Bruxelles, 17/07/2008 (Agence Europe) - Juste avant une réunion ministérielle cruciale pour l'avenir des négociations commerciales à l'OMC (voir autre nouvelle), la Commission européenne a annoncé, mercredi 16 juillet, qu'elle soutenait une proposition visant à réduire les droits de douane imposés par l'UE sur les importations de bananes. Un geste en direction des pays d'Amérique latine, producteurs de la banane « dollar », qui contestent depuis de longues années devant l'OMC le système européen d'importation (EUROPE n° 9664). Mais cette proposition doit être adoptée par les États membres de l'UE qui ne sont pas tous favorables à une érosion des barrières tarifaires sur les bananes, car elles permettent aux bananes produites dans les pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) et dans les régions ultrapériphériques de l'UE de conserver des parts de marché en Europe.
La Commission européenne, qui négocie au nom de l'UE, a indiqué accepter comme base de négociation une proposition de compromis du directeur général de l'OMC, Pascal Lamy. Elle prévoit une baisse d'ici 2015 des droits de douane sur la banane à 116 euros la tonne, contre 176 euros aujourd'hui pour les pays non ACP. Ces droits de douane seraient abaissés à 150 euros la tonne la première année, à 141 euros la deuxième puis réduits de 5 euros par an jusqu'en 2015.
La Commission européenne précise désormais être prête à accepter un accord sur la banane afin de faire des progrès dans les négociations de Doha sur l'agriculture, estimant que résoudre ce problème est « nécessaire » pour le succès d'un accord global. C'est la clé du dossier des produits tropicaux dans les négociations agricoles du cycle de Doha, estime-t-elle.
« Résoudre ce problème lancinant doit faire partie d'un accord final dans le cadre du cycle de Doha », a souligné le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson. « Cela signifie équilibrer les besoins de deux ensembles différents de pays en développement, tout en prenant en compte les intérêts des producteurs européens de bananes », a-t-il ajouté. Ce geste européen est bienvenu en Équateur et aux Etats-Unis, mais risque d'inquiéter les pays ACP. S'ils estiment que l'UE sacrifie la banane pour Doha, ils pourraient menacer de bloquer les négociations à l'OMC.
Mardi 15 juillet, en marge du Conseil Agriculture, Mariann Fischer Boel, la commissaire à l'Agriculture, a confirmé que l'UE et les pays tiers concernés tentent, grâce aux bons offices de M. Lamy, de rechercher une solution « une bonne fois pour toutes » sur ce dossier « qui déchaîne les passions ». « Nous faisons de notre mieux » pour concilier les intérêts des pays d'Amérique latine d'un côté et des pays ACP de l'autre, a assuré la commissaire. « En l'espace de dix ans, nous avons connu onze procédures d'arbitrage à l'OMC concernant les bananes et à chaque fois nous avons perdu. Il faut trouver une solution définitive qui mettra un terme à ces procédure de litige », a expliqué Mme Fischer Boel. Michel Barnier, le ministre français de l'Agriculture, a estimé que le souci de mettre fin à ce litige est « assez légitime », mais plusieurs pays producteurs de l'UE ont demandé de ne pas détricoter les protections tarifaires « au point qu'aucune production ne sera plus possible » dans les régions ultrapériphériques de l'UE et dans « beaucoup » de pays ACP.
Pour rappel, depuis le 1er janvier 2006, l'UE distingue deux catégories de fournisseurs: les pays ACP, qui disposent d'un quota de 775 000 tonnes sans droits de douane et les autres qui acquittent une taxe de 176 euros la tonne. (L.C.)