actualité, plus quelques autres. La présidente française du Conseil Écofin, Mme Lagarde, a indiqué comme sujets de discussion: les perspectives économiques européennes et mondiales ; la situation des marchés financiers ; l'amélioration des mécanismes de supervision sur l'activité des acteurs financiers ; l'évolution du prix du pétrole et la durabilité de sa baisse ; le champ d'application des taux réduits de la TVA. Elle a ajouté son intention de faire le point avec ses collègues sur la rémunération des dirigeants d'entreprises, en vue d'identifier les meilleures pratiques nationales contre les abus bien connus. Mme Lagarde a indiqué quelques orientations qu'elle préconise au niveau européen: l'accélération des initiatives pour la gouvernance renforcée des marchés financiers ; le projet d'enregistrement européen des agences de notation ; la publication hebdomadaire des stocks pétroliers en tant que contribution à la lutte contre les opérations spéculatives. D'autres sujets d'actualité concernent le projet allemand visant à surveiller les prises de contrôle d'entreprises nationales par les Fonds souverains des pays tiers, et la relance du débat sur la concurrence fiscale entre États membres. Mais, sur ces deux sujets brûlants, la parole est pour le moment à la Commission européenne et au Parlement européen.
Pour un nouveau mandat à M. Juncker. Le Groupe de l'euro devrait de son côté évoquer, en plus de l'évolution du taux de change euro/dollar et de la coopération avec la Banque centrale européenne (M. Trichet sera présent) le renouvellement de sa présidence, en prévision de l'expiration du mandat de M. Juncker. Il y a quelque temps, ce dernier avait indiqué qu'il ne demanderait pas une prolongation ; mais la semaine dernière (voir notre bulletin précédent), il a précisé: «J'ai dit que je n'étais pas demandeur. Si toutefois la proposition m'était faite, je ne dirais pas non.» Ceci impliquerait que le Conseil Écofin amende le protocole de septembre 2004 qui prévoit un mandat de deux ans renouvelable une fois ; s'il le fait, le Groupe de l'euro pourra se prononcer.
Est-il besoin de souligner à quel point il serait opportun de prolonger le mandat de Jean-Claude Juncker ? Il appartient à un petit pays qui ne peut pas être soupçonné de défendre des orientations économiques nationales ; en tant que premier ministre, il participe aux Sommets (il en est le doyen, et de beaucoup) ; son équilibre accompagné de la fermeté nécessaire a été vivement apprécié par tous les pays de l'euro. Ne pas prendre en considération sa disponibilité, ce serait absurde, même si deux candidats (M. Reynders et M. Solbes) seraient prêts à prendre la relève.
Critiquer l'euro, une maladie inguérissable. Ces derniers temps, le dollar s'est sensiblement réévalué par rapport à l'euro ; l'équilibre mondial s'est donc amélioré, et les exportations européennes en sont facilitées. Qui a oublié les anathèmes lancés jusqu'à hier contre la force excessive de l'euro, qui ruinait la compétitivité de l'industrie européenne ? L'évolution récente aurait donc dû entraîner un soulagement général, un chœur de déclarations satisfaites. Pas du tout. Les adversaires de l'euro ont réitéré leurs lamentations, en inversant le sens: la monnaie européenne s'affaiblit, quel échec pour l'UE ! On a l'impression que certains acteurs s'efforcent tout simplement de rendre responsable la monnaie de leurs insuffisances et de leurs erreurs, et les ennemis de l'intégration européenne n'ont qu'un seul souci: médire de l'Europe quoi qu'elle fasse. Trouvera-t-on un jour la voie juridique pour inviter les insatisfaits permanents à sortir de l'euro ? Ce serait un soulagement.
M. Juncker avait déjà indiqué, en marge du Sommet extraordinaire du 1er septembre, ses orientations pour faire face au ralentissement conjoncturel (voir notre bulletin n° 9731 du 3 septembre), et il les a précisées ensuite dans l'interview citée dans notre bulletin précédent. Il n'y a pas de miracles ni d'initiatives extraordinaires à prendre, mais: a) éviter au niveau européen tout plan généralisé de relance des dépenses budgétaires, qui obligerait ensuite à corriger les déséquilibres qui en résulteraient ; b) tenir compte des situations différentes des États membres. Seuls les pays vertueux qui ont dégagé des excédents budgétaires peuvent faire jouer les stabilisateurs automatiques (par exemple, l'Espagne) ; c) la BEI (Banque européenne d'investissement) pourrait développer un vaste programme de soutien aux petites et moyennes entreprises, qui sont plus résistantes en matière de licenciements et souvent plus innovantes. M. Juncker n'avait pas oublié ses thèmes de toujours: dialogue renforcé avec la Banque centrale européenne (BCE) et rencontres plus régulières du Groupe de l'euro avec les partenaires sociaux.
(F.R.)