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Bulletin Quotidien Europe N° 9561
JOURNEE POLITIQUE / (eu) sommet ue/afrique

Sur fond de débats houleux, l'UE et l'Afrique affichent la volonté d'établir une nouvelle relation d'égal à égal, assortie de huit partenariats concrets

Lisbonne, 10/12/2007 (Agence Europe) - Historique, le mot était sur toutes les lèvres, le 9 décembre à Lisbonne à la clôture du deuxième Sommet UE/Afrique, qui, sept ans après le Sommet du Caire, a jeté les bases d'un nouveau partenariat stratégique d'égal à égal entre l'Afrique et l'Union européenne, fondé sur des valeurs, des principes et des intérêts communs pour relever ensemble des défis globaux sur la scène internationale: paix et sécurité, gouvernance et droits humains, migration, énergie et changement climatique, commerce, infrastructures et développement.

La présence montante de la Chine en Afrique et des autres puissances, émergentes ou non, qui courtisent le continent, n'est pas étrangère à cette recherche d'une relation gagnant-gagnant que des décennies de coopération européenne au développement ont échoué à établir.

Quoi qu'il en soit, en adoptant la toute première stratégie commune UE/Afrique, et son premier plan d'action sur trois ans (2008-2010), ainsi que la déclaration de Lisbonne consignant la philosophie et les engagements de ce « partenariat des peuples fondé sur l'interdépendance, la souveraineté et le respect » , les chefs d'Etat et de gouvernement de 53 pays africains et des 27 Etats membres de l'UE ont dit vouloir tourner le dos à la relation traditionnelle donateur/récipiendaire de l'aide avec la volonté d'obtenir « des résultats significatifs sur nos engagements fondamentaux: la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, la promotion de la bonne gouvernance et des droits humains, l'établissement d'une architecture robuste de paix et de sécurité en Afrique, et la création d'opportunités pour façonner une gouvernance globale dans un cadre ouvert et multilatéral » (EUROPE n° 9558). Derrière la bonne volonté affichée de part et d'autre, la vivacité des débats et certains écueils dénoncés sans ambages ont témoigné du chemin à parcourir pour que les deux parties gagnent leur pari. Ont témoigné de l'étendue du chemin à parcourir Abdoulaye Wade, président sénégalais, fustigeant la bureaucratie de l'aide européenne quand, avec la Chine, il est si facile d'obtenir tout de suite les tracteurs dont on a besoin ; l'absence d'hélicoptères au moment critique du déploiement de la force hybride au Tchad/Darfour ; le colonel Kadhafi demandant à l'UE soit de dédommager l'Afrique pour la colonisation et la spoliation de ses biens soit d'accepter ses immigrés ; les doutes africains quant à la capacité des futurs accords de partenariat économique (APE) d'être conclus dans un véritable esprit de partenariat ; la poursuite des conflits africains, notamment en Somalie et au Darfour ; les divergences très vives d'approche entre Européens et Africains, sur la crise au Zimbabwe à l'origine du boycott du Sommet par le Premier ministre britannique Gordon Brown.

Les priorités stratégiques identifiées par les deux blocs s'incarnent dans huit partenariats concrets dont les progrès seront mesurés lors du prochain sommet en 2010: le partenariat pour la paix et la sécurité (renforcer le dialogue sur les défis de la paix et la sécurité, rendre pleinement opérationnelle l'architecture africaine de paix et de sécurité, prévoir un financement prévisible des opérations de maintien de la paix conduites par les Africains ; le partenariat pour la gouvernance démocratique et les droits humains (renforcer le dialogue au niveau global et dans les fora internationaux, promouvoir le mécanisme africain de revue par les pairs et soutenir la charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance, renforcer la coopération dans le domaine des biens culturels) ; le partenariat pour le commerce et l'intégration régionale (soutenir l'agenda d'intégration africaine, renforcer les capacités africaines dans les domaines de la réglementation, des normes et du contrôle de la qualité, mettre en œuvre le partenariat UE/Afrique pour les infrastructures) ; le partenariat pour la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (garantir l'assise financière et politique indispensable pour atteindre ces objectifs et accélérer la réalisation des objectifs relatifs à la sécurité alimentaire, la santé, l'éducation) ; le partenariat pour l'énergie (mettre en œuvre le partenariat énergétique Europe/Afrique pour intensifier la coopération en matière de sécurité de l'approvisionnement et d'accès à l'énergie - en particulier les énergies renouvelables ; le partenariat sur la science, la société de l'information et l'espace (soutenir le développement d'une société de l'information la plus large possible en Afrique, soutenir les capacités de l'Afrique et la mise en œuvre du plan d'action africain sur les sciences et la technologie, renforcer la coopération en matière d'applications et de technologies spatiales).

A l'issue des travaux, la satisfaction de Jose Socrates, Président en exercice du Conseil européen, était grande. Sept ans après le premier Sommet du Caire, la tenue du deuxième Sommet est, selon lui, « un succès en soi, un événement extraordinaire ». Il a salué l'avènement d'un partenariat entre les peuples des deux continents, une nouvelle ère du dialogue politique, une impulsion donnée à nos sociétés grâce à la participation des parlements, des entrepreneurs, des scientifiques, des jeunes. C'est un « rendez-vous de l'histoire pour imaginer ensemble les nouvelles solutions pour les deux continents, une page blanche à écrire ensemble ». « Ce sommet est une fenêtre d'espoir pour que cessent les tragédies des réfugiés en Somalie et au Darfour », a ajouté le président du Conseil européen, conscient que la migration est « sans doute le point sur lequel on a pu ressentir l'absence de dialogue politique et de coopération au cours des dernières années ». Cette stratégie s'adresse aux défis fondamentaux de nos deux continents, mais exige aussi « que nous ayons un dialogue politique franc, sans tabou, sans interdit », a-t-il estimé.

John Kufuor, président du Ghana et de l'Union africaine, a parlé d'un « événement historique dans le contexte des relations UE/Afrique et les annales africaines, qui aura un impact sur le processus de globalisation ». Si le Sommet de Lisbonne est « la confirmation de la volonté de l'Afrique de s'intégrer dans mondialisation », la réalisation des objectifs poursuivis dépendra « de notre bonne foi » et de la manière dont seront mises en œuvre les promesses de M. Barroso « qui nous a rassurés en garantissant la poursuite des négociations des accords de partenariat économique au niveau régional, après les accords intérimaires », a-t-il averti. Et d'ajouter: « les relations UE/Afrique ont franchi un nouveau cap, qui refuse l'impunité et les choses imposées. Nous parlons d'intérêts mutuels», a-t-il précisé, en insistant bien sur le dernier mot.

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, s'est félicité d'un « moment très important. J'attends des dirigeants des actes concrets. L'Afrique doit rester une priorité des relations extérieures de l'UE », a-t-il déclaré en insistant tout particulièrement sur l'alliance dans la lutte contre le changement climatique, dans la perspective de l'après-2012.

Alpha Oumar Konare, président de la Commission de l'UA, a dit sa joie des « retrouvailles » au sommet entre l'UE et l'Afrique en précisant que «il ne s'agit pas pour l'Afrique de mimer les autres, mais d'agir selon ses cultures, son histoire et à sa façon. L'Afrique entend aujourd'hui élaborer elle-même son agenda, assurer son développement d'abord sur des bases endogènes et non dans des logiques de rattrapage qui ne nous permettront jamais de satisfaire les besoins de nos populations (…) Avec l'UE, si exemplaire par son sens du droit, par la paix et par la bonne gouvernance, par le sens de la solidarité, nous pouvons avoir un partenariat singulier de par l'histoire et la géographie ». Mais, a-t-il rappelé, le partenariat avec l'Afrique n'est pas une exclusivité européenne. En témoigne la liste qu'il a dressée de tous les Sommets passés entre l'Afrique et d'autres partenaires que l'UE, mais aussi à venir (Inde, Japon, Turquie, deuxième sommet avec les pays d'Amérique du Sud en 2008) ou en projet (deuxième sommet Afrique/pays arabes, Russie, Iran, pays de l'ASEAN, Océanie). Le président a parlé de « devoir de mémoire » vis-à vis de l'esclavage, de la colonisation, de l'apartheid, du génocide rwandais, « non pour polémiquer, mais pour ouvrir en toute responsabilité et en toute conscience les voies de l'avenir. Nous pouvons et devons tourner des pages mais jamais les déchirer », a-t-il déclaré. « L'Afrique n'a pas besoin de charité ni de paternalisme. L'Afrique n'a plus le droit de tout attendre de promesses souvent non tenues. L'Afrique ne doit pas tendre la main. Les causes de notre mal sont connues elles ne constituent pas une fatalité. L'Afrique entend compter sur elle-même et développer un véritable partenariat donnant-donnant, gagnant-gagnant. L'Afrique a surtout besoin aujourd'hui de bonne gouvernance, de justice, et de solidarité ». Le président de la Commission africaine a dit sa foi dans l'Afrique qui a « tous les atouts pour réussir avec nos grandes ressources » et « qui pourrait être le plus grand chantier du monde, le marché le plus jeune et le plus grand du monde ».

Hans-Gert Pöttering, président du Parlement européen, et Gertrude Mongella, présidente du Parlement panafricain, ont souligné deux urgences: que les parlements soient pleinement intégrés au cadre institutionnel, et que soient créées les conditions financières pour renforcer le Parlement panafricain et les parlements africains.

Vives critiques de Mme Merkel à l'adresse de Mugabe - Abdoulaye Wade temporise

S'il n'a pas éclipsé la substance du Sommet, le problème du Zimbabwe a été soulevé par l'UE dans le cadre du débat sur les droits de l'Homme et la gouvernance introduit par la chancelière allemande Angela Merkel et le président sud-africain Tabo Mbeki. Angela Merkel a rappelé que les droits de l'Homme sont universels et indivisibles, a dénoncé les violations des droits humains, les restrictions aux droits de la presse et les souffrances endurées par la population, toutes choses qui ont « terni l'image du Zimbabwe ». Anders Fogh Rasmussen, le Premier ministre danois, qui intervenait dans le cadre du débat sur l'énergie et le changement climatique, a fait une digression pour appuyer ces critiques. Robert Mugabe a pris la parole en plénière pour imputer le retard dans la tenue du Sommet à « l'arrogance » de la partie européenne. « Ceux qui parlent d'égalité ont cherché à imposer leur volonté à l'Afrique », a-t-il dénoncé, déplorant que l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède se soient permis de faire le jeu du Royaume-Uni, en contradiction avec la position de la SADC et de l'UA.

Javier Solana, le Haut représentant pour la PESC, lui a répondu que la position défendue par la chancelière allemande était celle de l'UE, « préoccupée par la dégradation de la situation économique, humanitaire et politique ». Les sanctions ciblées en vigueur ne sont pas des sanctions économiques contre le Zimbabwe, et l'UE et les Etats membres sont de loin les plus gros donateurs. L'UE est l'amie du Zimbabwe et contribuera à sa stabilisation et à son relèvement dès que des progrès auront été remplis, a assuré M. Solana en saluant les efforts de médiation de Thabo Mbeki et de la SADC.

A un journaliste qui demandait au président français si Mme Merkel était allée trop loin dans ses propos, Nicolas Sarkozy s'est contenté d'affirmer, à propos de Mugabe: « Je ne lui aurais pas serré la main. Je ne l'aurais pas rencontré. Mais c'est aux Africains de déterminer qui les représente. Passer sept ans sans se voir, c'est faire trop d'honneur à Mugabe ». Un avis que partage le commissaire Louis Michel opposé à « dicter aux Africains le choix de leur représentation ».

Abdoulaye Wade a, lui, estimé devant la presse que « tout le monde est sincère » mais que Mme Merkel, comme l'UE d'ailleurs, se fonde sur des informations erronées. Plutôt que de sanctionner le Zimbabwe, il convient, selon le président sénégalais, de l'aider à conduire des élections démocratiques.

La Libye a proposé d'accueillir le prochain Sommet UE-Afrique en 2010. Quelle que soit la décision finale, il se tiendra en Afrique. (A.N)

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