Bruxelles, 18/03/2008 (Agence Europe) - Une quinzaine de ministres de l'Agriculture des Etats membres de l'UE ont mis la Commission européenne en garde, lundi 17 mars, contre la tentation de sacrifier les intérêts agricoles européens sur l'autel d'un accord global à l'OMC sur la libéralisation des échanges. Le Conseil Agriculture a évoqué le dossier alors qu'approche la réunion ministérielle de l'OMC (peut-être celle de la dernière chance) qui doit avoir lieu fin avril ou début mai à Genève.
La plupart des ministres européens de l'Agriculture, dont ceux de la France et de l'Allemagne en tête, ont répété la nécessité d'être vigilant dans les négociations et de ne pas sacrifier l'agriculture pour parvenir à un accord global sur tous les domaines du cycle de Doha. Ils ont été nombreux à répéter les conclusions du 10 mars des ministres des Affaires étrangères de l'UE en faveur d'un accord multilatéral « ambitieux et équilibré » (EUROPE n° 9620). Jeudi 13 mars, la Commission a transmis aux Etats membres une étude d'impact de la proposition actuellement sur la table des négociations en matière agricole. De nombreux ministres européens se sont montrés réservés sur cette étude de la Commission, jugée trop optimiste.
« Je mets en garde contre la précipitation, la tentation de fuite en avant », a déclaré le ministre français de l'Agriculture, Michel Barnier. « Nous ne pouvons pas accepter que le calendrier l'emporte sur le fond, ce serait trop grave », a-t-il ajouté. Le ministre français s'est demandé aussi s'il ne faudrait pas à terme sortir l'agriculture et l'alimentation de l'OMC. « De facto, s'il n'y a pas d'accord en mai ou juin » à l'OMC sur les modalités de la libéralisation des échanges mondiaux, il y aura une pause compte tenu de la proximité des élections aux Etats-Unis cet automne. « A titre personnel, la question que je me pose est: est-ce que l'OMC est bien le lieu pour discuter des questions liées à l'agriculture et l'alimentation ? », s'est interrogé
M. Barnier. « On peut imaginer qu'il puisse y avoir d'autres lieux spécifiques à l'alimentation et à l'agriculture, compte tenu de la spécificité de ce secteur qui n'est pas assimilable aux machines-outils, aux services. Mais pour l'instant, nous sommes dans le cadre de négociations (à l'OMC) que nous avons acceptées et qui sont très difficiles », a-t-il ajouté. Le ministre français n'a pas donné plus de détails sur les forums qui, à son avis, pourraient accueillir des négociations commerciales spécifiquement consacrées à l'agriculture.
Le ministre allemand Horst Seehofer a renchéri en estimant que les pays émergents, comme le Brésil ou l'Inde, devaient ouvrir leurs marchés aux produits industriels et aux services des pays riches et accepter l'offre européenne sur la réduction des subventions agricoles, ce qui n'est pas le cas.
Mariann Fischer Boel, la commissaire à l'Agriculture, a précisé que les discussions à Genève au sein du Comité de négociation sur l'agriculture ont permis de réaliser d'importantes clarifications du texte. Le second projet révisé sur les modalités de libéralisation des échanges n'est pas attendu avant fin mars, a expliqué la commissaire, qui a rappelé l'objectif consistant à conclure un accord sur les modalités d'ici fin avril, début mai, en vue d'un accord global avant la fin de 2008 sur tous les volets du cycle de Doha (agriculture, produits industriels, services, règles, facilitation des échanges et indications géographiques).
Les autres « points divers » évoqués par le Conseil Agriculture sont les suivants:
Filières agroalimentaires. La France a présenté son mémorandum sur l'organisation des filières de production. Elle demande le renforcement des mécanismes communautaires afin de donner les moyens aux producteurs et aux filières de s'organiser et de prendre en charge, collectivement, une partie des risques, des crises et de leurs conséquences économiques. Le document a suscité l'intérêt de plusieurs Etats membres (dont Belgique, Pologne, Italie, Roumanie, Finlande, Irlande, Pays-Bas, Grèce). La Commission s'est montrée disposée à trouver des solutions dès lors que les mesures proposées n'enfreignent pas le droit communautaire de la concurrence.
Secteur ovin. Soutenue par de nombreux Etats membres (Espagne, France, Grèce, Royaume-Uni, Hongrie, Chypre, Roumanie, Pologne et Lituanie), la délégation irlandaise a évoqué la situation très grave dans laquelle se trouve la filière ovine européenne (forte chute de la demande et de la production). La Commission a promis d'étudier les réponses à apporter à la filière à l'occasion du « bilan de santé » de la politique agricole commune (PAC). Elle n'a pas exclu un cofinancement par le budget de l'UE des dépenses encourues par les éleveurs pour l'identification électronique des petits ruminants. Une conférence sur l'avenir du secteur ovin aura lieu début septembre à Limoges (en France), a annoncé M. Barnier.
Viande porcine. La Pologne, suivie par plusieurs Etats membres (France, Lituanie, Autriche, Lettonie, Hongrie, Irlande, Grèce, Roumanie, République tchèque et Chypre), a demandé à la Commission de renforcer les mesures communautaires déjà prises en matière de restitutions à l'exportation de viande porcine. La Commission n'a pas accédé à ces demandes, mais a décidé de maintenir au niveau actuel les restitutions, contrairement à son intention initiale qui était de les réduire. Le Royaume-Uni a émis des doutes sur l'efficacité de ces restitutions et sous-entendu que si l'UE progressait sur les autorisations des OGM, l'UE contribuerait à améliorer la situation dans le secteur de l'alimentation animale. (L.C.)