Bruxelles, 20/02/2008 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté, mercredi 20 février, deux textes qui établissent toute une série de recommandations en vue des débats du Conseil européen des 13 et 14 mars.
Dans une longue résolution commune aux principaux groupes politiques (moins la GUE-NGL et IND-DEM), les députés européens soulignent une fois de plus l'importance d'une mise en œuvre vigoureuse de la stratégie de Lisbonne. Les parlementaires appuient l'analyse faite par la Commission dans son rapport stratégique publié en décembre 2007 (EUROPE n° 9562), tout en soulignant les lacunes concernant l'application de l'Agenda de Lisbonne. La prospérité européenne dépendra de la création des conditions plus favorables à une croissance durable et à la création d'emplois, ainsi que de la possibilité de faire face aux défis de la mondialisation, de l'évolution démographique ou des menaces environnementales, estime le Parlement. Il appelle donc à renforcer le potentiel de croissance de l'économie européenne et la demande intérieure, toujours insuffisante. Les députés considèrent indispensable de sauvegarder la stabilité des marchés financiers et de mettre en place des mesures de surveillance. En matière de R&D, l'accent doit être mis sur les nouvelles technologies et les services liés à la « dé-carbonisation » de l'économie globale, constatent-ils, en saluant la proposition d'établir une cinquième liberté (celle de la connaissance). Les parlementaires soutiennent la proposition de « Small Business Act » à l'européenne. Constatant que la stratégie de Lisbonne n'a pas profité à tous les citoyens de l'UE, le Parlement exige un agenda social ambitieux. Il plaide aussi pour une meilleure implication des partenaires sociaux, des parlements nationaux, des autorités locales et régionales, ainsi que de la société civile et préconise de recourir à de nouveaux indicateurs qualitatifs pour évaluer les progrès et les succès de la stratégie de Lisbonne.
En adoptant par 519 voix pour, 102 contre et 31 abstentions, le rapport de Margarita Starkevièiûtë (ADLE, lituanienne), les députés font plusieurs recommandations en vue de l'adoption d'un nouveau cycle de trois ans (2008-2010) des Grandes orientations de politiques économiques (EUROPE n° 9593). Ces recommandations visent à assurer la croissance et la stabilité macroéconomique, rétablir le dynamisme des entreprises, renforcer l'investissement dans les ressources humaines et moderniser les marchés du travail. Contrairement aux intentions de la Commission et du Conseil Ecofin notamment (EUROPE n° 9584 et 9598), qui ne souhaitent pas modifier les lignes directrices intégrées, les députés proposent des changements spécifiques. Des aménagements toutefois insuffisants pour les Verts-ALE, qui ont voté contre le rapport. Dans un communiqué au nom de son groupe, Alain Lipietz déplore une occasion manquée pour changer de cap et concrétiser les objectifs économiques, sociaux et environnementaux de l'UE. Il regrette que le PE ait refusé d'approuver les amendements de son groupe visant à intégrer, dans les lignes directrices, de nouveaux défis comme le réchauffement climatique, la supervision du système financier, la politique fiscale ou la politique de change.
Avec le lancement du nouveau cycle de la stratégie de Lisbonne, nous ne voulons pas « réinventer la roue », avait admis d'emblée le président en exercice du Conseil, Žiga Turk, lors du débat conjoint de la veille. Pour M.Turk, l'Union et les Etats devront, en priorité, prôner une économie à basse teneur en carbone, supprimer les entraves à la réalisation du marché intérieur (mais sans manquer à leur devoir de solidarité vis-à-vis des plus faibles) et encourager la créativité qui est à la base de tout progrès et de la croissance. Ceci est valable pour les trois années à venir, mais il faut déjà « préparer l'après-2010 », a conclu M. Turk, en affirmant que l'Europe ne veut pas « donner des ordres aux autres » mais tient à la défense de ses valeurs.
« La grande affaire sociale de notre temps est la nécessité de garantir des emplois durables, en nombre suffisant et de bonne qualité ». Cet enjeu, a déclaré Günter Verheugen, est au cœur de la stratégie de Lisbonne et de la réponse européenne à la mondialisation. L'année 2007 a été une bonne année, constate le vice-président de la Commission, mais tous les objectifs n'ont pas été atteints et il existe encore des personnes qui se sentent menacées par les péripéties de l'économie. Des « ajustements » seront nécessaires au cours des trois prochaines années, en particulier pour intensifier la dimension sociale, assurer que la perte de l'emploi n'entraîne pas forcément la marginalisation ou la pauvreté et pour augmenter l'offre d'emploi. M. Verheugen a insisté sur la responsabilité des entreprises, particulièrement importante à la lumière de certains événements récents (il a fait allusion à la fraude fiscale qui serait commise par un grand nombre de dirigeants économiques dans son propre pays, l'Allemagne). Une industrie forte et responsable facilitera la réalisation des priorités de la stratégie de Lisbonne, estime M. Verheugen, qui plaide pour la continuité dans les réformes, mais en gardant un certain esprit critique en ce qui concerne les faiblesses des trois dernières années (il a cité la nécessité de renforcer la dimension sociale et la dimension écologique).
Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, a confirmé l'analyse au départ positive de la situation en 2007: augmentation de la croissance, amélioration du fonctionnement des marchés, retour de la confiance. Mais les incertitudes qui sont apparues sur les marchés financiers rendent maintenant la situation plus « volatile » (ce qui confirme la nécessité d'accélérer les réformes). Même si l'économie européenne réagit mieux face aux tensions sur les marchés financiers (notamment grâce aux politiques qui régissent l'Union économique et monétaire), il faut, selon M. Almunia, faire des progrès sur la voie de l'intégration financière. Le Conseil Ecofin a adopté une feuille de route qui doit maintenant être traduite en pratique. Son succès dépend de la coopération entre les acteurs économiques et sociaux, ainsi qu'entre les institutions.
La stratégie de Lisbonne, au moins dans sa réalisation concrète, reste assez mal aimée par le Parlement. Le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels a été le premier à dire sa frustration face à l'attitude de la Commission européenne qui veut conserver les lignes directrices inchangées. « Elles semblent gravées dans du marbre portugais », s'est-il exclamé, en s'adressant au président Barroso avec cet avertissement: « nous n'accepterons pas ce « Niet » d'un autre âge de la Commission sur les lignes directrices. Le contexte de la stratégie de Lisbonne évolue et le texte qui nous guide doit s'adapter à la nouvelle donne internationale ». Avec les lignes directrices actuelles, nous n'avons pas entre les mains un instrument qui nous permette d'aller de l'avant, a ensuite renchéri Udo Bullmann (PSE, allemand).
Nous soutiendrons les démarches qui s'inscrivent dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, a indiqué Marianne Thyssen (PPE-DE, belge), qui insiste notamment sur la propriété intellectuelle et une meilleure réglementation avec moins de bureaucratie. Les priorités du groupe ADLE ont été reprises dans cette stratégie de Lisbonne, a aussi déclaré Bilyana Raeva (ADLE, bulgare), qui la considère comme la réponse appropriée pour relever les défis de la mondialisation. Si pour Klaus-Heiner Lehne (PPE-DE, allemand), la croissance et l'emploi sont une condition sine qua non d'une bonne politique sociale et environnementale, le lien est moins évident pour d'autres orateurs.
Va-t-on se diriger vers une croissance qualitative et durable ? « Je suis sceptique », estime pour sa part Rebecca Harms (Verts-ALE, allemande). Le concept d'une économie à faible teneur en carbone ne fait que masquer péniblement les différences de position des uns et des autres, car on trouve toujours, en filigrane, une économie fondée sur le charbon et le pétrole. « Nous aurions souhaité un virage à 180 degrés » en la matière ainsi qu'en politique sociale, explique-t-elle. Il faudrait aussi de nouveaux indicateurs écologiques et sociaux pour mesurer les progrès de Lisbonne, en particulier sur la qualité de vie des citoyens
Même son de cloche chez Ilda Figueiredo (GUE-NGL, portugaise) qui souhaite remplacer la stratégie de Lisbonne par une stratégie européenne qui mette l'accent sur la solidarité et le développement durable, avec plus de justice sociale. « Comment pouvez-vous dire que nous sommes sur la bonne voie ? » alors que les problèmes que nous avions il y a trois ans perdurent, s'est insurgé son collègue Helmuth Markov (GUE-NGL, allemand). Les emplois créés sont pour la plupart précaires et il n'y a pas de réinvestissement des bénéfices dans l'économie: « Il faut complètement revoir la politique économique » ou nous irons droit dans le mur, a conclu M. Markov. (A.B./L.G.)