Bruxelles, 18/12/2007 (Agence Europe) - Le Premier ministre portugais José Socrates a dressé mardi 18 décembre devant le Parlement européen, réuni en session plénière extraordinaire à Bruxelles, un bilan très positif de la Présidence portugaise au cours du semestre passé. « Nous avons accompli notre devoir. L'Europe est aujourd'hui plus forte, plus sûre d'elle-même et plus confiante » qu'elle ne l'était il y a six mois, a estimé le président sortant du Conseil européen. « Tous les objectifs ont été atteints », a poursuivi M. Socrates qui a notamment rappelé les trois principales priorités que s'était fixées la Présidence portugaise:
1) La conférence intergouvernementale (19 octobre) et la signature du Traité de Lisbonne (13 décembre). « Ce traité permet à l'UE de sortir de l'impasse institutionnelle. C'est le signal de confiance le plus important que l'on pouvait envoyer aux citoyens », a dit M. Socrates. Une fois qu'il sera entré en vigueur, très probablement le 1er janvier 2009, le nouveau traité permettra à l'UE de mieux défendre ses valeurs, notamment grâce à la Charte des droits fondamentaux qui devient juridiquement contraignante. Le traité améliorera aussi la capacité de décision de l'Union et la dotera d'institutions plus efficaces, plus transparentes et plus démocratiques, a-t-il souligné. Comme l'ont aussi fait plusieurs orateurs après lui, M. Socrates s'est félicité de la première ratification du traité, intervenue lundi en Hongrie (voir autre nouvelle).
2) le sommet avec l'Afrique (8/9 décembre). « L'Europe était en train de payer un prix fort en raison de l'absence de dialogue avec l'Afrique. Cette erreur a été corrigée », a lancé M. Socrates qui a défendu la décision de tenir le sommet, indépendamment des problèmes politiques que cela a posés en raison de la participation du président du Zimbabwe, Robert Mugabe.
3) le sommet avec le Brésil tenu en juillet. Après l'Inde, la Russie et la Chine, il était grand temps que l'UE commence à tenir des sommets annuels avec le Brésil qui devient un partenaire international incontournable sur la scène mondiale. Grâce à l'adoption d'un partenariat stratégique avec le Brésil, la politique étrangère est devenue plus équilibrée et plus à même de jouer un rôle dans le monde, a affirmé M. Socrates.
La très grande majorité des députés qui sont ensuite intervenus dans le débat se sont dits globalement satisfaits des résultats de la Présidence portugaise et du Conseil européen du 14 décembre.
Pour le groupe du PPE-DE, Joseph Daul a parlé d'une « Europe à nouveau en ordre de marche », grâce notamment au Traité de Lisbonne « qui donne plus de cohésion à notre Union ». Le groupe du PPE-DE « fera campagne pour que le traité soit expliqué et compris par les citoyens », a-t-il annoncé. Il a aussi apporté son soutien aux futurs travaux du « groupe de réflexion » sur l'avenir de l'Europe en 2020-2030.
Grâce au déblocage institutionnel, l'Europe « bouge » à nouveau, a aussi estimé le chef du groupe socialiste du PE, Martin Schulz, mais pour profiter réellement des nouveaux instruments mis à sa disposition, l'UE aura besoin de la confiance et du soutien des citoyens européens, a-t-il mis en garde. Or, a poursuivi M. Schulz, pour gagner la confiance des citoyens, l'Europe doit être davantage solidaire et sociale. « L'Europe doit être sociale, sinon elle va échouer », a conclu M. Schulz.
Pour le groupe ADLE, Graham Watson a tiré son chapeau devant la « ténacité » de la Présidence portugaise qui a réussi à « ressusciter un traité que l'on croyait mort ». M. Watson a aussi pointé du doigt les chantiers où beaucoup de travail reste à faire, tels que la politique de migration ou la lutte contre le changement climatique.
Le groupe des Verts/ALE se félicite évidemment de la signature du Traité de Lisbonne, mais a quand même beaucoup de regrets, a expliqué la co-présidente du groupe, Monica Frassoni. Les « pro-européens » et « amis » du projet de traité constitutionnel auraient dû être « plus offensifs » au lieu de laisser trop facilement le champ libre aux plus réticents, comme le Royaume-Uni et d'autres pays membres « qui ont obtenu tout ce qu'ils voulaient ». « Cela devrait nous faire réfléchir », estime Mme Frassoni qui trouve par ailleurs « scandaleux » la manière dont le Premier ministre britannique Gordon Brown a traité ses collègues lors de la cérémonie de signature du Traité (en arrivant plus tard et en signant le traité à l'écart des caméras). Mme Frassoni est aussi plus que sceptique sur l'utilité et le mandat de travail très vague du « groupe de réflexion » sur l'avenir de l'Europe. Pour elle, c'est au Parlement européen (« la seule institution sage de l'Union ») que devrait revenir le premier rôle dans la réflexion sur l'avenir de l'Europe.
Pour Brian Crowley (UEN), « la plus grande réalisation » de la Présidence portugaise était la tenue du sommet avec l'Afrique et le fait que l'UE n'ait pas pénalisé tout un continent en annulant la rencontre à cause de la présence de Robert Mugabe.
Francis Wurtz (GUE/NGL) a déploré l' « autocongratulation » de la Présidence portugaise et Nigel Farage (IND/DEM) a critiqué le « manque de courage » de l'UE qui n'ose pas appeler le Traité de Lisbonne « ce qu'il est en réalité: une constitution européenne légèrement maquillée ». (H.B.)