L'évolution de la demande pharmaceutique mondiale contraint l'industrie à se restructurer - Des analystes d'Euler Hermes, numéro un mondial de l'assurance-crédit, notent dans une étude sur l'industrie pharmaceutique mondiale que la « profitabilité » des laboratoires est actuellement touchée par une modification de la demande pharmaceutique mondiale, qui pèse sur les prix des médicaments, et observent que 2008 marque l'année du décollage du marché générique. Dans les pays développés, les dépenses de santé croissent structurellement plus vite que leur création de richesse (mesurée par le PIB). Les ventes de médicaments représentent globalement 14% des dépenses de santé en 2006 (13% en Europe ; 14% aux Etats-Unis et 17% au Japon), une tendance qui va s'accentuer car la population mondiale âgée de 80 ans et plus va plus que quadrupler au cours des 40 prochaines années, ce qui va dynamiser la vente de médicaments: actuellement, quatre personnes sur cinq âgées de 75 ans ou plus consomment au moins un médicament sur ordonnance et une personne sur trois en consomme au moins quatre. Par grande zone géographique, l'étude constate que l'Amérique du Nord a consommé 59 fois plus de médicaments en 2006 que le reste du monde, avec 888 dollars de dépenses annuelles en médicaments par habitant, contre 525 dollars au Japon, 480 dans l'Union européenne et une moyenne de 15 dollars pour le reste du monde. Globalement, l'Amérique du Nord a enregistré 302 milliards de dollars de dépenses pharmaceutiques en 2006, l'Union européenne 192 milliards, le Japon 63 milliards et le reste du monde 85 milliards. Les « BRIC » (Brésil, Russie, Inde et Chine, pays à forte croissance) englobent environ la moitié des résultats « reste du monde ». Si leur potentiel commercial apparaît immense, leur pouvoir d'achat est minime comparativement à ceux des pays développés et il ne constituera pas le relais de croissance des grands laboratoires immédiatement mais plutôt lors de la prochaine décennie, estime Euler Hermes. En matière de profits, les 10 premiers laboratoires mondiaux (par ordre décroissant: J&J, Pfizer, GSK, Novartis, Sanofi-Aventis, Roche, AstraZeneca, Merck, Abbott et BMS) réalisent environ 55% du chiffre d'affaires mondial de la pharmacie. La pression déflationniste du prix des médicaments pénalise l'évolution de leur marge aussi bien opérationnelle que nette. En 2008, l'érosion de leurs profits devrait se poursuivre ne serait-ce que par l'arrivée à expiration de plusieurs brevets de blockbusters sur la période 2008-2010. En outre, les pressions déflationnistes s'exerçant sur la demande pharmaceutique mondiale dynamisent les génériques dont l'avantage est d'être de 30% à 70% moins chers. En ce qui concerne le coût de revient d'un nouveau médicament, celui-ci a triplé en l'espace de dix ans, et le budget de R&D pharmaceutique mondial devrait ainsi être trois fois plus grand pour lancer le même nombre de molécules innovantes qu'en 1995. En conséquence, le nombre de lancements a diminué. En outre, les laboratoires doivent désormais composer avec une nouvelle concurrence - les génériqueurs - et tentent de réorganiser leur clientèle en menant de coûteuses politiques de croissance externe. L'érosion de leurs profits les contraint, en outre, à mener de vastes opérations de restructurations internes avec réduction d'effectifs à la clé.