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Bulletin Quotidien Europe N° 9568
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Afrique: évolutions contradictoires et divergences à court terme

C'est la réalité qui est contradictoire. Les informations étaient tellement contradictoires que la première réaction aurait pu être de se demander si elles se référaient au même continent. Les déclarations officielles entendues au Sommet UE/Afrique de Lisbonne annonçaient une ère nouvelle, mais on constatait en même temps la cassure à propos du régime des échanges applicable d'ici deux semaines, et les media diffusaient des informations dramatiques. Qui disait la vérité ? En fait, tout est vrai en même temps. Il est vrai que l'UE et l'Afrique font un effort politique pour renouveler leurs relations ; il est vrai que la forme de ces relations est encore confuse et en partie controversée ; il est vrai que certains pays africains progressent sur la route de la croissance et de la bonne gouvernance mais que d'autres situations demeurent tragiques.

Trois documentaires diffusés à la TV presque en même temps décrivaient: un pays dont la population est en train de disparaître détruite par le Sida (Swaziland) ; la guerre féroce (Congo) autour des mines de coltan, minerai précieux utilisé en électronique et recherché partout, de l'Europe à la Chine ; le piratage systématique, au large des côtes de Somalie, des aides alimentaires aux populations somaliennes affamées. S'y ajoutent les drames du Darfour (et pays proches) et du Zimbabwe. Cet ensemble offre l'image douloureuse d'une partie de la réalité africaine. Mais une autre partie montre des pays qui ont atteint une croissance annuelle encourageante, qui relancent leur agriculture de subsistance, qui combattent efficacement la corruption et s'orientent vers la liberté et les droits de l'homme. Dans une large partie de l'Afrique, la qualité humaine est riche et souvent admirable: solidarité, générosité, créativité, courage.

Essayons alors d'éliminer les interprétations extrêmes. Je crois que l'aspiration à un nouveau modèle de relations est sincère, de la part de Manuel Socrates comme de Louis Michel, ainsi que de leurs principaux interlocuteurs africains. Les grandes orientations générales sont largement partagées: partenariat entre pairs, fin du monopole européen en Afrique, dialogue sans interdits, rejet des déviations du passé. Les difficultés commencent dès que l'on s'efforce de définir les aspects concrets du fonctionnement de ce nouveau modèle.

Le désaccord commercial subsiste. Sur l'aspect le plus urgent, le régime des échanges à partir du premier janvier prochain, le malentendu est total. L'orientation en faveur d'un libre-échange compatible avec les règles de l'OMC (donc, impliquant le principe de la réciprocité) était considérée depuis quelques années comme acquise, mais les faits prouvent le contraire ; dès que les pays africains ont été invités à la concrétiser par des engagements, ils l'ont rejetée. L'hypothèse d'ouvrir, le moment venu, leurs frontières aux produits européens est qualifiée d'inadmissible, en raison des niveaux de développement radicalement différents. Quelles que soient les précautions et les mesures transitoires, le principe en lui-même de la réciprocité est contesté à la fois tant par des présidents de pays importants (l'Afrique du Sud en tête) que par les responsables des organismes panafricains. Au Sommet de Lisbonne, l'habileté dialectique de José Manuel Barroso a évité la rupture et a laissé à quelques observateurs l'impression d'un compromis possible, fondé sur le prolongement des négociations techniques ; mais c'est une apparence. En réalité, la divergence fondamentale subsiste.

Après la conclusion du Sommet, Peter Mandelson, commissaire européen responsable du commerce, a réaffirmé la position de l'UE d

ans une lettre au Financial Times: a) au 1er janvier prochain, l'UE ouvrira ses frontières à tous les produits des pays ACP, sans droits de douane ni restrictions quantitatives ; b) les règles de l'OMC imposent la réciprocité, mais elle sera partielle et progressive. Les produits ACP sensibles en seront en partie exemptés, ou leur importation sera libéralisée à l'issue de périodes transitoires pouvant atteindre 25 ans ; c) l'UE versera aux ACP 23 milliards d'euros supplémentaires au cours des sept prochaines années, afin de leur permettre de prendre les mesures préparatoires appropriées ; d) si les ACP, qui sont des pays souverains, refusent de s'engager dans le sens décrit, l'UE sera obligée de leur appliquer le régime des préférences généralisées qui est en vigueur à l'égard des autres pays en développement. M. Mandelson avait ajouté que plusieurs pays ACP avaient accepté la formule proposée.

Il est exact que certains Etats ACP ont souscrit aux accords fondés sur l'offre décrite par M. Mandelson, mais un noyau solide de pays africains affirme que le rejet de cette formule par l'Afrique est définitif, quelles que soient les défaillances individuelles. Concrètement, tout ce qui a été décidé est de prolonger les négociations. Aucun compromis n'est encore en vue.

(F.R.)

 

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