Tunis, 06/05/2008 (Agence Europe) - La BEI (Banque européenne d'investissement) et Sanabel, réseau arabe des institutions de microfinance (IMF), ont réuni, lundi 5 mai à Tunis, l'ensemble des organismes concernés par cette activité particulière progressivement développée mais dont les acteurs ressentent désormais le besoin de structurer, de crédibiliser et de sécuriser leurs interventions. L'objectif de la session de Tunis était surtout de « dresser un état des lieux » à partir de l'expérience générale, initiée par le prix Nobel Muhammad Yunus, mais plus spécifiquement en Méditerranée et dans le monde arabe, sur base, principalement, de ce qui a été entrepris dans deux pays pionniers, le Maroc et la Tunisie. Sanabel tient ses assises annuelles les 6 et les 7 mai à Tunis.
Il faut désormais, selon les co-organisateurs, Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la BEI et Esma Ben Hamida, présidente de Sanabel, « renforcer les moyens et les capacités des institutions de microfinance » et en même temps « promouvoir les synergies avec le secteur bancaire ». A cet effet, une des voies recommandées par une étude commandée par la BEI pour le compte de Sanabel et publiée à cette occasion, est de sortir du champ étroit du micro-crédit et de s'ouvrir aux activités de micro-épargne - à travers notamment la canalisation des tranferts vers leur pays d'origine opérés par les migrants en Europe jusqu'à présent orientés vers le soutien familial et la consommation - et aussi vers la micro-assurance. Pour s'y engager, les IMF éprouvent le besoin de développer des outils d'évaluation et de bénéficier d'une assistance technique que la BEI est en train de leur fournir via la Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat (FEMIP) et les instruments financiers créés pour instaurer la confiance entre opérateurs.
La Banque a décidé d'allouer 10 millions d'euros en 2008 en faveur du développement de l'activité des IMF. Les ministres de l'Économie de la zone EuroMed avaient décidé à Chypre, en 2007, de faire de 2008 l'année de la microfinance. « Depuis 2003, la FEMIP a alloué plus de 23 millions d'euros à des IMF », indique la Banque qui relève qu'en Méditerranée, « la microfinance représente un marché potentiel de 40 millions de bénéficiaires dont 9 millions seulement reçoivent actuellement un appui ». L'engagement de la FEMIP est inscrit dans la logique de sa politique d'appui aux PME. Le soutien au secteur privé est en tendance croissante (68% de ses interventions dans la région en 2007 contre 30% en 2006).
La FEMIP, gérée par la BEI, se voit ainsi assigner la mission d'accompagner ce développement afin de permettre aux porteurs de projets, en particulier ceux de très faible dimension, qui n'attirent pas les établissements bancaires classiques, de croître et de soutenir des activités jugées essentielles dans la lutte contre la pauvreté et la marginalisation. Les principaux bénéficiaires en sont les femmes, a-t-on rappelé et, au-délà, ce sont les mini-entreprises reposant sur l'activité d'une seule personne, généralement un ou une chef de famille, comptant sur l'appui de leurs enfants et collatéraux, qui sont visés. L'une des premières priorités est d'assurer la pérennité des institutions de micro-finance en les aidant à se doter de structures de gouvernance appropriées et à parvenir à les stabiliser pour drainer plus efficacement des flux financiers qui ont besoin de sécurité, notamment des flux en monnaie locale, souligne la BEI. Jacques Attali, président de Planète finance, a rappelé les risques auxquels s'exposent de plus en plus de tels organismes a priori informels. « Le but n'est pas l'enrichissement » des promoteurs, a-t-il martelé, évoquant aussi le risque réel de dérive ou d'accaparement par le pouvoir politique. La BEI conforte ce conseil de prudence: « L'évaluation quantitative des effets bénéfiques de la micro-finance continue de faire débat » et il est « important de mieux en comprendre l'impact économique et social » et la session de Tunis a permis de ce point de vue une confrontation des points de vue et des expériences sur base de l'étude publiée pour la circonstance. Cet impact est faible et l'apport en termes d'emploi demeure mesuré en raison de la faible envergure des acteurs directs (entreprises unipersonnelles) et des projets, relève l'étude. D'où la recommandation d'élargir et de structurer ce type d'interventions. Pour l'heure, le souci était surtout de concevoir et de mettre en œuvre des « outils d'évaluation ». (F.B.)