Bruxelles, 10/06/2008 (Agence Europe) - Le sommet UE/États-Unis s'est achevé mardi 10 juin à Brdo, en Slovénie, par l'adoption d'une déclaration conjointe dans laquelle Européens et Américains réitèrent leur volonté de renforcer davantage leur « partenariat stratégique » basé sur des « valeurs communes » pour faire face, ensemble, aux principaux défis de la mondialisation. « Nous voulons un monde fondé sur le droit international, la démocratie, l'état de droit et les droits de l'Homme », soutenu par une économie de marché et une croissance durable, stipule la déclaration signée par le président américain, George W. Bush (pour qui c'était le 8ème et dernier sommet), le président en exercice du Conseil européen, Janez Jansa (Premier ministre slovène), le Haut Représentant de l'UE, Javier Solana, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Même si, dans le passé, les relations transatlantiques ont connu des « temps difficiles » - référence faite notamment à la guerre en Irak - les deux parties restent persuadées que l'« unité transatlantique » est indispensable pour résoudre les grands problèmes de la planète. « Nous sommes plus forts quand nous agissons ensemble, en particulier face aux défis globaux », soulignent les dirigeants dans leur déclaration commune.
« Il est vraiment important pour les États-Unis d'avoir une relation étroite avec l'UE. Il est dans notre intérêt d'avoir un partenariat fort avec l'Europe (…) J'espère que mon successeur comprendra ça », a dit M. Bush lors de la conférence de presse finale. M. Jansa a remercié les États-Unis pour le rôle déterminant qu'ils ont joué dans le développement de l'Europe après la guerre et, en particulier, lors de la chute du Mur de Berlin qui a permis aux pays d'Europe centrale et orientale - dont la Slovénie - de trouver leur place dans l'UE. « Aujourd'hui, Américains et Européens ont parfois des positions divergentes, par exemple sur la peine de mort ou le changement climatique, mais notre partenariat nous permet d'en discuter et de chercher des solutions aux problèmes », a dit le président en exercice du Conseil européen.
Comme prévu (EUROPE n°9677), le sommet n'a pas vraiment permis de progresser sur les dossiers conflictuels du moment, tels que le changement climatique ou l'extension du visa waiver programme (VWP) à tous les pays membres de l'UE. Sur le changement climatique, « nous, au sein de l'Union européenne, estimons que des restrictions obligatoires (sur les émissions de CO2) sont importantes » pour parvenir à un accord mondial sur le sujet, a dit M. Jansa aux journalistes. Les États-Unis s'opposent à des objectifs quantitatifs si des pays émergents, tels que l'Inde et la Chine, y échappent. M. Bush a malgré tout jugé possible qu'un accord international sur la réduction des émissions de CO2 soit possible avant la fin de son mandat en janvier 2009. « Je pense que nous pourrions avoir un accord global sur le changement climatique encore sous ma présidence », a-t-il dit devant la presse. Dans leur déclaration conjointe, les deux parties expriment l'espoir de parvenir à un accord sous les auspices de l'ONU avant la fin de 2009 (conférence de Copenhague).
La déclaration commune adoptée lors du sommet de Brdo comprend trois grands chapitres:
1) Partenariat transatlantique. Sur le plan économique et commercial, la création, en 2007, du « Conseil économique transatlantique » (TEC) a permis de faire progresser considérablement les travaux en vue de supprimer les obstacles non-tarifaires aux échanges et aux investissements entre les États-Unis et l'UE qui entretiennent la plus importante relation économique bilatérale dans le monde, se félicitent les dirigeants dans leur déclaration. Les deux parties s'engagent à lutter contre toute forme de protectionnisme et à promouvoir un environnement « ouvert » et propice aux investissements réciproques. À cette fin, le dialogue bilatéral sur les investissements (EU/US Invest Dial) sera davantage renforcé. En ce qui concerne le visa waiver programme (VWP) américain, la déclaration conjointe se limite à souligner que « tous les citoyens de l'UE et des États-Unis devraient bénéficier d'un régime de voyage sans visas entre nos deux continents ». Des « efforts significatifs » ont été entrepris à cette fin, en vue d'une extension du VWP à tous les pays membres de l'UE. Les États-Unis restent engagés en faveur de cette extension « le plus rapidement possible ». Certains nouveaux pays membres pourraient déjà rejoindre le VWP avant la fin de cette année, stipule la déclaration.
2) Défis globaux. Sous ce chapitre, la déclaration fait notamment le point sur le cycle de Doha (OMC), le changement climatique, la sécurité énergétique, les objectifs du Millénaire pour le développement, l'Afrique, l'éducation et la lutte contre le HIV/Aids et d'autres maladies. En ce qui concerne le cycle de Doha, Européens et Américains réaffirment leur volonté de parvenir à un « accord rapide, ambitieux et équilibré » qui doit permettre de créer de nouveaux accès aux marchés, de promouvoir le développement et de réduire la pauvreté. Tous les pays membres de l'OMC sont appelés à faire des contributions significatives pour faire avancer les négociations à Genève de manière à ce qu'une percée sur les modalités soit possible « dans les prochaines semaines » et qu'un accord global soit conclu « urgemment ». À propos du changement climatique, les deux parties se disent « conscientes de la nécessité pour tous les pays, y compris les principales économies, d'assumer la responsabilité de répondre aux défis interconnectés du changement climatique, de la sécurité énergétique et de l'efficacité ». Les deux parties déclarent aussi qu'elles poursuivront la recherche d'un accord mondial sur la lutte contre le changement climatique à travers les grandes économies et la réunion du G8. Européens et Américains s'engagent aussi à travailler en faveur d'un accord, dans le cadre de l'ONU, d'ici la fin de 2009 (conférence de Copenhague).
3) Sécurité globale, paix, droits de l'Homme et démocratie. Sous cette rubrique, les deux côtés font le point sur les principales questions d'actualité internationale, notamment: - Balkans occidentaux. L' « engagement » donné par l'UE d'accueillir tous les pays des Balkans comme nouveaux membres « dès qu'ils auront rempli les conditions requises » est salué, tout comme les décisions récentes de l'OTAN d'offrir l'adhésion à des pays des Balkans; - Kosovo. Les deux parties veulent contribuer à la sécurité, à la stabilité et à l'intégration régionale du Kosovo qui doit se développer en une société démocratique et multiethnique. Les Américains sont prêts à coopérer avec les Européens pour assurer un transfert sans heurts des pouvoirs de l'UNMIK à la mission de police et d'État de droit de l'UE (EULEX). L'UE se félicite aussi de la participation américaine dans la mission EULEX ; - l'Ukraine, la Géorgie et la Moldavie sont encouragés à poursuivre leurs réformes en vue de remplir les « normes européennes ». Les « aspirations » européennes et atlantiques des trois pays sont saluées. À propos de la Géorgie, Américains et Européens insistent sur la souveraineté et l'intégrité territoriale du pays (référence faite aux tensions en Abkhazie et en Ossétie du Sud) et appellent toutes les parties, « en particulier la Russie », à respecter ces principes ; - Russie. Les États-Unis et l'UE reconnaissent ensemble le « rôle important et constructif » que la Russie devrait occuper sur la scène internationale. En même temps, Moscou est appelé à « respecter ses engagements internationaux » (Conseil de l'Europe, OSCE) en matière de droits de l'Homme, de démocratie et de libertés individuelles ; - Chine. Européens et Américains reconnaissant le « rôle croissant » du pays sur le plan international mais encouragent Pékin à « assumer un plus grand rôle » en vue de trouver des solutions aux problèmes globaux, tels que le changement climatique, l'instabilité du système financier international, le développement durable et la prolifération des armes de destruction massive. La Chine est aussi appelée à s'investir davantage dans l'intégration régionale, à garantir à ses citoyens le respect des droits de l'Homme et à trouver une solution diplomatique et pacifique au problème de Tibet ; - processus de paix au Moyen-Orient. Les États-Unis et l'UE soutiennent les efforts des parties impliquées dans le processus de paix en vue de parvenir à un accord politique d'ici la fin de l'année, comme il avait été convenu lors de la conférence d'Annapolis; - programme nucléaire de l'Iran. Téhéran doit se conformer à ses obligations internationales, y compris la suspension totale et vérifiable de toutes ses activités d'enrichissement, et coopérer avec l'AIEA. La « double approche » de la communauté internationale est confirmée: d'un côté, une offre de coopération avec Téhéran si le pays respecte ses engagements ; de l'autre côté, la menace de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU. « Nous sommes prêts à renforcer les sanctions (déjà en place) par de nouvelles mesures », notamment à l'encontre des banques iraniennes, lit-on dans la déclaration du sommet qui déplore aussi la « détérioration » des droits de l'Homme en Iran ; - réforme des Nations Unies. L'ONU doit devenir plus forte et plus efficace, estiment Américains et Européens qui s'engagent à soutenir un « multilatéralisme effectif » ; - terrorisme international. Européens et Américains veulent assurer que les mesures de lutte contre le terrorisme soient compatibles avec leurs engagements au titre du droit international. Les deux parties sont aussi d'accord pour dire que la lutte contre le terrorisme international « soulève d'importantes questions juridiques ». Le dialogue transatlantique sur ces questions a permis d'accroître la « compréhension mutuelle » et de rendre la coopération plus « efficace », lit-on dans la déclaration commune qui évoque aussi la délicate question de la protection des données personnelles (voir autre nouvelle). (H.B)