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Bulletin Quotidien Europe N° 9599
Sommaire Publication complète Par article 31 / 32
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 765

*** JEAN-CLAUDE BARBIER, MARIE-THERESE LETABLIER (sous la dir. de): Politiques sociales - Social Policies. Enjeux méthodologiques et épistémologiques des comparaisons internationales - Epistemological and Methodological Issues in Cross-National Comparison. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Travail & Société - Work & Society", n° 51. 2007, 295 p., 32,50 €. ISBN 978-90-5201-348-0.

Sous les dehors austères d'un ouvrage scientifique se dissimule, avec celui-ci, un véritable gros pavé dans la mare des idées reçues et du "politiquement correct" en vogue dans les cénacles dirigeants d'Europe. Du fait de l'impulsion sonnante et trébuchante donnée en ce sens par l'Union européenne depuis les années 80 (et, pour les sciences sociales, depuis les programmes sur la pauvreté des années 70), les recherches comparatives se multiplient à l'échelle européenne. Or, voilà, quel crédit convient-il réellement de leur accorder ? Ces quelques lignes assassines tirées de la préface signée par les coordinateurs de l'ouvrage, eux-mêmes scientifiques reconnus et, qui plus est, soucieux - comme tous ceux qui ont participé au séminaire dont cet ouvrage rend compte - de préserver des travaux scientifiques purs et durs, donc libres, incitent à sortir… quelques pincettes: "Malgré ce déploiement impressionnant de recherches comparatives, peu de chercheurs se posent la question de leurs méthodes, de leurs présupposés théoriques et de leur portée. Beaucoup d'entre eux, pour peu qu'ils maîtrisent l'anglais, se lancent dans l'aventure sans s'interroger sur leurs outils, sur les concepts qu'ils utilisent, sur la traduction des mots qu'ils emploient et sur la validité des données statistiques ou qualitatives qui fondent leur comparaison. La question même de la comparabilité n'est souvent pas posée, laissant libre cours à des interprétations relevant parfois de la fantaisie. Ceux qui s'impliquent dans des projets comparatifs ne sont pas toujours au fait des limites des approches qu'ils mettent en œuvre, ou bien ne voient pas les problèmes qui peuvent émerger d'une connaissance trop limitée des contextes sur lesquels ils plaquent des concepts forgés dans un autre univers".

L'ouvrage est organisé en trois parties, toutes enrichies par les expériences personnelles des chercheurs qui signent les contributions. La première s'intéresse aux rapports entre la comparaison et le/la politique, en particulier à la question de la catégorie "nation/national" et à sa pertinence dans les recherches comparatives sur les politiques sociales. La deuxième est plus directement consacrée à la problématique des langues et de la traduction dans les comparaisons internationales, tandis que la troisième traite, elle, de la construction sociale des objets de la comparaison et aux catégories qui en rendent compte.

Quelques lignes de force émergent au fil des pages. Ainsi, plusieurs contributions mettent en lumière que la comparaison internationale fleurissant dans l'Union se développe "sous la contrainte d'obstacles qui en limitent la portée et la fécondité" et qu'il existe une activité qui revêt seulement les apparences de la recherche comparative, se réduisant parfois à un benchmarking de pays considérés sous divers angles simplificateurs, les choses se gâtant complètement, ajoute Jean-Claude Barbier, directeur de recherche (CNRS) au Centre d'études de l'emploi, "quand le commanditaire se trouve être un organisme international qui attend du comparable à n'importe quel prix". Sans compter, aussi, le risque d'une "logique de politisation de la recherche", tant il est vrai, résume le même, que "le poids de la commande et de son financement, la pression sur le chercheur exercée par les demandes qui veulent des résultats même pour les problèmes qui n'ont pas de solution, nous font parfois perdre de vue que certaines méthodes ne correspondent pas aux canons du métier". Sur le plan linguistique, les auteurs s'intéressent aux limites et aux dangers de l'anglais comme seule langue internationale de recherche, en montrant, entre autres, que "tous les concepts ne sont pas traduisibles dans toutes les langues". La Commission serait bien inspirée d'en tenir compte en prenant bonne note du fait que, par exemple, des termes comme cohésion sociale ou solidarité sont ressentis, en Bulgarie et dans d'autres pays d'Europe centrale, comme très proches de l'ancienne "novlangue" communiste, ce qui entraîne parfois leur rejet et alimente la méfiance, sinon même de l'hostilité.

Michel Theys

*** NORALV VEGGELAND: Paths of Public Innovation in the Global Age. Lessons from Scandinavia. Edward Elgar Publishing (Glensanda House, Montpellier Parade, Cheltenham, Glos GL50 1UA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2007, 140 p.. ISBN 978-1-84720-449-3.

Le modèle social scandinave pourrait-il s'appliquer au niveau européen ? Telle est la question que pose cet ouvrage et à laquelle un professeur de science sociale à l'Université norvégienne de Lillehammer apporte des réponses au fil de six chapitres. Il part du constat que l'Europe communautaire avait, lors de sa fondation, adopté un modèle social dit "continental" ayant un caractère interventionniste et axé sur la protection sociale. La Politique agricole commune est l'une des meilleures illustrations de cette tendance et aussi, aux yeux de l'auteur, un bon révélateur de ses faiblesses, notamment au niveau du contrôle budgétaire, rendu particulièrement ardu par ces pratiques. D'où, vers la fin des années 80, une réorientation des modèles administratifs et sociaux vers un point de vue plus anglo-saxon. Dès lors, c'est le marché qui est mis en avant et toute une série de mesures et de réformes visant à encourager la compétition est mise en place. L'expansion budgétaire est bridée mais, dans les années 90, le manque de compétitivité de l'Union dans le marché globalisé allié au déficit démocratique et de légitimité ont fait retentir la sonnette d'alarme dans la tête des responsables politiques. Avec, en outre, l'arrivée des pays de l'ancienne "Europe de l'Est", cette évolution a créé le besoin d'un nouveau modèle social pour l'Europe. L'auteur s'emploie à "vendre", à cet effet, le modèle social nordique qu'il présente comme une sorte d'hybride alliant la protection sociale chère au modèle continental et la haute compétitivité économique consubstantielle au système anglo-saxon, le tout ayant donné naissance au concept de "flexicurité" qui inspire désormais au-delà des frontières nordiques.

(NDu)

*** VICKI PASKALIA: Free Movement, Social Security and Gender in the EU. Hart Publishing (16c Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Modern Studies in European Law", n° 10. 2007, 342 p., 60 £. ISBN 978-1-84113-622-6.

S'intéressant au système européen de coordination de la sécurité sociale, l'auteur, maître de conférences en droit à l'Université de Stockholm, cherche à évaluer le niveau de protection sociale offert aux femmes en cas d'interruption de travail ou de divorce. Après un compte-rendu du développement de la sécurité sociale au niveau national et international et en fonction du sexe, il étudie deux grandes questions, tout en tentant de déterminer leur importance pour la protection de la sécurité sociale chez la femme. Premièrement, Vicki Paskalia se demande si les règles européennes de coordination permettent ou non de sauvegarder les bénéfices de la sécurité sociale pour les travailleuses émigrantes dont l'activité professionnelle a été interrompue à cause de responsabilités parentales ou pendant la migration. Ensuite, constatant le déclin progressif de l'institution du mariage, elle s'interroge sur le rôle de cette institution en tant que base de la sécurité sociale pour les femmes et sur la nécessité de sauvegarder ces droits suite au divorce ou de les étendre à d'autres formes de cohabitation. Très complète, cette étude amène l'auteur à relever que certains concepts de la législation en vigueur sont insuffisants et qu'il subsiste de nombreux vides juridiques à combler.

(TBa)

*** PIERRE BAUBY, HENRI COING, ALAIN DE TOLEDO (sous la dir. de): Les services publics en Europe. Pour une régulation démocratique. Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautefort.com ). Collection "L'Observatoire des sociétés". 2007, 244 p., 24 €. ISBN 978-2-86600-883-3.

Fruit d'une série de travaux de recherches interdisciplinaires (sciences économiques, sciences politiques, sociologie, histoire, droit) conduits dans plusieurs universités françaises et européennes, lesquels ont été ponctués par un colloque international organisé à l'Université Paris 8 - Saint-Denis voici un peu plus de deux ans, ce livre très dense s'emploie à discerner les formes et les conditions d'une régulation efficace et crédible des services d'intérêt économique général dans le cadre de l'Union. Dans un premier chapitre qui s'ouvre sur une contribution de l'expert en la matière qu'est l'ancien parlementaire européen Philippe Herzog (le président de Confrontations Europe y décrit une Union "en quête d'une doctrine pour les SIG"), les auteurs circonscrivent les raisons de réguler les services d'intérêt général et les finalités de l'exercice, notamment à la lumière des relations avec la gouvernance et avec les privatisations. Dans un deuxième temps, ce sont les logiques nationales et territoriales de régulation qui sont étudiées, notamment sous l'angle des relations entre intérêts nationaux et communautaire. L'ouvrage aborde ensuite la question de savoir quelles logiques sectorielles sont structurantes, les auteurs se demandant ainsi si le modèle de régulation des télécommunications est généralisable au secteur des déchets, à celui de l'eau ou au système des banques centrales, à moins que les particularités de chaque secteur inciteraient plutôt à faire preuve d'innovation régulatoire. Le dernier chapitre de cet ouvrage très complet aborde enfin la question du devenir de la régulation, des réponses étant notamment apportées aux questions suivantes: les services d'intérêt économique général ont-ils un statut économique particulier, relèvent-ils de règles spécifiques de financement, quels modèles de régulation émergent, va-t-on vers une généralisation des appels d'offres; quelle légitimité des autorités de régulation, etc. ? Un livre incontournable par les temps qui courent !

(PBo)

*** OLIVIER DERRUINE: De la proposition Bolkestein à la directive services. Centre de recherche et d'information socio-politiques (1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 - Courriel: crisp@cfwb.be - Internet: http://www.crisp.be ). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 1962-1963. 2007, 63 p., 12,40 €.

La directive dite "Bolkestein" a déjà fait couler beaucoup d'encre mais ce Courrier hebdomadaire du Crisp n'est pas superflu pour autant car son auteur se focalise sur les évolutions de la proposition de la Commission depuis le vote des amendements du Parlement européen en décembre 2006 jusqu'aux modifications apportées par l'équipe de José Manuel Barroso et, in fine, par le Conseil. Après avoir décrit pas à pas l'évolution des enjeux ayant le plus suscité la polémique (champ d'application de la directive, principe du pays d'origine), Olivier Derruine montre comment la mise en œuvre de cette disposition législative pourrait, selon lui, amener la Commission à proposer de retoucher le texte dans un sens plus proche de son esprit originel que celui voulu par les eurodéputés.

(MT)

*** AURELIE DECOENE: La libéralisation des services portuaires et la grève des dockers. Centre de recherche et d'information socio-politiques (voir coordonnées supra). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 1966-1967. 2007, 88 p., 12,40 €.

Le projet de directive relatif à l'accès au marché des services portuaires a été par deux fois rejeté par le Parlement européen, ce qui a constitué une première dans l'histoire de la construction européenne. Elle a aussi suscité une mobilisation des travailleurs portuaires à l'échelle européenne qui a marqué les esprits autant que les manifestants agricoles dans les années 70. L'auteur de ce Courrier hebdomadaire d'excellente tenue commence par exposer les origines et le contenu de la première proposition de la Commission, avant de mettre en lumière les positions des principaux acteurs patronaux et syndicaux. Dans un troisième temps, elle éclaire différents aspects de la mobilisation syndicale. La partie la plus conséquente de son travail s'attache à décortiquer les multiples étapes parcourues par la proposition de la procédure de codécision, Aurélie Decoene se concentrant, pour finir, sur le rejet de la seconde proposition qu'elle explique "par une convergence d'oppositions entre le patronat, les syndicats et le Parlement contre la Commission".

(MT)

*** DIMITRIOS ORFANIDIS: Eigentumsproblematik und Mitbestimmung hinsichtlich der Europäischen Verfassung. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Europäische Hoschschulsschriften - Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 4306. 2006, 238 p., 39,70 €. ISBN 3-631-54695-5.

Un retour aux sources les plus profondes du droit peut éclairer d'un jour nouveau la législation la plus actuelle. C'est ce type de réflexion que propose Dimitrios Orfanidis dans cet ouvrage qui traite de la relation entre le droit de représentation et de participation des salariés et le droit à la propriété privée. Celui-ci fonde, en effet, ce que l'on appelle en allemand le "droit de direction" qui permet aux employeurs d'imposer leur volonté aux travailleurs non indépendants. Il s'agit d'une restriction à la liberté de toute personne d'organiser ses actions comme elle le veut. Toutes les modalités de représentation et de participation du personnel à la vie de l'entreprise sont des manières de résoudre ce conflit entre deux fondements du droit des Etats modernes et de l'économie de marché telle qu'elle prévaut. Basé sur une thèse de doctorat soutenue à l'Université de Potsdam, le livre se penche tour à tour sur les droits allemand et grec, ainsi que sur l'ordre juridique de l'Union, pour explorer les concepts de propriété privée et de droit de représentation dans le domaine du droit du travail. Avec une réflexion en toile de fond: celle que la globalisation de l'économie, qui appelle une globalisation du droit, est en réalité née du conflit - qui ne change pas à travers les époques - entre le droit à la propriété privée et les droits des travailleurs non indépendants.

(MGr)

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