Bruxelles, 10/06/2008 (Agence Europe) - Lors d'une audition sur le « bilan de santé » de la politique agricole commune (PAC), organisée, lundi 9 juin, par la commission de l'agriculture du Parlement européen, certains intervenants ont jugé insuffisantes les mesures proposées par la Commission européenne pour répondre aux nouveaux défis (réchauffement climatique, problèmes de ressources en eau, perte de la biodiversité) et au problème de l'instabilité des marchés. La majorité des experts et des parlementaires ayant participé à cette audition ont critiqué la solution proposée par la Commission, à savoir augmenter progressivement les prélèvements sur les aides directes aux agriculteurs pour affecter les fonds récoltés aux programmes de développement rural.
« La hausse des prix alimentaires suscite des préoccupations au sein de la société et augmente notre responsabilité politique », a souligné le rapporteur du Parlement européen sur le bilan de santé de la PAC, Luis Manuel Capoulas Santos (PSE, portugais) qui présentera son projet de rapport début juillet. Pour Allan Buckwell (Country Land & Business Association, Royaume-Uni), « le véritable nouveau défi est de maintenir la contribution de l'Europe à la sécurité alimentaire mondiale en produisant avec un moindre impact pour l'environnement ». Ioannis Tsiforos, représentant la Confédération des coopératives agricoles panhelléniques, a jugé que la complexité des problèmes posés nécessite une grande panoplie de politiques pour maintenir une agriculture européenne durable, en commençant par des études d'impact climatique pour les différentes régions agricoles de l'UE.
S'agissant du modèle des aides, Jesús González Regidor, de l'Université de Madrid, a proposé un nouveau « modèle territorial à la surface » avec des droits à paiements variant en fonction de la zone rurale où est située l'exploitation agricole, une solution qui permettrait, selon lui, d'améliorer la cohésion territoriale de l'UE et la légitimation sociale de la PAC. Pour Bernhard Osterburg (Institut d'études rurales van Thünen de Braunschweig), le système proposé par la Commission (supprimer progressivement les références historiques pour aller vers un nouveau modèle plus uniforme à l'hectare) ne permettra pas d'uniformiser l'application de la PAC dans l'Union, compte tenu de la diversité des situations dans les États membres. Il a jugé qu'un statu quo serait préférable jusqu'en 2013, année où expirera le système simplifié d'aides à l'hectare mis en place dans la plupart des États membres ayant rejoint l'UE depuis 2004. Joseph Daul (PPE-DE, français) a estimé que la régionalisation totale des aides pourrait comporter de grands risques: « Si on donne l'argent aux autorités régionales, on risque de privilégier les enjeux électoraux et de financer la protection des hamsters au lieu de l'outil agricole. On ne peut pas jouer la PAC sur une élection régionale tous les cinq ans », a-t-il souligné.
Lutz Goepel (CDU) a vanté les mérites des modèles appliqués dans certaines régions allemandes et qui « encouragent les terres vertes avec des primes à l'hectare quelle que soit la production ». Favorable au remplacement des références historiques par un système de soutien à la surface avec des primes différentes en fonction des régions, Gert Karkov, de l'Union des agriculteurs danois, a souligné la nécessité de poursuivre le mouvement de découplage des aides de la production. « Les aides couplées ne devraient être que des solutions à court terme pour résoudre un problème sociétal dans certaines zones », a-t-il affirmé. Il a été soutenu par Kyösti Virrankoski (ADLE, finlandais), qui a estimé que les producteurs devaient être récompensés pour les services rendus à la société, sous peine de voir l'agriculture européenne s'affaiblir. En revanche, Friedrich Wilhelm Graefe zu Baringdorf (Verts/ALE, allemand) a demandé la mise en place d'une prime couplée ayant pour but de préserver l'environnement dans des secteurs tels que la production ovine et caprine, le coton et le tabac.
La croissance de la demande alimentaire mondiale, la hausse des prix des denrées et l'instabilité actuelle sur les marchés agricoles relancent le débat sur les outils d'intervention. La Commission propose notamment de supprimer l'intervention pour le blé dur, le riz et le porc. Pour Daniel Perrin, de l'Association pour le développement des échanges internationaux de produits agro-alimentaires, il faut maintenir les mécanismes actuels d'intervention pour le beurre et la poudre de lait, qui ont eu un effet stabilisateur sur les marchés sans encourager les excédents structurels. Dans le secteur des céréales, il s'est dit favorable à une évolution des outils actuels vers un système de filet de sécurité, tout en s'opposant au système d'adjudication proposé par la Commission qui, selon lui, entraînera les prix vers le bas. « C'est aussi une question de sécurité alimentaire, les stocks communautaires ont été très utiles ces derniers temps et peuvent être intéressants sur un plan géostratégique », a répondu M. Perrin au président de la commission de l'agriculture, Neil Parish (PPE-DE, britannique), qui l'interrogeait sur l'utilité de maintenir des instruments d'intervention en période de hausse des cours. « La vision de la Commission ne correspond plus à la réalité de la situation agricole du fait de la crise alimentaire. Il n'y a pas besoin d'être expert pour savoir qu'il faut produire plus pour nourrir plus de monde », a souligné Janusz Wojciechowski (UEN, polonais). Andrzej Czyzewski (Université de Poznan) a insisté sur la nécessité de mettre en place des assurances mutuelles ne se limitant pas aux seules récoltes, sur le modèle de ce qui est déjà pratiqué aux États-Unis, au Canada et en Australie. (L.C.)