Bruxelles, 11/02/2008 (Agence Europe) - L'administration américaine a récemment fait savoir aux différentes capitales de l'UE qu'elle souhaitait renforcer encore davantage les mesures de sécurité à ses frontières en requérant notamment l'accès à un éventail plus large de données sur les passagers aériens ou encore en autorisant la présence d'officiers de sûreté armés sur les vols en provenance d'Europe. Les Etats membres vont étudier ces requêtes, bien que celles-ci ne fassent d'ores et déjà pas l'unanimité.
L'information, reprise par le Guardian dans son édition du lundi 11 février, indique que Washington a envoyé aux Etats membres un document leur demandant, par exemple, de fournir des données personnelles des passagers survolant les Etats-Unis même lorsqu'aucun atterrissage n'est prévu sur le sol américain. Les autorités américaines réclament également les données des non voyageurs comme par exemple les membres de la famille autorisés à franchir les barrières de sécurité pour venir en aide aux personnes âgées, aux enfants et aux malades se rendant aux Etats-Unis. Au total, pas moins de sept demandes précises figurent dans le protocole d'accord de dix pages proposé par les Etats-Unis. Pour autant, la fourniture de données de ce genre va bien au-delà des mesures prises dans le cadre de l'accord UE/Etats-Unis sur le PNR (Passenger Name Record), signé en juin 2007. Toutes ces nouvelles mesures de sécurité n'ont d'autre but que de renforcer le dispositif américain de lutte contre le terrorisme. Mais le problème est que les Etats-Unis conditionnent directement l'application de telles mesures à l'extension du programme d'exemption de visa « Visa Waiver Programme » (VWP) dont 12 pays de l'UE sont à l'heure actuelle toujours exclus (EUROPE n° 9598).
Les Etats membres discuteront cette semaine, au niveau des ambassadeurs, de la série de conditions proposée par leurs homologues américains. « Cela va poser des problèmes politiques et techniques car plusieurs des demandes concernent la Communauté », a souligné une source diplomatique. A titre d'exemple, l'UE est actuellement en train d'élaborer un règlement sur la sûreté dans l'aviation civile (EUROPE n° 9569) qui pourrait entrer en conflit avec les propositions américaines. Dans certains cas, les Etats membres n'ont en effet aucune marge de manœuvre et il va donc falloir faire le tri entre ce qui relève ou non de la compétence de l'Union, fait remarquer le diplomate. « Ce qui est gênant, c'est qu'ils (les Etats-Unis) adressent leur demande directement aux Etats membres », poursuit-il. L'Allemagne, qui fait déjà partie du VWP, fait pour l'instant partie des pays ayant refusé l'offre américaine. Mais d'autres, comme la République tchèque ou la Grèce sont sous pression et sont bien décidés à faire partie rapidement du programme d'exemption de visa. La Commission européenne, qui a également reçu le protocole d'accord, s'est refusé de livrer toute analyse approfondie à ce stade. L'un de ses porte-parole, Friso Roscam Abbing, a seulement rappelé que la politique en matière de visa était une politique communautaire et que la Commission faisait tout ce qu'elle pouvait pour faciliter l'entrée des pays dans le VWP. (B.C.)