Odessa, 18/03/2008 (Agence Europe) - Après la prorogation de son mandat jusqu'en novembre 2009, la mission d'assistance au contrôle de la frontière entre la Moldova et l'Ukraine (l'EUBAM pour European Union Border Assistance Mission to Moldova and Ukraine) est entrée dans la cinquième phase de son fonctionnement. La mission apporte, depuis 2005, une assistance aux services douaniers et aux gardes-frontières moldaves et ukrainiens opérant dans un contexte fortement politisé compte tenu du conflit gelé dans la République autoproclamée de Transnistrie (région de la Transnistrie de la République de Moldova selon la dénomination officielle). Par souci de neutralité (l'UE reconnaît l'intégralité territoriale de la Moldova), l'EUBAM n'a pas mandat pour traiter avec les autorités de Tiraspol, en Transnistrie, mais coopère activement avec les douaniers et les gardes-frontières moldaves et ukrainiens pour sécuriser et rendre plus étanche la frontière commune entre l'Ukraine et la Moldova (soit 1 220 kilomètres, dont 411 km de frontières entres l'Ukraine et la Transnitrie). La Transnistrie est considérée comme un « trou noir » et est connue comme étant un fief du trafic illégal. Les premiers mois de 2008 ont porté leurs fruits, avec deux importantes saisies de drogues dures dans le port ukrainien d'Odessa. Lors d'une visite organisée en coopération avec le groupe Kangaroo du Parlement européen, des journalistes ont pu apprécier de près le travail au quotidien des membres de la mission EUBAM.
Lancée en 2005 à la demande conjointe des autorités moldaves et ukrainiennes, la mission vise notamment à améliorer la gestion des frontières et des douanes des deux pays, à renforcer les capacités des services à lutter contre la criminalité organisée et transfrontalière et à contribuer à résoudre le conflit transnistrien. Le commandant de la mission, le général hongrois Ferenc Banfi, est en même temps le conseiller politique du Représentant spécial de l'UE pour la région.
Le mandat de la mission impose à ses 190 membres actuels de mener des actions à plusieurs niveaux allant de la construction d'infrastructures à la frontière jusqu'à la formation des douaniers. Au cours de cette année, la mission devra se focaliser sur: - le renforcement des capacités de contrôle aux points de passages officiels entre la Moldova et l'Ukraine ; - la poursuite de la mise en place du système de contrôle fondé sur l'analyse du risque. Dans le port d'Odessa (le plus grand port d'Ukraine qui totalise 75% du transport maritime du pays), où l'EUBAM a installé un de ses six bureaux régionaux, l'objectif est de remplacer l'ancien système d'inspection qui imposait de contrôler tous les cargos entrant dans le port par un système qui cible les bateaux à risque. Une méthode qui a déjà porté ses fruits. En 2006, pour la première fois en 4 ans, les douaniers ukrainiens ont intercepté 6 transferts importants de drogues dures (cocaïne et héroïne). L'assistance européenne sert aussi à lancer les recherches, à apprendre aux douaniers à reconnaître les documents falsifiés (visas, passeports, certificats des douanes). La mission doit également aider à mettre en place tous les instruments assurant une gestion intégrée des frontières, qui permet de coordonner tous les services concernés. Ce qui est utile pour lutter contre la fraude fiscale.
Parmi les autres priorités de la mission pour cette année figurent la lutte contre la corruption et le rétablissement de la confiance entre les services moldaves et ukrainiens, ou encore la sensibilisation de l'opinion publique et des douaniers aux problèmes récurrents du trafic illégal des marchandises et des cigarettes. Une des formations lancées en ce début d'année consiste à apprendre aux services douaniers de l'Ukraine et de la Moldova les techniques de relations publiques. En outre, la mission surveille le respect d'une déclaration conjointe (de décembre 2005) entre la Moldova et l'Ukraine qui permet de régulariser l'accès des entrepreneurs de Transnistrie au marché ukrainien. La déclaration stipule que l'Ukraine recevra les entrepreneurs de Transnistrie à condition que ceux-ci disposent des timbres fiscaux de la Moldova. Boycottée longtemps par les entrepreneurs transnistriens, la déclaration a commencé à produire des résultats en 2006. Actuellement, 400 entreprises de Transnistrie adhèrent au nouveau régime.
Transnistrie. Après les velléités indépendantistes de cette région, les contrôleurs moldaves n'ont plus été autorisés à contrôler la frontière entre la région et l'Ukraine. Conséquence: plus de 400 kilomètres de frontière commune n'étaient contrôlés que par les douaniers ukrainiens. Avec plusieurs points de passages échappant à tout contrôle, la frontière est devenue un endroit privilégié pour les trafiquants illégaux. Avec des pertes importantes pour les budgets ukrainien et moldave. Par exemple, en automne 2006, des actions conjointes ont permis de mettre au jour de très importantes quantités de viandes importées de l''Ukraine vers la Transnistrie, pour être ensuite acheminées illégalement vers l'Ukraine (en six mois, les douanes ont détecté plus de 40 000 tonnes de viande de poulet vendue en Transnistrie, ce équivaut à 60-90 kg de poulet par personne et par jour dans la région). Les bénéfices générés par cette opération frauduleuse représentent ainsi l'équivalent de 750 euros par jour pour chaque tonne de viande trafiquée, soit une perte de plus de 40 millions d'euros pour le budget urkainien. La mission n'a pas repéré de trafics illégaux d'armes, si ce n'est quelques munitions ou armes de chasse (616 pièces au total en 2006).
L'EUBAM contrôle actuellement plus de 1220 kilomètres de frontières communes. La mission est composée d'une équipe de 190 personnes en provenance de 22 Etats membres de l'UE (tous sauf Espagne, Malte, Luxembourg, Irlande et Suède), répartie dans 6 bureaux de campagne: à Otaci à la frontière entre la Moldova et l'Ukraine, à Chisinau (capitale de la Moldova), dans le port d'Odessa, à Basarabeasca en Moldova et à Kuchuran et Kotovs. Pour conserver sa neutralité, la mission n'entretient pas de contact politique avec les autorités de la région de Transnistrie. Le budget de la mission est de 12,2 millions d'euros pour cette année, plus 3,3 millions d'euros accordés par le Commission européenne dans le cadre du programme BOMMOLUK (Improvement of Border Controls at the Moldova-Ukraine border) d'aide technique (achat d'équipements et de logiciels) en faveur des douaniers ukrainiens et moldaves. (ABy.)