Bruxelles, 22/07/2008 (Agence Europe) - L'arrestation surprise de Radovan Karadzic, dimanche 20 juillet à Belgrade, témoigne de l'engagement du nouveau gouvernement serbe de contribuer à la paix et à la stabilité dans les Balkans et « constitue une étape importante dans la voie du rapprochement de la Serbie avec l'Union européenne », ont affirmé mardi 22 juillet les ministres des Affaires étrangères de l'UE, dans des conclusions adoptées par le Conseil Relations extérieures. Ce n'est pas un hasard si l'arrestation de Karadzic, inculpé pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, est intervenue aussi rapidement après la formation du nouveau gouvernement pro-européen en Serbie, a estimé devant la presse le président en exercice du Conseil, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Le coup de filet de dimanche « met la Serbie dans une position d'attente plus positive vis-à-vis de l'Union européenne », a-t-il estimé.
Lors du débat au Conseil, plusieurs États membres ainsi que la Commission européenne ont estimé que l'UE devrait faire un geste immédiat pour accélérer le processus d'intégration de la Serbie, et ainsi récompenser le nouveau gouvernement serbe pour ce succès. Concrètement, ils proposent que l'UE mette en œuvre, avec effet immédiat, l'accord intérimaire qui avait été signé le 29 avril dernier, en même temps que l'accord de stabilisation et d'association (ASA). Cet accord intérimaire qui - normalement - anticipe dès sa signature l'application de la partie commerciale de l'ASA (en attendant la ratification de ce dernier) est momentanément suspendu. Les Pays-Bas et la Belgique avaient obtenu cette suspension, estimant que Belgrade ne coopérait pas encore entièrement avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), notamment en ce qui concerne l'arrestation de Ratko Mladic. La décision du Conseil du 29 avril dernier prévoit que la mise en œuvre de l'accord intérimaire et le lancement de la procédure de ratification de l'ASA nécessiteront une nouvelle décision unanime du Conseil, une fois que celui-ci aura constaté la « pleine coopération » des autorités serbes avec le TPIY. Mardi, le commissaire Olli Rehn a estimé que le moment était désormais venu de « dégeler » l'accord intérimaire. Ce geste permettrait à la Serbie de progresser plus rapidement sur la voie de l'intégration européenne, a-t-il dit à l'issue d'un entretien avec le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic. Le ministre slovène des Affaires étrangères, Dimitrij Rupel, a aussi estimé que la Serbie méritait une récompense, sous la forme de l'application immédiate de l'accord intérimaire. L'Italie, la Bulgarie et la Grèce se sont exprimées dans le même sens.
Les Pays-Bas, en revanche, restent prudents. Le ministre des Affaires européennes, Frans Timmermans, s'est opposé mardi à ce que les conclusions du Conseil fassent déjà référence à la possibilité d'un éventuel « dégel » de l'accord intérimaire. Le Conseil a néanmoins décidé de transmettre le dossier au COREPER qui devra examiner cette possibilité dans les jours à venir. « Nous examinerons de très près les propositions de la Présidence française », expliquent des diplomates néerlandais, qui soulignent que la position des Pays-Bas sur l'indispensable « pleine coopération » de la Serbie avec le TPIY n'a pas changé, en particulier concernant l'arrestation de Ratko Mladic. (H.B.)