Bruxelles, 18/03/2008 (Agence Europe) - « Nous sommes, bien entendu, inquiets par les informations que nous recevons de l'autre côté de l'Atlantique. Nous espérons une situation plus normale aussi rapidement que possible », a déclaré, mardi 18 mars, la porte-parole de Joaquín Almunia, commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires. Telle est la position de la Commission européenne face au vent de panique qui ébranle les marchés financiers aux États-Unis, où des analystes estiment que les autorités américaines sont passées d'une situation de prévention de crise à une situation de gestion de crise. La porte-parole de
M. Almunia a indiqué que la Commission ne présenterait pas avant fin avril ses prévisions de printemps pour la croissance européenne et son analyse des « nuages » qui pèsent sur cette croissance, tels que la crise financière internationale et l'évolution des prix du pétrole et des produits alimentaires. Elle a rappelé les prévisions intermédiaires que la Commission a présentées fin février et qui tablent sur une croissance de 2% dans l'UE. « 2%, c'est clairement loin du risque de récession », avait estimé la veille M. Almunia devant l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en appelant à l'accélération des réformes structurelles en Europe pour limiter les effets d'un ralentissement temporaire. Et de reconnaître que l'économie américaine était « peut-être en train d'entrer en récession ». Quant au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, en déplacement cette semaine au Brésil, il n'a pas caché son inquiétude: « nous (les Européens, NDLR) sommes préoccupés par l'évolution de l'instabilité entre les principales monnaies internationales », rapporte l'agence de presse espagnole EFE. Le 17 mars, l'euro avait presque atteint 1,6 dollar avant de se stabiliser à 1,57 dollar.
Réunies en urgence autour du président américain George Bush, les autorités monétaires et financières américaines sont mobilisées pour empêcher un effondrement du système financier américain. Le sauvetage in extremis et à un prix dérisoire de la banque Bear Stearns, la cinquième banque d'investissement de Wall Street, a amplifié la défiance des investisseurs envers l'exposition des institutions financières à la crise née de l'effondrement du marché américain des crédits hypothécaires à risque (« subprimes »). La Federal Reserve Bank (FED) américaine devrait encore baisser ses taux pour soutenir l'économie américaine en berne. Dans une tribune publiée dans le « Financial Times », Alan Greenspan, l'ancien gouverneur de la FED, parle de la crise financière probablement la plus grave depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Selon Dominique Strauss-Kahn, le président du Fonds monétaire international (FMI) et Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE, la crise financière est devenue plus sérieuse et mondialisée et risque d'empirer. Selon eux, la priorité des pouvoirs publics doit se focaliser sur le maintien de la stabilité du système financier international.
Depuis le début des turbulences financières, l'UE a accéléré ses travaux sur la stabilité financière. La semaine dernière, le Conseil européen a repris à son compte le rapport intérimaire du Conseil Ecofin sur les travaux en cours dans ce domaine et il a réitéré son appel en faveur d'une transparence accrue des marchés (voir EUROPE n°9623 et 9612). Mi-avril en Slovénie, les ministres européens des Finances feront le point sur la mise en œuvre de la feuille de route sur la stabilité financière adoptée en octobre dernier. Ils signeront, avec les gouverneurs des banques centrales nationales, un protocole d'accord élargi renforcé sur la gestion de crise financière née de la faillite d'une banque ayant des activités transfrontalières. (M.B.)